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Pierre Perret : "Boby Lapointe, c'était mon frère"

Publié le 20 juillet 2012

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Pour évoquer son ami, disparu il y a quarante ans, Pierre Perret nous a reçus dans sa maison de Seine-et-Marne le jour de son 78e anniversaire.Pour évoquer son ami, disparu il y a quarante ans, Pierre Perret nous a reçus dans sa maison de Seine-et-Marne le jour de son 78e anniversaire.

Le hasard fait parfois bien les choses ! Conviés par Pierre Perret pour l'écouter parler du regretté Boby Lapointe, nous débarquons chez lui le 9 juillet, jour de son 78e anniversaire ! Accueillis par sa femme, Rebecca, nous lui avons donc offert un saint-émilion 2004. Une bouteille que le chanteur aurait volontiers savourée avec son ami Boby. Mais il y a quarante ans, le 29 juin 1972, le cancer emportait l'auteur de Ta Katie t'a quitté. Depuis, Pierre est inconsolable.

Cette douleur, il l'a confiée dans la préface de Boby Lapointe ou les mamelles du destin, biographie parue en juin dernier de celui qu'il n'hésite pas à appeler « mon frère ». « Quand on s'est connus, c'était la survie, nous raconte-t-il. Dans les années 50, nous écumions les cabarets. On finissait souvent tous les deux en refaisant le monde jusqu'à 4 heures du matin. »

->Voir aussi - Pierre Perret et Lionel Jospin : Les copains d'abord !

De cette galère vécue ensemble naîtra une amitié qui perdurera malgré leurs destins opposés. En 1963, en effet, la carrière de Pierre décolle avec le titre Le tord-boyaux, vendu à 100.000 exemplaires. Boby, lui, reste à quai. Il ne sera véritablement reconnu qu'après sa mort.

Époque

« C'était un être surréaliste, avec son monde à lui et une vision. Il fallait avoir le sens du deuxième, voire du troisième degré pour le comprendre ! », se souvient le chanteur. Lucide, ce dernier pige vite que ce sera dur pour son copain, ainsi qu'il nous le confie : « Je sentais déjà qu'il allait en chier. Avec un tel univers, il risquait de morfler. Pourtant, il avait envie de succès. Mais il n'était pas jaloux ou envieux. Au contraire, il était content pour moi. C'était un honnête homme qui s'est trompé d'époque. »

En 1965, Boby a un accident de voiture qui l'immobilise quelques mois. À l'initiative de Pierre, un gala de soutien est organisé à l'Olympia avec des amis artistes. Pudique, notre hôte rechigne à en parler : « On savait qu'on pouvait compter l'un sur l'autre. Il aurait fait pareil pour moi », assure-t-il. Il n'a pas oublié que, sept ans plus tôt, en 1958, c'est pour lui que le métier s'était mobilisé. « Des gens comme Brel ou Dalida ont organisé un concert pour m'envoyer au sanatorium [après une pleurésie, ndlr] », rappelle-t-il, ému.

Mais revenons à l'ami Boby. En 1971, l'auteur de La maman des poissons se sait atteint d'un cancer. Pierre Perret et son épouse décident alors de lui offrir une de ses dernières grandes joies. « Il était dans un tel état... Rebecca a appelé son médecin et a demandé à Boby s'il pouvait chanter un mois avec moi à Bobino. Il a répondu que c'était un cadeau merveilleux, parce que, bientôt, il ne serait plus là. »

Pendant tout le mois de décembre 1971, Boby se produit donc en première partie de son pote. Épuisé, il va régulièrement se reposer sur un lit de camp installé en coulisses. « Ça serrait le cœur de le voir comme ça, se souvient Pierre. Mais il voulait le prendre avec humour et pudeur. »

Cabarets

Ainsi, un jour, il lui demande comment il fait pour garer sa voiture si près de Bobino. Son copain lui répond en riant : « Ils peuvent me filer toutes les contraventions qu'ils voudront, je ne serai plus là pour les payer ! » Le 29 juin 1972, Boby tire sa révérence. Il est enterré dans le cimetière de sa ville natale de Pézenas, dans l'Hérault, où le rejoindra en 2008 son fils Jacky, victime lui aussi d'un cancer. « J'aurais aimé qu'on le découvre à l'époque, ça lui aurait fait du bien, regrette l'auteur de Lily. Maintenant, on le statufie, mais on s'en fout. »

Survivant de l'époque révolue des cabarets, Pierre, lui, est toujours là, plus alerte que jamais. Contrairement à ce fêtard de Boby, il se garde de tout excès. « On croit que je ne suis qu'un bouffeur et un buveur, mais je marche plusieurs kilomètres par jour, je nage et je fais ma gym tous les matins, confie-t-il. La pêche, les concerts et l'écriture dictent mon calendrier. » Il nous faut d'ailleurs nous éclipser, parce que Pierre supervise la préparation d'un saumon qu'il a ferré quelques jours plus tôt en Irlande.

Ce soir, Pierre Perret reçoit des copains venus fêter son anniversaire. Et ce joyeux été n'est pas terminé : « Le 18 août, nous fêterons 50 ans d'acharnement thérapeutique avec ma femme, annonce-t-il en nous saluant. Ce seront nos noces d'or. Et l'or, ça vaut cher aujourd'hui. » Parole d'orfèvre...

Benoît Franquebalme

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