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Raymond Poulidor : Adieu Poupou !

Publié le 22 novembre 2019

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© BESTIMAGE Raymond Poulidor

Il était “l’éternel second” mais le premier dans nos cœurs. Raymond Poulidor nous a quittés le 13 novembre dernier, à 83 ans.

Il avait participé à pas moins de quatorze Tours de France  – le premier en 1962, le dernier en 1976, à 40 ans passés –, et était monté huit fois sur le podium… Mais jamais, au grand jamais, Raymond Poulidor n’avait endossé le maillot jaune ! « Si je l’avais porté, avait-il récemment déclaré, avec son éternel sens de l’humour et sa légendaire humilité, je ne serais pas Poupou ! »

Ce surnom familier lui avait été donné dès son premier Tour, justement, par le journaliste Émile Besson qui, dans L’Écho du Centre, avait titré : « Vas-y Poupou ! » L’expression en forme d’encouragement avait aussitôt été reprise par de nombreux journaux sportifs, dont L’Équipe, qui l’avait ainsi ancrée pour l’éternité. À propos, comment cet « éternel second » – son autre surnom –, est-il devenu le premier dans le cœur des Français qui n’ont jamais cessé de louer son talent, sa modestie, sa ténacité et sa gentillesse ? Comment en est-on arrivé à encenser cet « antichampion », au lieu de s’extasier du génie des gagnants ?

Il faut bien avouer que ce « perdant-là » avait de quoi enflammer les foules ! De ce statut assumé de second – entretenu par Raymond lui-même ! – le petit paysan de la Creuse avait fait une véritable force. Lors de ce fameux Tour de France 1962, qui instaura sa légende, les plus anciens se souviennent qu’il l’avait abordé avec un auriculaire cassé, la main dans le plâtre ! Face à un Jacques Anquetil ou un Rik Van Looy au faîte de leur forme, autant dire qu’il n’avait aucune chance de gagner…

Son parcours est celui, étonnant, d’un genre de « monsieur Presque », capable des plus belles performances, face à Charly Gaul ou Federico Bahamontes, dans les épouvantables épreuves de montagne, mais ne parvenant jamais à remporter de titre mondial. Malgré tout, l’on oublie trop souvent que ce fabuleux athlète avait aussi gagné quelques-unes des plus importantes courses cyclistes, notamment au début de son long parcours, le Milan- San Remo et le championnat de France en 1961, ainsi que le super Prestige Pernod en 1964. Sans oublier le Paris-Nice, deux années de suite en 1972 et 1973, alors que ce roi de la « petite reine » était déjà âgé de 36 ans…


Malgré ces quelques belles victoires, le coureur cycliste a beaucoup joué de malchance au cours de son surprenant parcours, comme notamment sur ce Tour de France 1968, où un motard le percute et le fait durement chuter alors qu’il n’était qu’à quelques roues de la victoire, ou encore lors de l’étape de Scheveningen, en 1971, où il rate le maillot jaune de 79/100 de seconde ! Mais Poupou, taillé pour vivre avec le sourire, homme à l’inébranlable bonhomie, est de ces perdants qui s’accrochent, qui insistent, qui « en veulent », comme on dit…

Un courage sans pareil, une faculté exceptionnelle à se relever de tout, et se remettre en selle, qui lui venait peut-être de son enfance passée dans le Limousin, où, né à Masbaraud-Merignat, le 15 avril 1936, il aidait ses parents métayers qui travaillaient dur à la ferme qu’ils exploitaient. Son amour du vélo lui est venu à 16 ans, lorsqu’un marchand de cycles de Sauviat-sur-Vige lui a offert une monture demi-course. L’adolescent avale alors chaque jour les kilomètres en cachette de sa maman qui juge ce sport trop dangereux…

Très vite, il va participer à des courses locales jusqu’à son service militaire qu’il effectue à l’âge de 20 ans. Incroyable persistance encore : envoyé d’abord en Allemagne puis en Algérie, retenu loin des entraînements pendant deux ans, il en revient alourdi de 15 kg. Mais ce surpoids ne l’empêche pas de remonter en selle et de s’entraîner de plus belle !

Sa ténacité va évidemment payer puisqu’au printemps 1959, il remporte avec huit minutes d’avance sur le professionnel Roger Buchonnet, la première course à laquelle il participe ! Au mois d’août suivant, il arrive deuxième au Grand Prix de Peyrat-le-Château, ce qui lui vaut d’être remarqué par Bernard Gauthier, membre de l’équipe Mercier, laquelle finira par l’engager pour un salaire de 25 000 francs…

Ces derniers temps, il avait la joie de rencontrer son public, et était heureux de savoir l’un de ses deux petits-fils, David et Mathieu, que sa fille a eus avec le Néerlandais Adrie van der Poel, un autre virtuose de la discipline, sur le chemin de la gloire.

« Mathieu ? C’est un grand champion vous savez », déclarait récemment au Parisien son grand-père sur son lit d’hôpital. À 24 ans, le cadet de la famille est en effet promis à une brillante carrière, après avoir déjà décroché deux titres de champion du monde de cyclo-cross, et remporté, le week-end dernier, son troisième championnat d’Europe d’affilée, à Silvelle, en Italie…

Victime d’un œdème pulmonaire cet été, Raymond était hospitalisé depuis le 27 septembre à Saint-Léonard-de-Noblat, en Haute-Vienne. Selon son épouse, Gisèle, Poupou était très fatigué depuis le dernier Tour de France, auquel il participait en tant que consultant. Au mois d’août, l’ancien champion aurait subi deux ponctions pleurales. Le cœur usé, il était apparu très affaibli lors du Tour du Limousin. La légende veut que, sur son lit de mort, Jacques Anquetil ait dit à son rival préféré : « Mon pauvre Raymond, je m’en irai donc avant toi. Encore une fois, sur ce coup-là, tu vas faire deux ! » 

L’éternel second a perdu son ultime course mercredi dernier, vers 2 heures du matin. Il avait 83 ans…

Clara MARGAUX

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