France Dimanche > Actualités > Robert Charlebois : Ses incroyables révélations !

Actualités

Robert Charlebois : Ses incroyables révélations !

Publié le 20 avril 2018

En tournée dans l’Hexagone, Robert Charlebois raconte ses plus belles rencontres en 53 ans de carrière. Un régal.

Sa tignasse parsemée de quelques cheveux blancs n’a rien perdu de sa luxuriance.

De quoi énerver tous ceux pour qui « cheveux » rime avec « adieu » !

Robert Charlebois, 73 ans, le regard qui frise aussi, est parti pour une tournée française qui fera étape, le 7 avril, au Grand Rex à Paris.

Artiste à part, joyeux drille, poète enthousiaste et fantaisiste, il a parcouru les scènes du monde entier pendant plus de cinquante années. Une carrière qui l’a amené à côtoyer les plus grandes célébrités, sans jamais se départir de son naturel impertinent et de son humour dévastateur.


En 1968, cet empêcheur de tourner en rond s’était porté candidat au Rhinocéros, un parti politique canadien dont la devise était « Ne jamais tenir ses promesses électorales » et dont le programme était, entre autres : « Enrouler l’asphalte l’hiver pour ne pas le briser », « Remplacer l’eau des abreuvoirs par du jus d’orange », « Envelopper l’Alberta dans du plastique pour étudier l’effet de serre » ! L’interprète de Lindberg s’était même présenté contre Pierre Elliott Trudeau, le père du Premier ministre actuel du Canada.

Une aventure qui n’est pas sans rappeler l’engagement politique un rien burlesque d’un autre artiste, bien de chez nous, lui, le regretté Coluche, que Charlebois a bien connu et aimé.

Les deux hommes se rencontrent en Guadeloupe en 1979, alors que Robert vient d’acquérir un terrain pour y construire une « cabane » ; peu après, l’humoriste français bâtira la sienne, non loin de là.

« Je me souviens des tablées avec Josiane Balasko, Miou-Miou, Jacques Higelin ou Patrick Dewaere. Lui était déjà aux drogues dures. C’est le seul qui repartait plus pâle qu’à son arrivée… », a raconté le chanteur au JDD.

En 1981, Coluche est au fond du trou après le départ de sa femme Véronique : « Quand il n’était pas entouré de sa bande, je découvrais un clown triste, a encore confié Charlebois. J’ai plus ri avec Barbara, Léo Ferré ou Alain Juppé qu’avec ce Coluche-là. » 

Pas avare d’anecdotes sur le héros de Tchao pantin, celui qui a composé la musique du film érotique québécois Deux femmes en or (1,5 million d’entrées) nous révèle aussi une facette inattendue de l’acteur disparu le 19 juin 1986 :
« C’était un excellent mécanicien, ébéniste et menuisier. Il avait une bétonneuse, me donnait des conseils pour les matériaux, a-t-il expliqué. C’était un gros bosseur, levé dès 7 heures du matin, toujours avec le joint à la bouche dans son établi. Il avait fabriqué un ukulélé avec un bidon d’huile et un manche à balai, et ça sonnait vraiment bien ! »

Décollage au rhum

Très aimé du public français dès la fin des années 60 grâce à son tube Les ailes d’un ange, le musicien a côtoyé nombre de nos stars et a vécu auprès d’eux des moments inoubliables. 

« Johnny, je l’ai connu en 1969, se souvient le Canadien, toujours dans le JDD. Dans mes souvenirs, il chantait en première partie d’Annie Cordy. […] Sylvie Vartan et ma compagne, Mouffe, sont devenues amies. On a dîné chez eux, villa Montmorency à Paris. La soirée s’est terminée avec les femmes au salon buvant du champagne et nous, à la cuisine. Johnny faisait la vaisselle, moi j’essuyais ! »

Les deux « plongeurs » d’un soir se reverront en 1983, en Guadeloupe, lors d’une virée d’une nuit sur le bateau du rocker, direction l’île de Marie-Galante : « Au petit matin, on décide de débarquer pour se prendre un petit “décollage”, un rhum qui porte bien son nom ! On repère une bicoque de plage avec, derrière le bar, un poster de Sylvie tout délavé. Je le revois dire d’un air impassible et grave : “Décidément, cette fille m’énervera toujours !” »

Sa dernière rencontre avec le rocker, en octobre 2015, à Nice, après le concert au Nikaïa, est surréaliste : « Avant de se séparer, il me dit : “Méfie-toi, c’est une année où l’on meurt beaucoup !En sortant, c’était la tempête. En deux heures, il est tombé l’équivalent de deux mois de pluie. Bilan : 22 morts dans la région… » Un vrai médium !

À propos de l’héritage de son ami, Robert Charlebois précise : « Je ne veux pas m’en mêler mais j’aurais tendance à croire Sylvie. Johnny n’était pas calculateur. »

Retour sur les années 70 et son amitié avec Léo Ferré avec lequel il était parti en tournée. En cette année 1973, les élections législatives se déroulent dans un climat de tension : « Les militants déchiraient nos affiches, on chantait avec des chiens policiers devant la salle. À Bordeaux, le public nous a lancé des boulons. Un soir, j’ai même reçu une cigarette allumée. À l’époque, j’avais une coupe à la Hendrix et mes cheveux ont commencé à prendre feu ! »

Pour lui qui se considère non pas comme un chanteur à voix mais à cheveux, la catastrophe a été évitée de peu…

Autre souvenir avec l’interprète de La solitude, le soir où son concert a été interrompu par un bruit de vitres brisées par deux personnes venues devant la scène : « Mais ils sortaient d’où ces mecs ? », demande en rage le poète français. « Réponse du régisseur : “Des anarchistes, ils sont entrés de force”. Jamais je n’oublierai, raconte Charlebois, la réponse de Léo : “C’est bien beau l’anarchie, mais ça a ses limites.” »

Oui, cet intarissable conteur a rencontré des gens exceptionnels et pas seulement dans la chanson : « À 25 ans, je me suis retrouvé au cirque, assis entre Fellini et Sergio Leone. Moi, un petit cul du nord de Montréal, avec ces deux grands génies ! Sergio m’avait présenté Fellini à Cinecittà. Il sortait du studio avec Mastroianni et Terence Stamp dans une Fiat 500. Depuis ce temps-là, je trouve que c’est la plus belle voiture du monde. Il m’avait aussi présenté Balthus, qui était alors directeur de la Villa Médicis. »

Si, en France, nous sommes nombreux à l’adorer et à le lui faire savoir, dans son pays, Robert Charlebois est une véritable star, aussi célèbre que Céline Dion.

Leur histoire débute par une série de rendez-vous manqués. La chanteuse n’a pas 12 ans, à la toute fin des années 70, quand elle se produit dans un motel à six heures de route de Montréal. « J’ai voulu l’écouter mais je suis arrivé trop tard. La petite Céline était déjà dans sa chambre pour dormir. »

Truculence et tendresse

Un peu plus tard, en 1988, il enregistre un album sur lequel la diva est appelée pour les chœurs. « Elle a chanté toute une nuit, j’étais impatient d’écouter le résultat. Et là, Aldo [Nova, auteur-compositeur guitariste qui a travaillé avec le groupe américain Bon Jovi, ndlr] m’a dit : “C’était pas terrible, j’ai tout effacé.Le con ! J’aurais pu avoir Céline Dion faisant “bagou bagou waouh” derrière moi ! »

Il y a deux ans, l’immense artiste a fait une reprise de la chanson Ordinaire, ce que Robert Charlebois considère comme un grand honneur. Mais s’il rêvait qu’elle l’invite à Las Vegas, son vœu n’a pas été exaucé…

Encore un rendez-vous manqué ! Néanmoins, ils se rencontreront, entre autres, sur le plateau du Grand show de Michel Drucker, en octobre 2016…

Ce garçon issu de la bourgeoisie et élevé par les religieuses n’est jamais à court d’anecdotes cocasses.

Comme cette fois où, en 1981, il est invité par François Mitterrand à l’Élysée. Il y a là François Hollande et sa compagne d’alors, tous deux à peine sortis de l’ENA. « J’étais allé dragouiller Ségolène, raconte-t-il. À un moment, j’ai senti une main sur mon épaule : “Désolé mon vieux, elle est déjà prise !” »

Ne vous y trompez pas, ce père de deux garçons, Victor, 41 ans, et Jérôme, 39 ans, est resté fidèle à Laurence, épousée en 1976. Dans le journal La Croix, en 2016, on pouvait lire à son propos ce très beau compliment : « Je sais qu’il y a des centaines de millions d’hommes qui se passent d’elle tous les jours, lâchait-il. Après quarante ans de vie commune, je me demande encore comment ils font ! » 

C’est ainsi qu’on vous aime, monsieur Charlebois : entre truculence et tendresse…

Clara MARGAUX

À découvrir