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Régine : “Léo est le nouvel amour de ma vie !”

Publié le 26 décembre 2018

Dans son dernier ouvrage, Régine, cet oiseau de nuit évoque avec tendresse ses amis célèbres et celui qui a su conquérir son cœur.

Tout le monde la surnomme « la reine de la nuit », mais elle préfère qu’on l’appelle « gueule de nuit », titre d’une chanson que lui avait écrite son amie Barbara en 1967, mais aussi de son nouvel ouvrage, paru chez Flammarion, dans lequel Régine nous raconte plus d’un demi-siècle de fêtes et d’amitiés. De Johnny à Simone Veil, en passant par Gainsbourg, Sagan, Andy Warhol, Michael Jackson et bien d’autres, l’inoubliable interprète des P’tits papiers livre de savoureux souvenirs sur ses amis les stars. Et devant un thé, à son domicile parisien, c’est un réel bonheur d’écouter cette grande dame, qui fêtera ses 89 ans le mois prochain.

France Dimanche : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre ?
Régine : Le désir de parler d’amis que j’aime passionnément et avec lesquels j’ai vécu tant de moments formidables. Pour moi, l’amitié a toujours beaucoup compté, bien plus que l’amour, qui va et vient.

FD : Écrire ce livre a été agréable ?
R : Très joyeux ! Mais, je n’ai pas tout dit, c’était impossible. J’en sais des choses. Cependant, mes clubs ont toujours été privés, je n’acceptais pas les photographes, et ce qui s’y passait ou s’y disait restait entre leurs murs. En tout cas, j’ai souvent ri, car tous mes amis avaient de l’humour, de la folie, de l’excentricité, mais aussi des fêlures. Vous savez, la vie mondaine, je l’ai apprise sur le tas.

FD : Quelle petite fille étiez-vous ?
R : Je n’ai pas connu ma mère. Quant à mon père, il avait toutes les qualités et tous les défauts. Je me revois danser avec lui, et toutes les jeunes femmes s’extasiaient devant cette adorable petite fille. En fait, ça lui permettait de draguer. Il s’appelait Joseph et c’était un sacré bonhomme. Il avait empoisonné toute la France avec ses confitures pomme raisin. Tant est si bien qu’après la guerre, un juge l’avait même poursuivi pour ça. Comme on avait tous les deux un très fort caractère, on se disputait souvent. Je m’évadais en allant au cinéma voir des comédies musicales avec Fred Astaire ou Gene Kelly, que j’ai eu la chance de rencontrer par la suite. Et je rêvais de chanter à Las Vegas ! Rêve que Paul Anka m’a permis de réaliser en m’invitant à faire la première partie de son show. J’ai bien cru que j’allais mourir. Vous imaginez, moi qui déteste jouer aux cartes ! Je n’aime pas non plus fumer ni boire, ce qui peut paraître fou pour quelqu’un qui a passé sa vie dans le milieu de la nuit.

FD : Pourquoi aviez-vous juré à Johnny de ne jamais dévoiler sa rencontre avec Elvis ?
R : Je ne sais pas. À l’époque, je connaissais Elvis, dont j’avais rapporté des disques en France. Et lorsque j’ai fait la connaissance de Johnny, qui avait 17 ans, au Golf-Drouot, il m’a dit qu’Elvis était son idole et qu’il rêvait de le connaître. Du coup, un jour où le King était de passage à Paris, j’ai provoqué une rencontre. « Elvis, je veux te présenter notre rock star à nous », lui ai-je dit. Ils se sont serré la main, Elvis a salué Johnny : « Content de vous connaître ! » mais Johnny n’a pas dit un mot. Quand on s’est retrouvés tous les deux, il m’a fait promettre de ne jamais dire qu’il l’avait rencontré, avant de m’avouer : « On ne devrait jamais rencontrer ses idoles… »

FD : Vous étiez proche de Johnny ?
R : J’ai tout de suite su que ce gamin irait loin. Quand le rideau tombait, il redevenait un petit garçon tout timide et tellement gentil. Toujours prêt à vous rendre service. J’étais avec lui sur son tout premier film, où je lui soignais les pieds entre les prises. On était en Camargue, il devait faire du cheval et avait d’énormes ampoules aux pieds. Je les lui plongeais dans des bassines d’eau salée. Je l’aime énormément et j’ai beaucoup de peine face à tout ce qui se passe depuis qu’il est parti. C’était quelqu’un de bon, fin, sincère, très fidèle et très intelligent. Quand il avait un chagrin d’amour, il dormait au-dessus du New Jimmy’s. Il était comme mon fils.

FD : Avez-vous des regrets ?
R : Ce n’est pas un regret, c’est pire ! J’ai perdu mon fils unique il y a douze ans et je ne m’en remettrai jamais. Lionel était journaliste et homme d’affaires, il est décédé à l’âge de 58 ans d’un cancer du poumon. C’est une blessure que tous ceux qui ont perdu un être cher gardent. Jusqu’à ses 18 ans, il m’envoyait des lettres d’amour pour dire que j’étais la plus belle, la plus gentille. Il souffrait énormément de devoir me partager. On ne s’entendait pas tout le temps, mais on s’aimait beaucoup.

FD : Votre petite-fille, Daphné, 30 ans, vous a donné un arrière-petit-fils ?
R : Eh oui, je suis arrière-grand-mère ! Léo est mon nouvel amour. Il a un an et demi et n’arrête pas de danser. C’est un mélange détonnant de sang irlandais, écossais et polonais. Il est aussi le petit-fils de John Boorman, réalisateur d’Excalibur et de Délivrance. Donc je crois que ce petit sera un génie.

FD : Et vous venez d’ouvrir un nouveau club ?
R : Ce 28 novembre, en effet, j’ai ouvert un club éphémère aux Tuileries pendant La magie de Noël, le Régine’s Star Folie. Ensuite, j’en ouvrirai un tous les trois mois. Je veux que les gens soient déguisés et je vais même chanter, pour retrouver un peu de folie. Partout c’est devenu violent, hors de prix, et on vous pousse à boire. Moi, j’ai toujours fait très attention à ça. À l’époque, j’étais d’ailleurs le seul établissement qui, à 3 heures du matin, servait des spaghettis à tout le monde. Les autres clubs se vidaient, et moi je récupérais le Tout-Paris.

Caroline BERGER

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