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Pierre Bonte : “Je suis l’un des derniers à avoir vu Jacques Martin vivant !”

Publié le 7 mai 2017

Pierre Bonte nous fait découvrir la France rurale depuis cinquante-cinq ans. Nous lui 
avons demandé de nous parler de ses souvenirs, dont son  amitié  avec 
le créateur du “Petit rapporteur”…

Il a gardé de Jacques Martin le surnom qu’il lui avait donné, « Pierrot la Tendresse ». C’était au temps du Petit rapporteur, l’émission iconoclaste diffusée en direct depuis le studio 101 de la Maison de la radio, chaque dimanche sur TF1 de 1975 à juin 1976. Quand Maître Jacques a demandé à Pierre Bonte de rejoindre son équipe, ce dernier réveillait la France chaque matin, à 6 h 45, depuis plus de quinze ans, avec Bonjour monsieur le maire.

Martin écoutait avec ravissement tout en se rasant devant sa glace les portraits hauts en couleur des 4 000 maires de l’Hexagone découverts par Pierre et ses deux acolytes, Laurent Cabrol et Alexandre Lichan. Comme des millions d’auditeurs, il n’aurait raté pour rien au monde ce moment de pur plaisir radiophonique.

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Livre P. BonteDans La belle France, qu’il vient de publier (Le Passeur), c’est son parcours de « rural-trotter », ses cinquante-cinq années passées à sillonner la France à la poursuite de son terroir que Pierre Bonte raconte. Nous l’avons rencontré dans une brasserie où il a ses habitudes du côté de la Maison de la radio.

France Dimanche (F.D.) : Votre station, c’était Europe 1, pas Radio France…

Pierre Bonte (P.B.) : Je me suis acheté un appartement dans le quartier avec mes indemnités de licenciement. J’ai été remercié par Europe 1 en 1985, après vingt-neuf ans de loyaux services. Un quartier qui est cher à mon cœur à cause du Petit rapporteur !

F.D. : Vous êtes un homme qui prend toujours le bon côté des choses…

P.B. : Sans cet incident de parcours, je n’aurais peut-être jamais eu l’occasion de devenir propriétaire. Chaque jour, je savoure le bonheur d’avoir un balcon fleuri et de pouvoir y prendre le soleil.

F.D. : Dix ans plus tôt, en 1975, vous, l’un des journalistes les plus sérieux de la station de la rue François-Ier, rejoigniez l’équipe de Jacques Martin. Quelle mouche vous avait piqué ?

P.B. : J’avais sympathisé avec Jacques en 1965, sur le Tour de France, où il animait le podium du soir d’Europe 1. Il assurait le lever de rideau avec des imitations. Je l’emmenais dîner avec moi. Nous partagions le goût des bonnes choses. C’était un Lyonnais, un provincial, comme moi, le Nordiste. Quand il a eu carte blanche pour cette émission dominicale, il n’a pas voulu s’entourer de chroniqueurs, mais de journalistes. Il proposait aux téléspectateurs un journal satirique. Et, comme dans n’importe quelle rédaction à tirage hebdomadaire, il nous convoquait pour le débriefing le lundi matin à 10 h, chez lui, dans son hôtel particulier de la Porte Dauphine. Autour d’un petit déjeuner composé tantôt de viennoiseries, tantôt de charcuteries, proposées par Danièle Évenou, qui faisait le service, nous élaborions la prochaine édition. Nous amenions nos suggestions, mais le plus souvent, c’est Jacques qui apportait ses sujets d’actualité. Il avait endossé l’habit de rédacteur en chef.

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F.D. : Montcuq, c’était de lui ?

P.B. [éclatant de rire] : Non, Montcuq, c’est moi ! Je suis heureux de constater que la séquence passe en boucle sur Youtube.

F.D. : Daniel Prévost vous avait-il piqué l’idée ?

P.B. : Martin était le chef d’équipe, le seul maître à bord, sur le plateau du studio 101, où se déroulait l’émission en direct. Il a confié le sujet à Daniel Prévost en me disant : « Tu es trop gentil pour l’exploiter toi-même. Avec son énorme culot, Daniel fera bien mieux le travail. » Ce dernier n’est d’ailleurs pas très content de devoir une partie de sa célébrité à ce reportage. En 2007, quand, à Montcuq, monsieur le maire a inauguré une rue du Petit-Rapporteur, Jacques était malade, et Daniel a refusé de s’y rendre. C’est moi qui ai dévoilé la plaque.

F.D. : Vous avez été le plus fidèle des amis de Jacques Martin…

P.B. : À la fin du mois de juillet 2007, il se reposait dans un grand hôtel de Biarritz, en famille. Danièle Évenou m’avait dit : « Il ne veut voir personne, mais toi, il t’aime bien, il acceptera peut-être de te recevoir. » J’y suis allé, et il m’a finalement convié à déjeuner au bord de la piscine en compagnie de son fils David, et de ses deux petits derniers, Clovis et Juliette. Je suis en effet le dernier à l’avoir vu avant sa mort, survenue deux mois plus tard, le 14 septembre.

F.D. : Dans votre salon, vous avez le tirage de la photo prise le dernier jour du Petit rapporteur, le 28 juin 1976. Pierre Desproges n’y figure pas ?

P.B. : Il avait réalisé trois sujets que Jacques lui avait refusés. Ils se sont fâchés. Martin trouvait que l’humour de Desproges ne convenait pas au style de l’émission.

Bonte MarianneF.D. : Vous n’avez pas cédé toutes vos Marianne au Sénat et à l’Assemblée nationale ?

PB : J’ai gardé les bustes de Brigitte Bardot, dédicacé par elle, Laetitia Casta et Catherine Deneuve, mes trois préférés. Je ne résiste pas quand on me signale la vente d’une Marianne, comme celle que j’ai acquise aux enchères par téléphone à Sens, il y a six mois. Elle porte le bonnet rouge phrygien, et les trois épis de blé dans son décolleté montrent qu’il s’agit d’une République rurale. Je ne pouvais pas la laisser passer.

"La belle France", de Pierre Bonte, aux éditions du Passeur.

Dominique Préhu

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