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Pierre Deladonchamps : Brisé par la mort de son frère aveugle !

Publié le 5 juillet 2020

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Pierre Deladonchamps, le héros de “Romance”, la nouvelle série de France 2, peine à se remettre d'un drame familial…

Le succès de Romance, réalisée par Hervé Hadmar, doit beaucoup au jeu subtil et nuancé de cet acteur de 42 ans. Il y campe un jeune homme catapulté dans les années 60 sur la Côte basque après la découverte d'une photo représentant une femme aussi sublime que mystérieuse. Lorsqu'il est chez lui ou qu'il se rend au cinéma, Pierre Deladonchamps chausse ses lunettes en écaille. Un geste banal de prime abord pour le héros de la nouvelle minisérie de France 2, mais qui, en plus de l'aider à y voir plus clair, revêt une signification étrange. « J'entretiens un rapport particulier à la vue et au regard », prévient-il en fixant de ses yeux bleus perçants son interlocuteur. Avant de s'offrir à ceux des autres, il a longtemps été les yeux de son frère aveugle, auquel il a raconté le monde. « Finalement, dans mon enfance et dans mon adolescence, j'étais le petit frère qui joue le grand. J'avais trois ans de moins mais un pouvoir que je n'avais pas demandé », dit-il dans Libération. À Nancy, chez les Deladonchamps, l'ambiance est spéciale. Sa mère, institutrice, et son père, qui travaille pour une association de réinsertion des chômeurs, ont adopté les trois enfants d'amis morts dans un accident de voiture. Et il y a Guillaume, ce frère aîné, privé de la vue dès la naissance, à qui Pierre va s'efforcer de pallier le handicap et dont il va porter toute la souffrance.

Fêlures Mais en 2001, c'est le drame. Le frangin adoré disparaît brutalement à l'âge de 26 ans alors que l'acteur se trouve à Paris, en première année au célèbre cours Florent. Guillaume s'est suicidé au moment où celui qui était ses yeux regardait dans une autre direction… Un acte symbolique dont l'acteur porte aujourd'hui encore la culpabilité… Toute son enfance, les yeux de Pierre auront été ceux de Guillaume. Devant un film, il lui décrit tout avec précision, l'image, le cadre, les visages des personnages. Les deux inséparables jouent aussi à imaginer tout ce qu'ils pourraient commander dans les catalogues de vente par correspondance. Pierre fait l'article à son frère, en lui vantant les mérites de tel ou tel produit. Mais pour Guillaume, féru de musique, ce sont surtout les descriptifs des chaînes hi-fi qui le passionnent. Là encore, Pierre s'improvise vendeur, s'appliquant à faire rêver le mélomane avec du matériel très haut de gamme. « Guillaume était auteur, compositeur, interprète, totalement autodidacte, se souvient l'acteur dans Le Monde. Il s'enregistrait en train de chanter et de jouer de la guitare ou du piano. » Il arrive aux frérots de partir tous les deux à vélo sur les routes de Lorraine. À l'avant, Pierre conduit leur tandem en contant avec lyrisme la beauté du paysage. C'est aussi aux côtés de ce frère malvoyant qu'il montera pour la première fois sur scène. « Nous avons joué Le Dindon, de Feydeau, dans le cadre d'un atelier théâtre. J'avais 17 ans », se souvient-il. Pour le futur comédien, c'est une révélation. Mais si, à la mort de Guillaume, il pense sérieusement à tout abandonner, ses parents s'y opposent. « Profite deux fois de la vie », lui enjoignent-ils. Pierre s'exécutera, décidant de mettre ses fêlures au service du cinéma. Mais sa carrière tarde à décoller. En 2010, Pierre Deladonchamps, qui vient d'accueillir sa première petite fille – la seconde pointera le bout de son nez en 2018 –, envisage de plier bagage pour rentrer à Nancy avant de se raviser et de croire que la chance va enfin tourner. Et il fait bien ! En 2013, Alain Guiraudie lui offre un premier rôle dans L'Inconnu du lac. Cet emploi risqué d'homosexuel adepte des rencontres sans lendemain lui vaut le César du meilleur espoir masculin en 2014. Ensuite, c'est en 2017, devant la caméra d'André Téchiné, dans Nos années folles, qu'il s'exhibe sans retenue, osant cette fois-ci se travestir.

Lumière Puis il continue sur sa lancée dans Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré, où il campe un malade du sida poignant qui séduit Vincent Lacoste… Dans Les Chatouilles, d'Andréa Bescond et Éric Métayer, il va encore plus loin dans les rôles qui dérangent en se glissant dans la peau d'un pédophile sans craindre pour son image… Mais si l'irrésistible quadra connaît enfin le succès, il ne peut s'empêcher de se torturer. « Je me dis que mon frère a dû souffrir de mon émancipation, déclare-t-il en pleine introspection. Il était artiste, je le regarde toujours avec admiration. Il est très présent dans mon métier, a beaucoup contribué à ce que je suis. Aujourd'hui, je ne sais pas si je vis pour lui, mais il m'accompagne. »

Encore aujourd'hui, presque vingt ans après sa disparition, le comédien ne parvient pas à faire le deuil de cet être cher plongé dans l'obscurité auquel il offrait un peu de lumière. Bouleversant…

Valérie EDMOND

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