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Richard Bohringer : Il doit la vie à un policier

Publié le 30 avril 2009

C'est un acteur unique dans le cinéma français. Richard Bohringer, c'est une vraie gueule, au regard magnétique bleu vert dans lequel on entrevoit l'immense tendresse d'un être humain pour ses congénères.

Mais Richard Bohringer, c'est aussi un homme qui pousse des coups de gueule, révolté par un monde trop souvent injuste. Il faut dire que l'existence ne l'a pas vraiment épargné.

Fruit des amours entre un officier de la Wehrmacht et une jeune Française, le petit Richard est confié à sa grand-mère quand sa mère rejoint son amour en Allemagne. Traité d'enfant de Boche dès sa prime enfance, il n'a que faire des quolibets, mais il doit surmonter une immense solitude, même si sa grand-mère prend soin de lui.

Un isolement d'autant plus douloureux que Richard devient aveugle à l'âge de 6 ans ! Une cécité totale qui dura près d'un an et demi. Puis une scoliose suivie d'une décalcification osseuse l'immobiliseront durant deux longues années. Des épreuves très lourdes pour un enfant sans parents, qui laisseront à jamais des blessures dans son corps et dans son âme, et feront de lui un écorché vif.

Ennui

Le jeune Richard s'ennuie ferme dans sa banlieue. Enfermé dans le garage de sa grand-mère, il rêve déjà d'une vie d'artiste et s'adonne à la sculpture avec des fils de fer.

Bientôt, il s'échappe de son quotidien en prenant le train pour Paris. Richard y découvre les plaisirs de la vie, mais aussi, hélas l'alcool et la drogue. Il s'adonne à ces paradis artificiels plus que de raison. Richard s'enfonce dans la spirale de la toxicomanie jusqu'à faire deux overdoses ! Réduit à l'esclavage par ces produits illicites, il n'arrive pas à s'en sortir. Mais une rencontre va être déterminante pour lui.

Un soir, l'artiste se fait ramasser par la police. Le fonctionnaire qui lui fait face sait à qui il a affaire. Il connaît Bohringer, son parcours d'acteur et d'auteur. « J'ai senti une colère sourde monter en lui », raconte l'acteur à Mireille Dumas, dans l'émission Vie privée, vie publique.

En effet, le policier commence à s'énerver, révolté par son quotidien fait de meurtres et du malheur des gens : « C'est moi qui devrais me camer, je suis dans la merde toute l'année ! crie-t-il à Richard Bohringer. Casse-toi, je ne veux plus te voir. La prochaine fois que je te vois dans cet état, je te serre !» Des paroles qui vont durablement marquer Richard.

Même si elles ne l'empêchent pas de replonger dans l'enfer de la drogue à peine sorti du commissariat. Néanmoins cette colère noire, ces avertissements du policier, cheminent dans l'esprit de Richard et, un mois après, il décide de décrocher.

Souvenir

« Je suis resté attaché à l'image de ce flic, confie-t-il également, je lui dois un bout de ma vie... » Jusqu'à se souvenir du nom du fonctionnaire qui l'avait reçu ce soir-là : « Monsieur Quintard, il était à deux ans de la retraite... »

Depuis dix ans, l'acteur ne boit plus, ne se drogue plus. Mais, malgré ce coup d'arrêt à la destruction de son être, la drogue a laissé un triste souvenir au corps de Richard, car il est atteint d'une redoutable hépatite, la C... Une maladie qui peut évoluer vers une cirrhose, ou pire, un cancer du foie.

« Il faut que je m'économise en ce moment, confie-t-il à Mireille Dumas, je ne veux pas réveiller les souffrances, je me mets à l'abri de moi-même. »

Saisissant de franchise, loin des numéros d'acteur et des fausses confidences, Richard Bohringer est toujours aussi bouleversant, tant on sent qu'il parle vrai. Il ne porte aucun masque, juste son beau visage marqué par les excès et la maladie.

Clémentine Coreau

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