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Rémy Julienne : “Quand je revois certaines scènes, je me trouve cinglé !”

Publié le 7 juin 2015

  À l’occasion de ses 85 ans, l’Einstein de la � cascade, Rémy Julienne, nous ouvre sa boîte à souvenirs : un casting ébouriffant.

« On va se donner rendez-vous au Trocadéro. Ça me rappellera la poursuite de Dangereuse­ment vôtre, avec Roger Moore ! » Quand on a tourné dans 1 400 films, fait six James Bond et quinze longs-métrages avec Jean-Paul Belmondo, on a forcément des souvenirs…

Rémy Julienne qui vient d’avoir 85 ans et a fêté l’an dernier ses 50 ans de cascades, nous a accordé une interview dans une Aston  Martin, la marque automobile préférée de l’agent 007.

Toujours actif, le natif de Cepoy, dans le Loiret, revient de Richmond, aux États-Unis, où il était l’invité d’honneur d’un festival de cinéma.

Il lui arrive de travailler avec la justice, qui lui demande de participer à des reconstitutions d’accidents ou de crimes, et il conseille encore son fils et ses petits-fils qui ont pris sa succession. Son rêve ? Créer dans le Var un parc à thème dédié aux cascades et aux voitures du septième art.

Rémy Julienne livreRémy Julienne a fait récemment une cascade bien involontaire, tombant de son vélo lors de sa sortie quotidienne de 15 km. « On doit me changer le genou, mais le goudron n’a rien », plaisante-t-il. Un comble pour celui qui est sorti indemne de cabrioles insensées.

« Il faut avouer que j’aurais pu y laisser ma peau, réalise aujourd’hui l’ancien champion de France de motocross. Mon métier était de calculer les risques. Mais, quand je revois certaines scènes, je me trouve cinglé et je me fous des trouilles rétrospectives ! »

Celui que Claude Lelouch surnomme l’Einstein de la cascade a accepté d’évoquer pour nous les stars qu’il a croisées dans sa longue et riche carrière.

Roger Moore « J’ai tourné trois James Bond avec lui. Ce genre de productions anglo-saxonnes est tellement strict que les assureurs refusaient qu’il fasse quoi que ce soit. Il me disait : “Mes seules cascades, je les fais avec les femmes.” »

Alain Delon « On a fait Deux hommes dans la ville, Flic Story, Pour la peau d’un flic… Son caractère est très différent de celui de Jean-Paul Belmondo. La cascade, ce n’était pas sa tasse de thé. Mais, il est agile comme un félin, et doué ! »

Harrison Ford « Un grand monsieur. Sur Frantic, de Roman Polanski, je ne savais pas comment l’aborder. C’est lui qui est venu me taper sur l’épaule pour me dire qu’il était honoré de travailler avec moi. »

Jean Marais « J’ai débuté dans le métier en le doublant en 1964 dans Fantômas. Il se jetait dans la bagarre avec inconscience et refusait toute préparation ! S’il y avait un truc à faire, il le faisait quitte à se casser quelque chose. D’ailleurs, il a sauté d’un toit et s’est fracturé la jambe en se recevant sur l’arrière d’une voiture ! »

Jean-Paul Belmondo « C’est avec lui que j’ai le plus tourné. J’ai toujours trouvé remarquable qu’il me fasse confiance à ce point-là ! Il ne voulait jamais être doublé pour les grosses cascades. C’est quelqu’un de très courageux. Je me souviens de notre première rencontre sur Le casse, à Athènes. Jean-Paul a descendu un escalier de 300 marches en voiture. Il effectuait des choses que je n’aurais pas demandées à un cascadeur ! Il n’avait peur de rien et toujours envie d’en faire plus. »

Lee Marvin « Sur le tournage de Canicule, je ne comprenais pas qu’il s’expose à ce point-là avec autant de flegme. Il était d’une extrême humilité : sa femme me demandait si elle pouvait me prendre en photo avec lui. Le monde à l’envers ! Et il avait de l’humour. Un jour, il voit un wagon-citerne et me dit : “Tout ce que j’ai bu dans ma vie ne tiendrait pas là-dedans.” »

Louis de Funès « Dans le premier Gendarme, j’étais réalisateur de la deuxiè­me équipe. J’avais des soucis avec un technicien, et Louis de Funès m’avait dit : “S’il y a un problème, venez me voir moi.” J’ai assuré la cascade et la réalisation de la scène avec sœur Clotilde, la religieuse à la 2 CV. »

Bourvil « Lors de La grande vadrouille, il était fasciné par les roues arrière que je réalisais à moto et me demandait tout le temps d’en faire. Il était aussi sympathique qu’on pouvait l’imaginer. »

Yves Montand « Une des plus belles cascades de ma carrière est dans La menace, le film d’Alain Corneau sorti en 1977. Montand devait disparaître dans un camion en feu lancé à 90 km/h vers un ravin. Je me suis éjecté juste avant que le bolide n’explose en plein vol. Du coup, j’ai fait la une de la presse locale avec mon nom en gros, et le sien en petit. Il l’a particulièrement mal pris… Le directeur de la photo, Pierre-William Glenn, a d’ailleurs dit : “Pour moi, la star de La menace n’est pas Yves Montand, mais Rémy Julienne.” »

Charles Bronson « Dans Avec les compliments de Charlie, il emmenait sa famille admirer mes cascades quand il ne travaillait pas. Il était renfermé mais très gentil. »

Al Pacino « Je l’ai doublé sur le circuit du Mans pour le film Bobby Deerfield. Il jouait un pilote de formule 1 alors qu’il n’avait même pas son permis de conduire ! »

Anne Parillaud « J’ai souvent doublé des actrices : Carole Bouquet, Sophia Loren, Gina Lollobrigida. J’ai un faible pour les perruques ! Mais Pour la peau d’un flic, avec Alain Delon, Anne Parillaud faisait des trucs que beaucoup de mecs ne font pas. On a vu ensuite dans Nikita que c’est une femme d’action. Elle a même eu un prix Rémy Julienne au Festival du film d’aventures de Valenciennes ! »

Benoît franquebalme

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