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Rémy Julienne : Le cascadeur n’a plus le permis !

Publié le 15 avril 2017

Acrobate et casse-cou pour les uns, fou furieux pour les autres, 
celui qui risque sa vie pour le 7e art, Rémy Julienne  a échappé dix-sept fois à la mort. Pour “France Dimanche”, il revient sur son incroyable histoire.

«Vous nous avez fait rêver ! » En cinquante ans de carrière, ce sont les mots qu’il a le plus entendus. L’illustre cascadeur, connu dans le monde entier, nous a reçus chez lui, à Cepoy, près de Montargis, dans le Loiret. La grande maison de Rémy Julienne, face au canal, est voisine du café-restaurant La taverne de l’écluse, qui appartenait autrefois à ses parents.

Installés à l’une de ses tables, nous avons déjeuné en compagnie de celui qui a réalisé les cascades de plus de 1.400 productions françaises et internationales. « J’étais un petit garçon peureux, mais j’avais le goût du risque. Avec le temps, j’ai découvert que la vraie difficulté est de trouver le dosage exact entre le doute et la confiance en soi », nous a-t-il expliqué.

Il faut dire qu’il a de qui tenir ! Lors de l’exposition internationale de 1937, Lucienne, sa maman, a réalisé l’exploit de sauter de 60 mètres en parachute, du haut d’une tour installée pour l’occasion sur l’esplanade des Invalides à Paris !

->Voir aussi - Rémy Julienne : "Quand je revois certaines scènes, je me trouve cinglé !"

Remy Julienne nous présente son diplôme et une photo de sa mère © Jérôme Mars    En 1937 sa mere Lucienne Julienne recoit un diplome pour soon saut en parachute du haut de la tour de l esplanade des Invalides.   Portrait de sa mere Lucienne Julienne
En 1937, sa mère Lucienne Julienne reçoit un diplôme pour son saut en parachute © Jérôme Mars

Bluffé

Après son service militaire, ce grand sportif et passionné de conduite réintègre l’entreprise de transport de son père Paul. Sa vie semble toute tracée. Mais Gil Delamare, autre casse-cou célèbre, propose au jeune homme, champion de France de moto-cross en 1957, ses premières cascades dans le film Fantômas, en 1964.

« À l’époque, le Mercurochrome coulait à flots, ce boulot de dingue était dangereux. Je ne voulais pas en faire ma profession », nous a confié Rémy. Heureusement, il a changé d’avis ! Qui n’a pas été bluffé devant ses époustouflantes poursuites de voitures ou de motos, ses accidents spectaculaires dans La grande vadrouille, la série des Gendarmes de Saint-Tropez et six James Bond, dont Rien que pour vos yeux, en 1981, lui a valu un award.

Sans oublier la quinzaine de films tournés avec son ami Jean-Paul Belmondo, dont Rémy garde précieusement une photo : « Quand il m’a invité à la dernière cérémonie des Césars, je lui ai offert le tirage original, pris sur le tournage du film Joyeuses Pâques. C’est très rare de voir un cascadeur en action en voiture. Il vient de faire un bond de 25 m, à 80 km/h, pour arriver pile à 50 cm de l’arrière de la voiture au sol. Un exploit ! À l’époque, le limitateur de vitesse n’existait pas, il ne fallait pas dévier d’un poil et rester attentif à l’aiguille sur le compte-tours. Si on se trompait d’une seconde, on se plantait de 2 m. »

Un grand patissier lui fait un gâteau de chocolat en forme de tremplin © Jérôme Mars
Un grand pâtissier lui fait un gâteau de chocolat en forme de tremplin © Jérôme Mars

Drame

« Pour moi, le cinéma c’est du divertissement, nous a expliqué ce cinéphile. Les Américains l’ont compris il y a bien longtemps. En 1990, Disney m’a demandé de concevoir un show de cascades sans casse, renouvelable plusieurs fois par jour. En 2002, le spectacle Moteurs, action ! était prêt pour l’ouverture du parc n° 2 de Disneyland Paris. Le succès a été immédiat. En 2005, à l’occasion des cinquante ans des parcs Disney, le concept a été repris à Orlando en Floride. »

Celui que Claude Lelouch appelle « le fou furieux raisonnable » n’a qu’un unique mauvais souvenir : la mort du cameraman Alain Dutartre en août 1999, percuté par une voiture au cours d’une cascade sur le tournage du film Taxi 2. Accusé à tort, Rémy, à l’époque gravement malade, ne peut assister au procès en septembre 2007. Très affecté par ce drame, il devra aller jusqu’en Cour de cassation pour que la société de production de Luc Besson, Europacorp, soit finalement condamnée par la cour d’appel de Paris, quelques années plus tard, à 100.000 € d’amende pour sa responsabilité dans ce décès accidentel. Mis hors de cause, l’homme à la casquette n’a désormais qu’un seul objectif : veiller à ce qu’un tel drame ne se reproduise plus.

« Il faut avoir le souci constant de la perfection, de la précision et de la sécurité absolue tout en veillant à satisfaire les souhaits du réalisateur », a résumé cet immense pro. Des conseils avisés que ne manquent sans doute pas de suivre ses deux fils, Michel et Dominique, et son petit-fils David, qui ont repris le flambeau.

Aujourd’hui, après deux attaques cardiaques, deux cancers, la pose d’un genou en plastique et prochainement d’une prothèse de hanche, Rémy Julienne a encore des projets. À bientôt 87 printemps, il termine un livre qui relate les dix-sept fois où il a échappé à la mort lors de ses exploits. Un spectacle-rencontre est également prévu à partir de cet ouvrage, illustré de ces vidéos inédites prises sur les tournages. Seulement, le Einstein de la cascade a désormais besoin d’un chauffeur.

Capable de faire évoluer un camion sur deux roues ou de piloter n’importe quel engin motorisé, Rémy Julienne s’est fait retirer le permis de conduire… pour excès de vitesse !

Anita Buttez
Photos : Jérôme Mars

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