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Pierre Richard : Il aurait dû devenir danseur !

Publié le 6 mai 2015

À l'aube de sa carrière, Pierre Richard a fait face à un choix cornélien : abandonner ses rêves de cinéma et devenir danseur, ou poursuivre sur la voie de la comédie...

Pierre Richard en petit rat de l'Opéra, l'image a de quoi faire rire. Célèbre pour sa maladresse légendaire et sa guigne omniprésente dans les nombreuses comédies à son actif, l'acteur n'en était pas moins un danseur de premier ordre. À tel point qu'au début de sa carrière, en 1961, l'histrion hésite fortement à en faire son métier, délaissant la comédie ! C'est ce qu'il raconte dans Je sais rien, mais je dirai tout, son autobiographie préfacée par Gérard Depardieu, publiée le 6 mai aux éditions Flammarion. "J'ai toujours aimé ça. J'adorais la danse, j'adorais le jazz. J'ai pris des cours de danse américaine avec plusieurs professeurs, dont deux américains. [...] J'étais très doué, peut-être même plus qu'au théâtre, je pensais", écrit-il. "Je n'avais aucune technique", confesse l'acteur, "mais j'étais plus souple que les autres. Les danseurs s'entraînaient tous les jours pour arriver à mettre leurs pieds en éventail. Moi, mon éventail, il s'ouvrait à plus de 200 degrés".

Pierre Richard a été approché par Maurice Béjart, le célèbre chorégraphe

L'intuition de Pierre est plutôt bonne. Il décide de participer à une audition, sous l'œil austère de Maurice Béjart en personne. "Il cherchait des comédiens sachant danser, pour son nouveau ballet", explique celui qui est tombé sous le charme de Jane Birkin. "Il n'était pas très engageant. La musique démarre. Je lui ai tout fait : des grands écarts, des flip-flaps, je grimpais au rideau, je dansais avec une chaise, qui n'en demandait pas tant, pour finir dans les bras d'un fauteuil dans une pose suggestive".

Pierre Richard
Pierre Richard fait montre de ses talents de gymnaste dans le film Alexandre le Bienheureux

Une performance sidérante et grand-guignolesque, de l'aveu même de Pierre Richard : "au fond, j'avais fait n'importe quoi, mais en rythme, et moi, le n'importe quoi, c'est souvent ce que je fais de mieux". Maurice Béjart lui-même est convaincu, et s'adresse désormais à son nouveau protégé avec chaleur. "Excusez-moi pour mon accueil tout à l'heure, mais ça fait deux jours que je reçois des comédiens qui prétendent savoir danser. Ils perdent leur temps et me font perdre le mien". Ébloui par la prestation du jeune artiste, le chorégraphe lui propose un numéro en solo !

Acteur ou danseur ?

"J'ai failli amorcer un immense virage dans ma carrière", se rappelle "le Grand Blond". Fou de joie, ce dernier entrevoit enfin le début de la gloire. Mais... le soir même, son ami comédien Victor Lanoux l'appelle avec une nouvelle du même acabit ! On propose aux deux amis de faire la première partie de George Brassens à Bobino. Pierre doit alors faire face à un choix cornélien : suivre Maurice Béjart et privilégier la danse, ou faire les quatre cents coups avec Victor Lanoux à base de sketchs déjantés sur les planches du théâtre Bobino. "Je n'ai pas voulu quitter Victor. J'ai choisi d'être acteur et j'ai dit non à Béjart. Je n'ose pas imaginer la peine que j'ai dû lui faire", se remémore l'une des incarnations du personnage de François Pignon.

Avec le recul, l'acteur ne regrette pas son choix. "La danse est exigeante, elle vous impose une rigueur absolue, ça ne pardonne pas", estime-t-il. "Aujourd'hui, j'aurais du mal à danser avec une chaise... ou alors assis", ajoute-t-il avec auto-dérision. Tandis qu'en comédie, "on peut toujours se servir de ses défauts, bégayer, hésiter, prendre des temps, toutes choses dont [Pierre Richard] s'est servi avec volupté". Pour autant, l'acteur a ensuite utilisé cette rigueur pour son métier d'acteur. "Je me suis plus appliqué à me servir de mes défauts plutôt qu'à les gommer", précise-t-il avec malice.

Raphaël Marchal

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