France Dimanche > Actualités > Pierre Richard : Il règle ses comptes avec ses deux pères !

Actualités

Pierre Richard : Il règle ses comptes avec ses deux pères !

Publié le 30 mai 2015

Dans ses mémoires publiés récemment, le comédien Pierre Richard, âgé de 80 ans, quitte l’habit de gaffeur � sympathique pour endosser celui de justicier.

Qu’on le sache, ce n’est pas à 80 ans passés qu’il va envoyer dire ce qu’il a sur le cœur ! Quand le ­distrait, le drôle, le timide sort de ses gonds, les mots ont beau être suaves, ils n’en sont pas moins percutants…

Pour régler ses comptes, Pierre Richard a choisi de publier un livre sous forme d’entretiens dans lequel il raconte sa vie. Si Je sais rien, mais je dirai tout, aux éditions Flammarion, est un formidable ouvrage qui ravira les fans du comédien, heureux d’y puiser d’innombrables anecdotes, il permet aussi de découvrir des facettes méconnues de l’acteur.

On se rend ainsi compte que derrière l’affable maladroit, ou le supposé doux rêveur, se cache le descendant d’une riche famille d’industriels du Nord qui, s’il n’a pas embrassé les carrières prestigieuses de ses aïeux, n’en a pas moins hérité du caractère bien trempé de ceux qui sont appelés à diriger. Une personnalité forte qui n’en a pas fini de se battre avec ce que les psychanalystes nommeraient « l’image du père » !

Il faut dire que, entre Pierre et son géniteur, les rapports n’ont jamais été simples. Fils unique de parents divorcés, le jeune homme a en réalité été élevé par ses grands-parents. Placé très tôt dans une sévère pension, il a vécu loin des siens, et décrivait ainsi il y a quelques années les relations qu’il entretenait avec son papa, dont on ne connaîtra jamais le prénom : « C’était un homme charmant, spirituel même, l’ami parfait, mais surtout pas le mari idéal et encore moins le père ! »

Blessures

La lecture de ses mémoires achève d’en convaincre, tant le portrait qu’il dresse de la figure paternelle est peu flatteur. Tel ce souvenir, ponctué d’une remarque acerbe : « Mon père était cloué au lit dans la chambre du château. La goutte, si je me souviens bien. J’ignorais alors que c’était héréditaire. Comme quoi, au moins, il m’avait laissé quelque chose dans la vie… »

Un peu plus loin, alors que l’acteur évoque sa décision de choisir ce métier, il se demande ce que le chef de famille peut bien en penser : « Mon père ? écrit-il, n’en parlons pas. Lui, il s’en foutait. Faut dire qu’il avait d’autres responsabilités à assumer : la chasse, les courses de chevaux, les femmes et les voitures. »

Et quand cet homme, peu préoccupé des choix de son enfant, décide de s’y intéresser, c’est pour les balayer méchamment du revers de la main : « Si tu avais du talent, lui lance-t-il un jour, ça se saurait. Regarde les camarades de ton âge. » Ce règlement de comptes posthume, car il va de soi que le père de Pierre Richard n’est plus de ce monde, s’achève sur une dernière diatribe qui en dit long sur les blessures non guéries du comédien sur ce sujet.

« Aucun jouet, conclut Pierre Richard, si beau soit-il, ne peut remplacer le regard affectueux d’un père. Je suis bien placé pour le savoir, j’ai écrit des lettres d’amour au mien, je n’ai jamais eu de réponse. Aujourd’hui encore, j’attends toujours qu’elles tombent du ciel. »

Une digression sur le thème du jouet qui arrive à point nommé alors qu’il évoque la genèse de ce film de Francis Veber dans lequel il campe un jeune journaliste embauché pour devenir le joujou du fils de son patron. Derrière la farce se cache une fine analyse des relations père-enfant, des rapports difficiles à l’autorité, sujets qui, ce n’est pas un hasard, viendront régulièrement s’inviter dans les comédies de Veber, dont le héros se nomme François Perrin ou François Pignon.

Entre le réalisateur et celui qui incarna avec brio ces deux personnages fort semblables, l’idylle commence en 1972 sur Le grand blond avec une chaussure noire, dont le cinéaste a écrit le scénario avec Yves Robert. Pierre Richard y incarne un Perrin désopilant.

On le retrouvera dans la peau du même personnage, au côté d’un Veber réalisateur ou scénariste, dans Le retour du grand blond, Le jouet, On aura tout vu ! et La chèvre. Pignon prendra ensuite la relève dans Les compères et Les fugitifs. Autant dire qu’entre les deux hommes, la collaboration court sur près de quinze ans.

Pierre Richard livreRupture

Quinze ans d’énormes succès. Quinze ans de rire… « Le couple avec Gérard Depardieu était magique. Je peux même dire le trio avec Francis Veber », résume Pierre Richard qui poursuit : « À l’époque, on se jurait, Veber, Depardieu et moi, de ne plus jamais se quitter. » Mais l’impensable est arrivé. Après la sortie des Fugitifs, en 1986, Veber part faire carrière aux États-Unis. Il ne reviendra en France que dix ans plus tard !

Pour y retrouver ses anciens complices ? Pas du tout. Aussi inexplicable que ce soit pour Pierre Richard, l’homme ne lui a, depuis son départ pour l’Amérique, plus jamais donné de nouvelles. «Je ne sais pas ce qui s’est passé entre nous, s’interroge le comique. Fâcherie ? Non. Blessure ? Non. Quoi ? Rien. Et c’est ce rien que je ne m’explique pas. […] Il a coupé l’interrupteur, comme ça, machinalement, comme on éteint la lumière avant de sortir. »

Pour tenter de comprendre cette rupture, l’auteur de Je sais rien, mais je dirai tout avance leurs différences. Dans une longue tirade un peu moqueuse, il ironise sur le « maître Veber » dont le corps était sculpté par des « maîtres gymnastes », les costumes, taillés par des « maîtres tailleurs », sur ses dents, éclatantes de blancheur, entretenues par des « maîtres odontologistes »… quand lui, Pierre Richard, n’a jamais voulu jouer que les mauvais élèves.

Même si, reconnaissant, l’acteur sait gré à Veber de lui avoir offert de magnifiques rôles, il ne cache pas son amertume quant à cette brouille, et l’on sent poindre chez notre Pierrot lunaire un zeste de tristesse lorsqu’il relate cette interview dans laquelle le maître réalisateur confiait le plaisir qu’il avait eu à tourner avec des grands acteurs.

« Il en a cité au moins six, se souvient Pierre. Je n’étais pas dedans. » S’il a malheureusement quitté la mémoire de son ancien réalisateur, que l’amuseur se rassure.

Il est un endroit où Pierre Richard restera pour longtemps et bien au chaud : c’est dans nos cœurs !

Christian Morales

À découvrir