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Popeck : "Je susi en super forme : le confinement a du bon !"

Publié le 1 mai 2020

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A 83 ans, la légende Popeck se porte à merveille malgré la crise du coronavirus. Encore mieux confiné qu'un "caleçon molletonné", il nous parle de sa vie intime. Interview exclusive.

Il y a à peine deux mois, le champion du dialogue de sourds à l'humour cynique et touchant était en pleine tournée à l'étranger avec son spectacle. Et, il devrait, a priori, jouer à partir de septembre avec Jeane Manson dans Des larmes de crocodiles, une pièce mise en scène par Olivier Lejeune. En attendant, l'humoriste a accepté de se confier à nous sur son confinement, son âge, l'origine de son nom de scène, mais aussi ses souvenirs d'enfant caché pendant la guerre. Il parle également de ses relations avec son père, son épouse, de la mort et, bien sûr, du secret de sa forme !

France Dimanche : Comment vous portez-vous malgré le confinement ?

Popeck : Je n'ai pas mis le nez dehors depuis le 17 mars et je suis en super forme ! Donc c'est bien la preuve que le confinement a du bon ! J'ai tout ce qu'il faut chez moi pour faire de la gymnastique, j'ai mon vélo d'appartement, et j'organise mes journées pour être toujours occupé. Je n'ai jamais aussi bien dormi qu'actuellement ! Alors je pense que je vais continuer à me confiner par la suite, je vois que cela me réussit plutôt pas mal ! Ceci dit, je conseille à chacun de faire très attention, car on vit une époque qui rappelle les pires souvenirs… Je crains qu'après cette crise la situation ne soit encore pire qu'avec les « gilets jaunes » !


FD : Une tournée de la pièce Des larmes de crocodiles, dans laquelle vous partagez l'affiche avec Jeane Manson, était prévue à partir de septembre. Est-ce toujours d'actualité ?

P : J'aimerais vraiment qu'elle soit maintenue. Malheureusement, en ce moment, tout spectacle est annulé ou reporté… J'ai hâte de travailler avec Jeane Manson, qui est formidable ! Même s'il y a une chose qui me taraude toujours depuis mon enfance, c'est le stress : je ressens un stress terrible à chaque fois que je monte sur scène ! Et encore plus aujourd'hui car, avant, il y avait un silence quand j'arrivais, tandis que maintenant, ils applaudissent !

FD : Vous êtes fils d'immigrés juifs d'Europe de l'Est, enfant caché pendant la guerre alors que vos parents ont été déportés, vous reste-t-il des souvenirs de cette période ?

P : Forcément, oui. J'en parle beaucoup dans mon premier livre Popeck raconteÉ [éd. Mengès, 1978, ndlr]. Mon père s'en est sorti, je n'ai jamais su comment. Ma sœur, qui a aussi été arrêtée et déportée, disait : « Parler, c'est marcher sur les morts. » Pour tout vous dire, ça fait cinquante ans que je monte sur scène et ce n'est que très récemment que j'ai osé faire un sketch sur mon vrai prénom, Judka, que je détestais parce qu'à l'école on m'appelait « jus de café, jus de caca »…

FD : Votre maman est morte dans les camps alors que vous aviez tout juste 4 ans…

P : Oui, et je n'ai aucun souvenir d'elle. Je n'ai su que bien plus tard que le nom de ma mère était gravé sur ce que je nomme le Mémorial « de la haine raciale ». Tous les juifs d'Europe de l'Est qui ont échappé à la déportation n'ont découvert que bien longtemps après la guerre ce qu'étaient devenus leurs proches. Sur les papiers de ma mère, il est écrit : « Disparue. Morte à Drancy. » C'est tout ce qui me reste d'elle. Mon père ne m'en a jamais parlé. Ils étaient séparés, et c'est peut-être ce qui m'a sauvé…

FD : Comment cela ?

P : Mon père était à Paris depuis 1910, c'était un ancien combattant de la Première Guerre mondiale venu de Roumanie et il avait beaucoup de relations. Il a tout fait pour que je sois caché pendant la guerre. Il m'a confié à l'Œuvre de secours aux enfants (OSE) qui m'a placé dans un foyer pour enfants juifs laïcs au château de Chaumont, dans la Creuse. Papa était tout pour moi, il était à la fois mon père et ma mère ! Il est parti à l'âge de 83 ans quand moi j'en avais 26. C'est lui qui a inspiré mon personnage de Popeck.

FD : Vous êtes passé de Judka Herpstu, votre vrai nom, à Jean Herbert, puis Popeck. Expliquez-nous…

P : Jean Herbert est venu lorsque j'étais au cours Simon. Tout le monde écorchait mon nom. Herpstu, c'était difficile à dire alors René Simon m'a dit qu'il fallait que je me dégote un pseudonyme. Cependant, si on m'appelle Jean aujourd'hui, je trouve ça insupportable ! Puis, dans mon sommeil, j'ai entendu « Popeck ». Ça m'est tombé du ciel ! Du coup, sur mes affiches, on avait écrit : « Jean Herbert présente Popeck » !

FD : Enfant, vous rêviez déjà d'être humoriste ?

P : Jamais de la vie ! Je le dis dans mon livre, pour moi, tout cela n'était que de la gaudriole ! Ce qui m'a fait tomber dedans, c'est l'obligation : on était des gens pauvres !

FD : Quel est le secret de votre forme ?

P : Une bonne hygiène de vie. Je ne bois pas, je n'ai jamais fumé, et je fais attention à ce que je mange. Un grand patron de la médecine a dit : « Le cœur, c'est comme le pantalon, il y a des neufs qui craquent et des rafistolés qui tiennent le coup. On va dire que j'appartiens à la deuxième catégorie !

FD : Est-ce que vous envisagez la retraite ?

P : Pour moi, la retraite c'est la mort ! Je n'ai aucun hobby.

FD : Vous appréhendez la mort ?

P : Je ne crains pas la mort, mais à condition qu'elle vienne d'un coup ! J'ai peur de la maladie, être allongé sur un brancard et subir des opérations… Quand j'étais petit, je disais : « Si mon père vit très vieux, je veux bien mourir à 30 ans. » Aujourd'hui, je dis que si la mort arrivait pendant mon sommeil, elle me ferait plaisir !

LE CÉLÈBRE MOÏSHE SCHMOLL DANS “RABBI JACOB”

L'humoriste espère pouvoir lancer cet automne la tournée de sa nouvelle pièce avec Jeane Manson.

France Dimanche : Quels souvenirs vous gardez de votre rôle dans Les Aventures de Rabbi Jacob ?

Popeck : C'est le plus beau souvenir de ma vie sauf que, malheureusement, je n'ai pas su prendre la perche que Gérard Oury me tendait. À l'époque, l'imprésario de Brigitte Bardot m'a dit : « Attention, vous allez être cantonné à faire ce personnage-là alors que vous êtes un excellent comédien ! » Elle m'a fait peur et j'ai donc dit que je ne voulais surtout pas que l'on écrive Popeck au générique mais plutôt Jean Herbert. Je n'avais pas l'agent formidable que j'ai eu par la suite, j'étais tout seul et je n'ai pas fait les bons choix !

FD : Quel est, selon vous, le secret de la réussite de ce film qui traverse les générations ?

P : C'est d'abord grâce à un super scénario et à un comédien extraordinaire. Louis de Funès était comme un animal. Il avait toutes les peines du monde, il n'était pas du tout comique dans la vraie vie, plutôt même triste, mais, en tant qu'acteur, il nous faisait mourir de rire !

TOUJOURS FOU AMOUREUX DE SA FEMME !

France Dimanche : Parlez-nous de votre vie sentimentale…

Popeck : J'ai été marié deux fois. La première fois, j'étais encore au foyer de jeunes travailleurs.

J'avais 19 ans et la fille en avait 17. Or, à cette époque, l'âge adulte était à 21 ans. Elle est tombée enceinte et c'est la directrice du foyer, que je considérais comme ma mère adoptive, qui a décidé que je devais l'épouser. Quand à ma seconde femme, Anne, ça fait cinquante ans que nous sommes ensemble !

FD : Vous êtes aussi père et grand-père…

P : Oui, j'ai eu deux garçons, un de mon premier mariage et un de mon second.

Je suis devenu vedette tellement tard que ça ne leur a pas du tout donné envie de faire ce métier ! J'ai aussi une petite-fille de 19 ans et je peux dire que c'est grâce à elle que j'apprends à parler aux jeunes !

FD : Que représente Anne pour vous ?

P : Elle est l'amour de ma vie ! Si, par malheur, elle devait partir avant moi, je serais perdu ! Je passe mon temps à jouer le misogyne sur scène mais, en réalité, mon soutien a toujours été les femmes ! Je serai totalement paumé Si je n'avais plus mon épouse ! je ne voyage jamais sans elle… aussi, j'ai remarqué que lorsque quelqu'un parle avec elle, au bout de trente secondes, je n'existe plus ! ma femme attire une sympathie immédiate alors que moi, je dégage de la crainte.

Vanessa ATTALI

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