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Babette de Rozières : À coeur battant !

Publié le 20 avril 2022

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C’est un petit brin de femme venu de Guadeloupe, mais ne vous y trompez pas, Babette de Rozières n’a rien d’une âme docile. Cheffe cuisinière au parcours chaotique, elle n’a eu toute sa vie qu’un seul mot d'ordre : se battre. De son enfance meurtrie aux cuisines étoilées, elle a fait de son existence une bataille, une croisade.

Babette de Rozières est une femme pressée. Conquérante, elle avance fière et déterminée. Derrière le volant de la voiture dans laquelle elle nous recoit, elle démarre, s'arrête, râle, redémarre, elle fonce. Et justement, c’est bien cette détermination qui caractérise Babette. Une fantastique rigeur, une force hors du commun, une rage de vivre et d’exister.


Il faut dire qu’elle revient de loin, Babette. Sous son regard pugnace, elle cache de profondes blessures d’enfance. Rien qu’a évoquer ce mot, elle frémit, encore émue de la noirceur qu’elle a endurée. Elle, Élisabeth dit Élise dit Babette, oui, elle a connu le pire.

Elle est le fruit de parents à peine majeurs, d’une relation secrète entre deux ados de 18 et 19 ans, issus de deux familles ennemies, les Roméo et Juliette des temps modernes. Sa mère Vénus est, dit-on, aussi belle que méchante. Bebette en garde pour preuve les cicatrices sur son corps et son visage, laissées par les coups de tuyau d’arrosage d’une mère incapable de tendresse. “Elle me battait sans cesse. Tout était toujours de ma faute", se souvient-elle avec douleur.

Brusquement, sa voix sintille alors au milieu de ses réminiscences. “Dans tout cela, il y avait ma grand-mère”, lance-t-elle. Mais oui, Toutoune, sa grand-mère maternelle. C’est elle qui l'élève avec tendresse jusqu’à l'âge de quinze ans. C’est elle aussi qui forme son palais au goût des bonnes choses.

“C’était vraiment un cordon-bleu hors pair. Le matin, tôt, j’étais réveillée par les bonnes odeurs de chocolat. Elle le faisait elle-même, mélangé à des épices, de la vanille, de la cannelle, muscade. Je peux vous dire que je n’ai plus jamais bu un chocolat comme ça de ma vie. C’est à partir de là qu’a commencé ma passion pour la cuisine”, assure Babette, le sourire aux lèvres.

Puis elle se gare. Le bip de son avertisseur de recul retentit : “Quand je suis arrivée à Paris, je ne connaissais rien. On m’a servi des endives au jambon, je me suis dit : 'mais qu’est ce que c’est ça ?'” Sa volonté la pousse à explorer le marché du 14e arrondissement de la capitale. Elle s'achète un butagaz un bec, une casserole et une cuillère. La voilà partie dans un long apprentissage des épices, pour retrouver le goût de chez elle.

Dans l'habitacle, son accent des îles chante. Elle exulte, elle éclate de rire : “La première fois que je suis entrée dans une cuisine, il n’y avait pas une femme ! On m’a dit : ‘la serpillière, elle est là !’ J’ai répondu “moi, je suis venue ici pour faire la cuisine !’ Tout le monde rigolait.” Pourtant, elle en est certaine, c’est bel et bien le métier qu’elle veut faire, coûte que coûte.

La rage chevillée au corps. C’est sûr, elle a laissé quelques plumes pour trouver sa place dans cet univers si masculin. “J’ai tout plaqué, mon travail à l'ORTF, j’ai pris mon butagaz un bec et j’ai ouvert mon premier restaurant. Je pleurais tous les jours, il n’y avait pas un client ! Mais je me disais : ‘c’est ça que tu veux faire !’”

Elle crie, elle rit à gorge déployée en tapant dans ses mains. Sa mémoire lui rappelle une anecdote. Pour faire venir le client, elle se lance dans la fabrication de bocaux de punch qu’elle fait venir illégalement en avion grâce à une copine hôtesse de l’air. “C’était parti !! Ça y est, c'était parti !!”, s’égosille-t-elle en appuyant sur chaque syllabe.

Oui, ce petit brin de femme venue de Guadeloupe a usé et abusé de sa ténacité pour se frayer un chemin. Toute sa vie n’a été qu’une insatiable lutte et encore aujourd’hui, elle l’affirme sans détour.

Depuis le siège conducteur, elle hausse le ton comme une guerrière qui dicte son plan de bataille. “Comme j’ai été une enfant martyrisée, ça m'a renforcé. J’étais sur le qui-vive. Je me suis dit : ‘personne n’a le droit de te faire souffrir et il faut que tu réussisses !’. Il faut absolument que je réussisse. C’était mon obsession. Chaque fois qu’on me mettait des bâtons dans les roues, j’allais plus loin !’”

À nouveau, elle rit, satisfaite du chemin parcouru et de la jolie leçon de courage qu’elle vient d’offrir au milieu de la jungle parisienne.

Dans son nouveau livre, Festins Créoles aux éditions Marabout, elle revisite la cuisine de ses origines, purement créole, celle de sa grand-mère. Une cuisine que l'on peut d'ailleurs déguster dans son restaurant La Case de Babette : https://www.la-case-de-babette.com/ 

Andréa Meyer

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