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Renaud : En danger de mort !

Publié le 24 mars 2016

Contre l’avis de ses proches, le chanteur Renaud vient de prendre une � décision radicale qu’il pourrait bien payer de sa vie…

Toujours debout. C’est le titre de la chanson qui signe le retour de Renaud, que certains surnomment désormais le Phénix, tant le chemin qu’il a parcouru pour revenir à lui semble avoir été difficile à accomplir. Une chanson qui parle de la vie et de la mort, du drame qu’est la disparition de ceux qui partent, qui nous sont enlevés dans la violence.

« Toujours vivant, rassurez-vous / Toujours la banane toujours debout / J’suis retapé, remis sur pieds / Droit sur mes guibolles, ressuscité / Tous ceux qui tombent autour de moi / C’est l’hécatombe, c’est Guernica / Tous ceux qui tombent, tombent à tour de bras / Et moi je suis toujours là. »

->Voir aussi : Renaud : Sa prière à Malone

Oui, Renaud est toujours là, soutenu par ses fans malgré toutes ses années de retraite dans sa maison de L’Isle-sur-la-Sorgue. Mais alors que le chanteur semble tout juste avoir repris le chemin qui le ramène à sa carrière d’artiste, alors que, plein d’entrain, il semble vouloir à nouveau croquer la vie, il se retrouve en danger de mort, cette mort violente contre laquelle il s’est toujours battu !

Hommage

En effet, peu s’en souviennent peut-être, mais entre 1992 et 1996, le chanteur avait à plusieurs reprises écrit des petites chroniques bien senties pour Charlie Hebdo. Il était très lié avec les journalistes de cet hebdomadaire, et avait été évidemment bouleversé et profondément meurtri par l’attentat meurtrier du 7 janvier 2015, au cours duquel huit d’entre eux avaient été abattus.

->Voir aussi - Renaud : Son dernier combat

D’ailleurs, un an jour pour jour après ce massacre, il avait tenu à venir sur la place de la République, à Paris, se joindre à l’hommage rendu aux disparus.

« J’ai perdu des amis, Charb, Wolinski, Cabu et Tignous qui était un vrai pote, avait-il alors déclaré à BFMTV. […] Il y a eu ensuite le Bataclan, où j’ai perdu des êtres qui me sont chers. Je dédie mon dernier album à toutes les victimes des attentats parisiens, bruxellois et autres, notamment en Tunisie. J’en pleure encore. C’est du chagrin et de la colère mêlés. Je veux dire à mes amis, mes fans, mon public : “Même pas peur, toujours debout, toujours vivant” […] Le 7 janvier sera une date essentielle dans mon cœur, mes tripes, avec toujours au fond du cœur cette cicatrice indélébile. »

Charlie HebdoPage RenaudMais aujourd’hui, Renaud veut dépasser sa douleur. Comme il l’avait annoncé il y a quelques jours sur son compte Facebook, il a décidé de s’engager, de dire ce qu’il a sur le cœur. Son arme à lui, ce sont les mots. C’est donc avec les mots qu’il a choisi de se battre…

Mercredi 2 mars, il a donc renoué avec l’habitude qu’il avait prise d’écrire dans Charlie Hebdo. Après une interruption de vingt ans, il a publié un nouvel article dans le journal satirique.

C’est ainsi que commence la magnifique page, illustrée par Riss : « Chers amis, ça va faire plaisir à d’aucuns, ça va valoir à Charlie quelques ventes et (ou) quelques abonnements en plus, et pis surtout ça va en énerver plus d’un, ce qui me met en joie. » Plus loin, on peut lire : « Je suis resté en 1992 où Charlie valait 10 balles alors que de nos jours il en vaut autant, mais ce sont des balles de kalachnikov – ce ne sont pas les 12 victimes de janvier qui me contrediront. »

Courage

On le voit, Renaud n’a rien perdu de sa superbe, et quand il disait, il y a quelques semaines, qu’il était en forme, on ne peut que le croire, à la lecture de ces lignes.

Mais, il ne faut pas se le cacher : écrire dans ce journal, après ce qui s’est passé le 7 janvier 2015, est un acte des plus courageux. Tous ceux qui continuent aujourd’hui à y publier des textes et des dessins sont des héros, que l’on soit ou non d’accord avec leurs prises de positions.

Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que les proches du chanteur se soient alarmés : « Ta vie sera un enfer ! », « Tu vas être obligé de te cogner des flics en permanence pour ta sécu ! », « Tu pars en tournée bientôt, tu risques (ainsi que ton public) de voir tes concerts perturbés, et même annulés pour cause d’alertes à la bombe », etc., l’ont-ils prévenu, ainsi qu’il l’explique dans sa chronique.

Mais Renaud, conscient du danger, a décidé de courir ce risque. S’il affirme n’avoir « pas peur », on peut se douter que ce n’est pas tout à fait exact. Le vrai courage est là d’ailleurs, dans le défi qu’on lance à ses angoisses les plus fortes. Alors, que dire, sinon : « bravo ! »

Et c’est avec les propos bouleversants de Renaud que nous conclurons cet article : « Tant qu’à mourir, je préférerais infiniment qu’on tue l’auteur de ces lignes, héros tombé en martyr de la presse libre à cent sous plutôt qu’au guidon d’une motocyclette qui fait prout-prout ou bouffé par de méchantes métastases très désagréables. »

Laurence Paris

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