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Renaud : Écrasé par un douloureux secret de famille

Publié le 2 décembre 2011

C'est un boulet que Renaud traîne depuis son adolescence. Une histoire révélée aujourd'hui au public. Et qui pourrait être la source de son mal-être...

Le mal de vivre paraît parfois incurable. Il vous ronge, vous dévore en silence, sans qu'aucun remède puisse atténuer vos souffrances. Tel est, semble-t-il, le calvaire qu'endure Renaud. Certes, dire que le chanteur va mal ne surprendra, hélas, personne.

Mais c'est seulement aujourd'hui que l'on commence à comprendre l'intensité de son désespoir, d'en entrevoir les causes véritables, cachées depuis tant d'années. Jusqu'à présent, nombreux étaient ceux qui pensaient que la responsable de sa déchéance actuelle, de sa rechute dans l'enfer de l'alcool était aussi celle à laquelle il devait sa résurrection voilà dix ans : Romane.

Nous sommes en 2000 lorsque Renaud, alors vide d'inspiration et débordant de boisson, tombe amoureux de cette jolie chanteuse blonde de vingt ans sa cadette. Une idylle qui s'achèvera dans la peine, à l'automne 2011, lorsque, une fois leur divorce prononcé, elle quitte la grande maison de Meudon où ils avaient pensé pouvoir fausser compagnie aux démons noirs de l'ancien titi parisien.

Durant cette décennie, Romane et Renaud auront fait ensemble un fils, Malone, né en juillet 2006, et quelques disques, dont le fameux Boucan d'enfer, qui aura permis à Renaud de renouer avec les fabuleux triomphes de sa jeunesse.

->Voir aussi - Reportage : ma triste journée avec Renaud

Fantômes

La rupture explique-t-elle la rechute ? Pour Thierry Séchan, le frère aîné de l'artiste, dont il a toujours été très proche, l'affaire semble entendue : « Ils n'avaient rien à faire ensemble, a-t-il déclaré au Parisien le 16 novembre dernier. Lui est sensible, cultivé, elle était une petite midinette. Personne ne croyait en leur mariage. » Avant de conclure par un cruel sous-entendu : « Aujourd'hui, elle fait un très beau divorce... »

Réponse en forme de mise au point de Romane, sur le plateau de Marc-Olivier Fogiel : « Renaud est très en colère, affecté et humilié par les propos de son frère. De toute façon, ils ne se voient jamais, et Renaud est en guerre avec lui. Et comment peut-il parler de moi ? On ne se connaît même pas... »

Bien sûr, pour tous ceux qui aiment Renaud, ses proches comme ses fans, qui sont déjà près de 15 000 à avoir rejoint la page Facebook intitulée « Soutenons Renaud Séchan », la tentation est grande d'accabler Romane. C'est oublier un peu vite tout ce que leur idole lui doit et, surtout, qu'il a rechuté alors qu'ils vivaient encore en couple et que leur fils était à peine sorti des langes.

« Une femme n'est pas une infirmière, c'est à lui de se guérir », a déclaré la jeune femme, toujours chez Fogiel. Romane reconnaît par ailleurs que ce fut pour elle une vraie souffrance de devoir ainsi s'avouer vaincue. Mais vaincue par qui ? Par les « démons », dont on parle si volontiers dès qu'il est question de Renaud ? Par des fantômes, plutôt ! Des spectres dont il a ignoré l'existence durant toute son enfance et qui sont venus le frapper violemment, en plein visage, à l'adolescence, si l'on en croit son frère, Thierry Séchan.

Pour comprendre le drame, il faut à nouveau se tourner vers ce dernier, et sa préface du livre de Claude Fléouter consacré au chanteur, Putain de vie, à paraître en janvier prochain. Dans ce court texte, au titre significatif, Renaud, laisse pas béton !, l'aîné dévoile pour la première fois le lourd secret de famille qui ronge son frère cadet.

Les familiers des chansons de Renaud savent bien que ses deux principales sources d'inspiration sont, depuis ses débuts, sa vie et son engagement sincère en faveur de toutes les causes généreuses. En ce qui concerne sa vie, Renaud a fait des chansons sur tous ceux qui y ont une place : ses copains, son ex-femme Dominique, sa fille Lolita, Romane et Malone.

Il y a pourtant une zone d'ombre dans cette œuvre : jamais l'artiste n'a consacré la moindre chanson à ses parents, même pas la plus petite allusion au détour d'un quatrain. Et dans les interviews, il s'est toujours arrangé pour expédier le sujet en une ou deux phrases anodines. Pourquoi un si étrange silence ?

Thierry Séchan met la blessure à nu en quelques phrases, dans Le nouvel observateur de la semaine dernière : durant l'Occupation allemande, Solange et Olivier Séchan, leurs parents, ont tous les deux travaillé pour Radio Paris, symbole de la censure et de la collaboration avec les nazis !

Les plus âgés d'entre nous se souviennent de ce que serinait chaque jour Radio Londres, la voix de la France libre, sur l'air de La cucaracha : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ! » Le grand-père, Oscar, n'est guère mieux : membre du Parti populaire français de Doriot, il fera plus d'un an de prison à la Libération pour fait de collaboration avec l'occupant.

Mais le plus terrible, pour Renaud, selon son frère, c'est la manière dont la révélation de ce passé lui a été faite. Alors qu'il a une quinzaine d'années, des petits cousins mal intentionnés, ou inconscients, lui crachent au visage qu'il est le fils de « sales collabos ». Et ce en présence de ses copains, dont plusieurs sont juifs !

Renaud ne parlera jamais de cette atroce découverte. Il l'enfouira au plus profond de lui-même, pensant peut-être qu'en taisant cette infamie, il finira par l'oublier. Mais les abcès qu'on renferme au fond de soi gonflent, purulent et finissent par vous étouffer, si on ne trouve pas le moyen de les exprimer ou de les dissoudre. Faute de mettre des mots sur les maux qu'il porte en lui depuis près d'un demi-siècle, Renaud n'utilise-t-il pas l'alcool comme un « dissolvant » ?

« Renaud, laisse pas béton ! » Le cri angoissé de Thierry sonnerait alors comme un appel pathétique à son frère Renaud, pour qu'il rejette enfin tous les faux remèdes, mais vrais poisons, et trouve le courage d'écrire sur cette douleur muette, pour espérer revoir le jour et s'inventer un avenir. « Béton », on le sait, signifie « tomber » en verlan. Et, une fois à terre, il ne reste plus qu'à se relever pour renaître, et remettre sa vie à l'endroit...

Pierre-Marie Elstir

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