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Régine : Elle pleure son frère adoré !

Publié le 13 avril 2020

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© BESTIMAGE Régine

Il aura été le complice de toute une vie, celui sans qui Régine n’aurait jamais pu surmonter la mort de son fils unique. Hélas, le lundi 30 mars, Maurice s’est éteint à l’hôpital…

«Pour moi l’amitié a toujours beaucoup compté, bien plus que l’amour, qui va et vient », nous confiait-elle, en 2018. Il est pourtant deux hommes qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. En 2006, la mort lui a arraché le premier, son fils unique, Lionel, emporté par un cancer du poumon. Et c’est bien grâce au soutien du second, son frère Maurice, qu’elle avait survécu à cette tragédie. C’est d’ailleurs aux côtés de celui-ci que, le 10 janvier dernier, la Gueule de nuit –titre d’une chanson que lui avait écrit Barbara – soufflait ses 90 bougies. Une soirée mémorable, célébrée à la Chope des Puces, à Saint-Ouen, où, ressortant son célèbre boa rose, Régine avait interprété La Grande Zoa, devant tous ses amis réunis. À cette occasion, avait-elle promis à ce frangin chéri, de trois ans son cadet, de lui organiser pareille fête pour son 90e anniversaire ? Elle n’en aura hélas pas l’occasion. Le 30 mars, ce compagnon et complice de toujours a, lui aussi, rejoint les étoiles…

Depuis l’arrivée du Covid-19 en France, Régine s’inquiétait beaucoup pour son frère qui souffrait de plusieurs maladies chroniques. Il faisait donc partie de ces personnes à risque auxquelles le terrible virus ne laisse, semble-t-il, aucune chance. Confinée chez elle, comme la grande majorité d’entre nous, l’interprète des P’tits Papiers s’angoissait d’autant plus, qu’elle ne pouvait pas le voir. Et puis, il y a quelques jours, l’état de santé de Maurice, jusqu’alors bon, s’est subitement dégradé. Transporté en urgence dans un hôpital parisien, et malgré les soins intensifs dont il a fait l’objet, il s’est éteint dans la nuit de dimanche à lundi, vers 5 heures du matin.

Le « roi du Sentier », c’est ainsi que l’on surnommait cet habile homme d’affaires qui avait passé quelques années en Israël avant de rejoindre l’entreprise paternelle de confiseries, dans le XXe arrondissement de Paris. En 1950, voyant qu’il se débrouille bien, son oncle, Georges Bidermann, qui possède, lui, une société de textile dans le quartier du Sentier, l’engage. Maurice y débute comme simple employé et s’investit à fond dans ce nouveau job. Il a de l’ambition et des idées. Dans un premier temps, il modernise les méthodes de fabrication, puis il développe le commerce en Europe, avant de se lancer à la conquête du monde. Les commandes pleuvent : même l’URSS, marché alors très fermé, lui achète 310 000 tenues de travail.

Sous l’impulsion de Maurice, la petite affaire Bidermann devient le plus important fabricant français de vêtements ! Un empire florissant dont il prend la direction générale en 1972. Il crée des milliers d’emplois, rachète des petites sociétés textiles en difficulté et ouvre aux grands couturiers, de Pierre Cardin à Yves Saint Laurent, l’accès au prêt-à-porter en assurant la diffusion mondiale de leurs modèles. 


Dans les années 1980 cependant, ce géant à qui tout a magnifiquement réussi, connait ses premiers déboires. En effet, pour se maintenir à la pointe de l’innovation son groupe a dû sévèrement s’endetter. Et la crise qui frappe alors l’industrie de l’habillement n’arrange rien. En 1995, Maurice, au bord de la faillite, est contraint de revendre la branche française de son groupe. À cette même époque, éclate l’affaire politico-financière Elf dans laquelle le frère de Régine est impliqué. L’enquête révèle en effet qu’Elf, entreprise publique dirigée alors par Loïk Le Floch-Prigent, un ami proche de Maurice, a prêté via des circuits offshore – donc en toute illégalité – 772 millions de francs (environ 117 millions d’euros) au groupe Bidermann. Et ce n’est pas tout ! Le roi du Sentier est également suspecté d’avoir fourni un emploi fictif à madame Le Floch-Prigent… Mis en examen, en mars 1996, pour « abus de biens sociaux, recel d’abus de biens sociaux, présentation de faux bilans et diffusion d’informations inexactes », Maurice passe en jugement en 2003. Il est condamné à trois ans de prison, dont deux de sursis, et à une amende d’un million d’euros. 

Sa liberté recouvrée, le frère de Régine part s’installer au Maroc avec son épouse, Danièle, et leurs deux filles. En 2010, il est rattrapé par le fisc local qui lui réclame des impôts qu’il n’a jamais payés… 

Mais ce self-made-man savait aussi se montrer philanthrope. Marqué par une enfance très rude – fils de juifs polonais, il a été recueilli et caché par une famille d’Aix-en-Provence durant la Seconde Guerre mondiale –, Maurice s’est investi dans plusieurs œuvres caritatives, dont Action contre la faim. Il est aussi à l’origine de nombreux projets visant à rapprocher les peuples israélien et palestinien. 

Pour Régine, cette disparition brutale est d’autant plus insupportable qu’elle n’a pas pu, à cause de la crise du coronavirus, embrasser une dernière fois ce frère adoré. Pas plus qu’elle n’assistera à ses obsèques où elle aurait partagé sa peine avec Danièle et ses filles. Recluse chez elle, la diva des nuits parisiennes peut heureusement compter sur le soutien de ceux qui lui restent. Et se raccrocher à son arrière-petit-fils Léo, âgé de trois ans et demi. « Mon nouvel amour », nous confiait-elle. Un amour dont elle a plus que jamais besoin aujourd’hui…

Lili CHABLIS

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