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Rika Zaraï : La chanteuse courage s'est battue toute sa vie !

Publié le 6 janvier 2021

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Animée d'une magnifique énergie, l'artiste Rika Zaraï, morte à 82 ans, n'a jamais baissé les bras, même dans les moments les plus difficiles.

Dans la nuit du 22 au 23  décembre, la flamme Rika s'est éteinte. Flamme, autant que femme, car Rika Zaraï était le feu. Celui de la volonté, du courage, de l'énergie et de la passion. Le feu qui enflamme les regards d'un public qui l'adorait depuis ses débuts, alors qu'elle était encore toute jeune et que, lors de son service militaire effectué en Israël, où elle est née, elle montait sur scène et faisait entendre sa voix si belle et si particulière… Qui aurait pu alors prédire qu'elle vendrait un jour 29 millions de disques ?


Dès son plus jeune âge, la petite Rika Gozman, enfant prodige, a le sens de la musique. Ses parents – mère polonaise et père russe – lui font prendre des cours de piano dès ses 7 ans. Et déjà, la volonté farouche qui ne cessa de l'habiter est à l'œuvre : alors que les autres enfants préfèrent jouer, elle travaille d'arrache-pied ! Elle a du talent, mais cela ne suffit pas : sa volonté la porte, et, à 15 ans, elle obtient le premier prix du Conservatoire ! Lorsqu'elle rencontra un succès phénoménal dans les années 1970 avec sa chanson Sans chemise, sans pantalon, on appréciait son sourire, sa voix, sa joie de vivre, mais beaucoup ignoraient que derrière cette interprète à l'accent exotique se cachait une véritable musicienne.

Mais pour l'heure, c'est le service militaire qu'elle accomplit, comme il se doit dans son pays. Nommée directrice musicale du groupe artistique de l'armée et répétitrice d'une comédie musicale, c'est elle qui auditionne pour ce spectacle car la chanteuse principale est absente. Et le miracle survient : en l'entendant, le directeur du théâtre accepte de produire le show… à la seule condition que Rika ait le rôle principal ! C'est ainsi qu'à 19 ans, elle devient une petite vedette de la chanson en Israël. En découvrant ce métier, Rika a compris une chose très importante : elle ne veut plus se passer du sentiment intense qui la saisit lorsqu'elle est au contact avec un public. « La scène, cela a toujours été plus important pour moi que les disques. L'émotion que l'on partage avec le public, c'est une vraie jouissance, c'est aussi beau que faire l'amour », avait-elle déclaré, début 2020, lors de son grand retour qui avait autant bouleversé ses fans qu'elle-même.

Oui, l'émotion et Rika, c'était comme Rika et le feu : la même chose, la même matière. Et pour la retrouver toujours, la jeune femme, libérée de ses obligations militaires, se produit dès lors dans des cafés-concerts à Jérusalem. Mais elle n'est plus seule désormais : le parolier de la comédie musicale dans laquelle elle jouait, Johann Zaraï, est à ses côtés. Ils se marient et, en 1959, leur petite fille, Yaël, voit le jour.

Puis, pour faire grandir son audience, Rika débarque à Paris, capitale mondiale des artistes. On lui a conseillé de rencontrer Bruno Coquatrix, le célèbre patron de l'Olympia… Or, tout en reconnaissant son talent, celui-ci refuse de la faire chanter. La raison : Rika ne parle pas français ! Elle est très déçue, mais il en faudrait beaucoup plus pour la décourager ! Avec la volonté qui la caractérise, elle apprend donc le français, gagnant sa vie et celle de son enfant en chantant dans des cabarets… Peu à peu, elle se fait une place et déniche des petits contrats, animant des fêtes juives.

Le vrai démarrage de sa carrière est lié à un autre grand nom de la chanson : Eddie Barclay. Cet homme d'expérience comprend tout de suite à qui il a à faire et décide de la produire. Rika se retrouve en première partie de Jacques Brel, à l'Olympia. Coquatrix a tenu parole ! C'est là qu'elle rencontre celui qui devient son second mari : Jean-Pierre Magnier, l'un des musiciens du créateur du Plat pays… Il prend sa carrière en main et les tubes s'enchaînent : Casatschok, Alors je chante

Mais, le 9 novembre 1969, c'est le drame. La chanteuse est victime d'un très grave accident de voiture ! Si elle en réchappe de justesse, elle passe six jours dans le coma et doit rester immobilisée durant huit mois, comprimée dans une coquille de plâtre. Les médecins sont très pessimistes. Mais avec toute son énergie de vivre et son courage, pendant trois ans, elle travaille avec rage pour retrouver ses capacités… Et elle y parvient, faisant mentir les pronostics ! La petite flamme qui fait vibrer son cœur est restée intacte dans la gangue de plâtre, et, comme un joli pied de nez au drame, c'est au cours de cette douloureuse convalescence que Rika compose le tube Balapapa !

Si elle continue son métier avec passion, en 1976, elle est touchée par une grave dépression. C'est en se soignant grâce à une médecine dite « naturelle » qu'elle est persuadée d'avoir remonté la pente. Désireuse de partager avec ses semblables ce qui lui a réussi, elle décide de se consacrer à l'étude de ces pratiques parallèles, écrivant ce qui devient un immense bestseller : Ma médecine naturelle (éd. Carrère/ Michel Lafon). Elle en vend plus de deux millions et demi d'exemplaires, un succès que ni les moqueries au sujet de ses fameux bains de siège qu'elle recommande, ni les critiques des spécialistes de la santé ne parviennent à arrêter !

Persistant dans cette voie, étudiant et écrivant d'autres livres, Rika avait, en 2008, célébré ses cinquante ans de carrière. Mais, cette même année, elle avait renoué avec le drame quand un AVC (accident cardiovasculaire) l'avait terrassée… Elle est alors paralysée du côté gauche, incapable de parler, encore moins de chanter, beaucoup pensent qu'elle ne s'en remettra jamais. C'est mal la connaître ! Deux jours après son retour de l'hôpital, elle commençait déjà à travailler avec un orthophoniste pour retrouver la parole. Et alors que la moitié de sa langue était comme morte, elle avait réussi ! « Tous les soirs, je faisais douze à quinze fois ces exercices, jusqu'au bout de mes forces. Je disais : “Toi, ma langue, je t'aurai !” Et je l'ai eue. Après deux mois et demi, j'étais la seule de ses patientes à avoir retrouvé la voix. Il n'avait jamais vu ça », avait-elle expliqué.

Alors, plus de onze ans après, au début de cette année 2020 si particulière, elle avait pu faire son grand retour sur la scène des Folies Bergère, à Paris, incroyablement émouvante. Depuis son fauteuil roulant, elle avait chanté sous un tonnerre d'applaudissements… Émue aux larmes, Rika avait lancé : « Je m'étais promis de ne pas pleurer et j'ai pleuré comme une Madeleine… Des larmes de joie. C'était si bon de retrouver le public, de voir tous ces visages, ces cœurs allumés, surtout dans ce théâtre que j'aime tant. Quand on est née comme moi pour être sur scène, ne pas pouvoir monter sur scène pendant onze ans, c'est tellement long. C'est une éternité ! » L'éternité, c'est désormais la demeure de Rika Zaraï. On ne sait pas à quoi cela ressemble, mais il est certain, où qu'elle soit, que la petite flamme qui l'a toujours animée continue de scintiller, à jamais…

Laurence PARIS

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