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Rémy Julienne : Sa dernière cascade

Publié le 4 février 2021

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Rémy Julienne, le légendaire casse-cou du cinéma français, nous a quittés, victime du Covid. À 90 ans, il avait encore des projets plein la tête…

«Vous nous avez fait rêver », sont les mots qu'il a le plus entendus au cours de sa longue carrière de cascadeur. S'en est-il souvenu avant d'effectuer son ultime cabriole dans l'au-delà ? Début janvier, il avait contracté le Covid-19. En réanimation depuis deux semaines à l'hôpital de Montargis, Rémy Julienne, qui avait survécu à deux cancers et trois infarctus, nous a quittés ce jeudi 21 janvier. Il avait 90 ans et plus de 1 400 films au compteur…


C'est à Cepoy, dans le Loiret, que Rémy Julienne voit le jour, le 17 avril 1930. Élève turbulent, il ne tient pas en place, jusqu'au moment où son instituteur lui confie la section cinéma de l'école. Fasciné par les aventures de Charlot, Laurel et Hardy ou Buster Keaton, il ne bouge plus ! Ce qui ne l'empêche pas, après les cours, d'enfourcher son vélo pour de folles virées. À 12 ans, il conduit la moto de son paternel, à 24, il s'offre sa première moto de cross. Il est doué, a le goût du risque, ne laisse déjà rien au hasard. En 1957, il remporte le championnat de France de 500 cc. S'ouvre à lui une carrière prometteuse d'as du guidon, qui bifurque en 1964 quand, un peu par hasard, il passe un casting pour doubler Jean Marais dans Fantômas. Gil Delamare, autre génial casse-cou, l'engage. Rémy entre alors dans « un monde complètement fou », qu'il ne quittera plus.

Il enchaîne avec Les Gendarmes dont Le Gendarme de Saint-Tropez, de Jean Girault, dans lequel il double l'inénarrable sœur Clotilde au volant de sa 2 CV beige. Une course-poursuite mémorable et l'un de ses plus beaux fous rires : « Entre deux prises de vues, je suis allé assouvir une envie pressante sur le bord de la route. Mais le conducteur d'un camion qui passait a failli en avoir un accident en voyant une religieuse relever ses jupons et pisser contre un arbre », racontait-il. En 1966, Gérard Oury lui confie les cascades de La Grande Vadrouille. Dans la peau du motard allemand qui fait un vol plané après s'être pris une citrouille dans la figure, Julienne entre dans la légende. L'immense succès du film lui ouvre toutes les portes. Avec Oury, il tourne Le Cerveau (1969), et Les Aventures de Rabbi Jacob (1973). Et aussi avec Marcel Camus Le Mur de l'Atlantique (1970), L'aventure c'est l'aventure d'un autre fou du volant, Claude Lelouch (1972), L'Aile ou la Cuisse de Claude Zidi (1976)…

Et bien sûr, la plupart des films de Georges Lautner avec l'ami Belmondo. En Jean-Paul, Julienne a trouvé son alter ego. « Il était inarrêtable. Je devais sans cesse le canaliser. C'était quand même imprudent, ce qu'on faisait ! Quand j'y repense, aujourd'hui, j'en ai les poils qui se dressent », se souvenait-il. Pour lui, il orchestrera l'une des scènes les plus périlleuses de toute sa longue carrière : celle où Bébel survole Venise, suspendu à un hélicoptère dans Le Guignolo (1980).

Le début des années 80 marque sa consécration à Hollywood. Sollicité pour la saga des 007, il relève le défi haut la main. « J'étais ravi, dans James Bond, il y a de l'action et de belles filles », disait-il. De Rien que pour vos yeux, en 1981 à GoldenEye, en 1995, il signe les cascades de six épisodes. Sa créativité sans limites inspire le respect à l'acteur Roger Moore, qui affirmait que : « Sans Rémy Julienne, James Bond n'aurait pas existé. »

S'il prend tous les risques, ce « fou raisonnable », comme le surnommait Lelouch ne laisse rien au hasard. Tout est pensé, calculé, au millimètre, à la seconde près pour éviter « la caisse en sapin ». Des peurs, il en a eues, comme sur le tournage de Rabbi Jacob. Doublant Pivert, alias Louis de Funès, qui, au volant de sa DS, finit dans un étang, il avait frôlé la noyade, coincé dans la voiture… Et du remords aussi. En 1999, il dirige les cascades de Taxi 2.

Gérard Krawczyk. Le vol plané de la 406 Peugeot, qu'il a pourtant programmé dans les moindres détails, atterrit quinze mètres trop loin, fauchant au passage le cameraman Alain Dutartre. Condamné à six mois de prison avec sursis, Rémy Julienne restera marqué par cet accident. « Je ne cesse de penser à Alain Dutartre, qui n'aurait jamais dû mourir ce jour-là », écrira-t-il dans Ma vie en cascades, publié aux Éditions n° 1.

Le Da Vinci Code (2005) sera sa dernière contribution au cinéma mais pas la fin de sa carrière. Concepteur de spectacles de cascades pour des parcs à thèmes, Rémy Julienne continuait de vivre à 100 à l'heure, aux côtés de sa compagne, Justine. Heureux de savoir la relève assurée par ses deux fils, Dominique et Michel, et son petit-fils, David, grâce à qui le nom de Julienne n'a heureusement pas fini de nous faire rêver…

Adieu l'artiste, et merci !

Lili CHABLIS

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