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Rika Zaraï : Mon AVC m’a rendue meilleure !

Publié le 7 décembre 2019

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© BESTIMAGE Rika Zaraï

Onze ans après ce terrible drame, Rika Zaraï se confie en exclusivité sur son retour à la vie.

Le 3 juin 2008, alors qu’elle s’apprête à éteindre la lumière de la cuisine pour rejoindre son mari Jean-Pierre Magnier devant la télé, la chanteuse ne parvient pas à commander sa main gauche afin d’appuyer sur l’interrupteur… Et c’est le trou noir. À défaut d’éteindre la lumière, c’est brutalement tout son corps qui s’effondre, elle vient d’être foudroyée par un AVC (accident vasculaire cérébral). S’en suit alors un long combat pour revenir à la vie, mais Rika la battante ne lâche rien. Et aujourd’hui, elle est particulièrement heureuse de nous recevoir chez elle, pour nous parler de sa santé, bien sûr, mais aussi de ce magnifique coffret de 100 titres d’or, sorti chez Marianne Mélodie à l’occasion de ses soixante ans de carrière. En plus de nous enchanter de ses plus grands tubes, l’interprète de Sans chemise, sans pantalon nous donne une belle leçon de vie.

France Dimanche : Chère Rika, onze ans après votre AVC, comment allez-vous ?
Rika Zaraï : Même si, comme vous venez de le voir, j’ai encore beaucoup de difficultés à marcher, je me console en me disant que j’ai retrouvé ma tête. Quand je dis ça, on me rétorque que certains meurent d’un AVC, alors… « Sois heureuse d’être en vie ! » Mais, lorsqu’on ne peut pas se déplacer comme avant, aller où l’on veut et faire ce que bon nous semble, c’est très difficile. Néanmoins, grâce à l’AVC, je me suis rapprochée de tous ces gens en situation de handicap et les comprends. Aujourd’hui, quand je croise quelqu’un avec une canne, je sais ce qu’il vit, je me sens proche de lui. Car tant qu’on n’a pas de véritable handicap, on ne peut pas comprendre. Alors allez savoir, peut-être que Dieu trouvait qu’il me manquait cette compréhension. Peut-être avais-je besoin de cette leçon. L’AVC m’a rendue meilleure, m’a transformée. Une transformation tellement positive, que je ne peux  rejeter ni regretter. 

FD : En 1969 déjà, un terrible accident de la route vous avait laissée sur le carreau…
RZ : Oui, j’avais vraiment mon compte d’accidents ! Mais je vous assure que dix accidents de voiture ne sont pas aussi graves qu’un AVC. C’est la chose la plus épouvantable que j’ai connue. Soudain, tu n’es plus rien, et je ne souhaite ça à personne. Quand vous avez un accident de voiture, une histoire bien souvent l’accompagne, des causes, il pleuvait et la chaussée était glissante, un camion arrivait en face et a perdu le contrôle, bref, il y a une logique et on accepte plus facilement ce qui est logique. Mais l’AVC, on ne comprend pas, tout va bien et en une fraction de seconde, la lumière s’éteint, et plus rien.


FD : Aucun signe précurseur ?
RZ : Aucun. Je finissais de ranger la cuisine avant d’aller rejoindre Jean-Pierre, mon mari, qui regardait la télé. J’ai voulu éteindre la lumière, mais là, mon bras gauche n’a pas réussi à atteindre l’interrupteur, ce qui m’a étonnée. C’est mon dernier souvenir, ensuite le trou noir. On ne sait pas pourquoi et comment ça arrive. Pas de maux de tête, de nausées, de vision qui se brouille, rien du tout. Comme j’ai beaucoup étudié la santé, le corps humain, mis à part le cancer ou Alzheimer, la plupart des maladies ne m’effraient pas beaucoup. Je sais qu’il y a un tas de moyens naturels pour les guérir ou au moins les améliorer. Donc, je ne suis pas quelqu’un qui s’affole face à un incident de santé. Mais on se sent tellement impuissant face à un AVC. 

FD : À quel moment avez-vous repris conscience ?
RZ : Plusieurs jours après, à l’hôpital. Je suis dans ma chambre avec mon amie Lucile, on vient de m’apporter à manger et je ne reconnais rien de ce qu’il y a sur mon plateau. Donc, Lucile m’explique que c’est une tranche de viande avec des haricots verts, un petit morceau de pain, un yaourt à la fraise. C’est très angoissant de ne plus rien savoir de rien, de ne même pas savoir si vous aimez ça ou pas.

FD : Vivez-vous avec l’angoisse que ça recommence ?
RZ : Oui. Avant le premier AVC, je n’ai eu aucun signe avant-coureur, et pour tout vous dire, je ne savais même pas ce que c’était. Mais maintenant que j’en ai fait la terrible expérience, je crains d’être frappée à nouveau.

FD : Qu’est-ce qui a été le plus dur dans toutes ces années de combat ?
RZ : De chercher inlassablement où était Rika… sans jamais la trouver vraiment. Toute ma vie j’ai été combative, à mon service militaire où j’étais sergent-chef, en vivant dans un Jérusalem encerclé pendant un an et demi… Jamais je ne me suis laissé tomber. À chaque fois, je refusais d’accepter et me reprenais en main. Chose impossible après l’AVC. Me reprendre en main ? Avec quelles mains ? J’étais paralysée de la moitié de mon corps, même le côté gauche de ma langue ne répondait plus. Au bout de quatre ans, j’ai décidé de consulter un orthophoniste, le meilleur de Paris, qui m’a cependant laissé peu d’espoir. Je devais tout réapprendre, à placer ma langue, les sons, la prononciation, le sens des mots… À parler tout simplement.

FD : Pourquoi avait-il si peu d’espoir ?
RZ : Tant mon état lui paraissait désespéré. Mais, c’était sous-estimer ma volonté. Tous les exercices qu’il me faisait faire, je les notais dans un coin de ma tête et passais des heures devant mon miroir à les répéter. Il n’en est pas revenu lui-même. « Je n’ai jamais eu un cas comme vous, m’a-t-il dit. Vous comprenez tout, vous analysez tout, et même quand c’est du domaine de l’impossible, avec vous, tout devient possible ! » Ça a cependant été un travail extrêmement dur. Même lors de mon service militaire, lorsqu’on marchait pendant huit jours dans le désert sous la chaleur avec quarante kilos sur le dos, ça n’a pas été aussi douloureux. Mais quelle joie lorsque j’ai enfin pu dire « oui », « non » et, au bout de trois mois, « je suis très contente ». Quel bonheur !

FD : Désormais, songez-vous à vivre différemment ?
RZ : Non. Beaucoup me disent : « Maintenant que tu as vécu ça, profite de la vie, pars en vacances dans tous les pays du monde, vas au cinéma, fais des folies ! » Jamais ! Je veux juste redevenir celle que j’étais auparavant et continuer à faire partie de ces gens qui œuvrent pour rendre notre monde meilleur. Comme je suis croyante, je remercie Dieu d’être là. Croire m’a beaucoup aidée. Le plus dur, c’est ce sentiment de ne plus exister. Qu’on a coupé un fil, et que vous n’êtes plus là, en étant toujours un peu là quand même. Ça, c’est compliqué.

FD : Jean-Pierre a toujours été d’un grand soutien ?
RZ : Oh oui ! Voilà cinquante ans qu’on est ensemble. Et je ne l’aime pas depuis tout ce temps parce qu’il est meilleur qu’un autre. Mais juste parce qu’on s’accepte l’un et l’autre tel que l’on est. Alors que je ne parlais plus, il me disait : « Je te demanderai encore de te taire ! » [Rire]. Car je suis une grande bavarde. Mais la vie sans parole, ce n’est pas la vie.

FD : Les gens du métier ont-ils été présents ?
RZ : Quelques-uns. Michel Drucker a toujours été très gentil, il m’a téléphoné souvent. Ce que j’ai beaucoup apprécié.

FD : Et Yaël, votre fille ?
RZ : Elle vit à Los Angeles et va très bien. On ne se voit pas beaucoup, mais on s’appelle très souvent et avec FaceTime, je peux voir grandir mes deux petits-fils, et même mes arrière-petits-enfants ! Oui, son aîné de 22 ans a eu des jumeaux, et son cadet vient de se marier. Je n’admire pas toutes les machines, mais j’avoue que celle-ci est formidable.

FD : Chanter vous manque ?
RZ : Énormément ! Mais c’est surtout la scène qui me manque. Pour moi, chanter, c’est donner de l’amour. Avec ce coffret de 100 chansons, j’ai l’occasion de dire cent fois « je t’aime » à ceux qui m’écouteront. Évidemment, je préférerais le faire sur scène. Si j’invitais mon public à me voir ainsi, j’aurais l’impression de le trahir. Mais ne jamais dire jamais. J’avance chaque jour un peu plus. Il y a encore quelques mois, je ne marchais pas du tout. Aujourd’hui, je fais quelques pas. Je garde espoir. Peut-être que, la prochaine fois, nous nous verrons sur scène, qui sait ?

Caroline BERGER

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