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Robert Hossein : Le mystère de ses obsèques !

Publié le 13 janvier 2021

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Tout comme les causes réelles de la mort de Robert Hossein, inconnues à ce jour, personne ne s'explique l'étrange décision prise par Candice Patou, sa veuve…

C'est un immense homme de spectacle, et un grand humaniste, qui nous a quittés le 31 décembre, un jour après avoir célébré ses 93 ans… Mais à l'image de ce personnage hors norme, habité par la passion et le mystère, mystique devant l'Éternel, sa disparition et ses obsèques sont la source de multiples interrogations. Robert Hossein a-t-il succombé au Covid-19 dans son lit de la clinique d'Essey-lès-Nancy, comme l'ont annoncé nos confrères de Vosges Matin ?


Reprenant l'information, Le Point ajoutait que le metteur en scène avait contracté la maladie lors d'une précédente hospitalisation… Candice Patou, son épouse, a pourtant fermement démenti la nouvelle, indiquant à l'AFP que son mari n'était « pas mort du coronavirus » mais d'« un problème respiratoire »… Le flou demeure aussi sur la raison de ses modestes obsèques, qui se sont déroulées mercredi 6 janvier, dans la stricte intimité familiale, à Vittel, où il vivait. Pourquoi avoir choisi de dire adieu à l'artiste en si petit comité, alors que tant de personnes auraient voulu se joindre à la cérémonie ? Se retrouver une dernière fois seule avec son homme, s'il s'agit sans doute pour Candice Patou de la plus belle des preuves d'amour, elle a toutefois précisé qu'une « messe commémorative » aurait lieu à Paris « courant janvier ». Mais pour l'heure, personne ne peut en dire plus.

En revanche, il est certain que Robert Hossein aura marqué son passage sur terre de la plus belle des façons qui soient : en partageant son art. S'il a incarné une multitude de personnages dans 150 films et pièces de théâtres, dirigé par les plus grands metteur en scène et réalisateurs – de Sacha Guitry à Jules Dassin, en passant par Roger Vadim –, cet artiste de génie restera pour toujours dans nos mémoires sous les traits du séduisant Joffrey de Peyrac.

Pour autant, les cicatrices que le mari d'Angélique, Marquise des anges arbore dans ces films, Robert Hossein les avait dans le cœur. Car vivre une jeunesse pauvre, dans les années 20, à Paris, en tant qu'enfant d'immigrés – sa mère, comédienne, avait vu le jour en Ukraine ; son père, compositeur, était natif de Samarcande, dans l'actuel Ouzbékistan – n'allait pas de soi. Ses parents tirent le diable par la queue et envoient leur fils dans des pensions qu'ils ne peuvent pas toujours payer… Robert a beaucoup souffert de cet éloignement et des multiples renvois qu'il a subis. Mais si la pauvreté marque son enfance, c'est aussi elle qui va lui faire découvrir que les êtres peuvent se montrer humains.

Attiré très tôt par le métier de comédien, il gagne sa vie en jouant et se fait aider par des confrères pour trouver de nouveaux rôles. Pourtant même si assez vite le septième art, fan de ce jeune premier ténébreux qui a tant d'allure, lui court après, Robert, lui, a besoin d'autre chose : « Rendre un peu de ce qu'on m'a donné. C'est pour moi la seule façon d'avoir le sentiment d'exister », nous avait-il confié le 20 octobre dernier. Ce sera le fil rouge de toute son existence. Et pour y parvenir, il devient metteur en scène, le plus grand rôle de sa vie, encouragé en cela par son ami Frédéric Dard.

Car son désir de communiquer, de communier même, avec ses contemporains, est plus fort que tout. C'est comme cela que vont naître des spectacles grandioses aux budgets colossaux ! Le Cuirassé Potemkine, en 1975, au Palais des sports de Paris, fait plus de 380 000 entrées. Pour Notre-Dame de Paris, trois ans plus tard, ils sont 478 000 spectateurs. En 1980, 430 000 personnes vont voir Les Misérables ! Ils sont 490 000 en 1985 à applaudir Jules César. De Gaulle, celui qui a dit « NON », en 1999, au Palais des congrès de Paris, attire quelque 450 000 fidèles ! André Lafargue, du Parisien, titre alors : « D'excellents comédiens dirigés de main de maître… Le souffle de l'épopée. » Ben-Hur, en 2006, qui coûte 13 millions d'euros, met en scène une vraie course de chars, avec chevaux et plus de cent figurants ! Une folie qui rassemble 330 000 personnes en seulement cinq représentations au Stade de France !

Avec l'énergie de l'espoir et de la démesure, Robert Hossein réussit là où tant d'autres échouent : il réalise ses rêves ! Pour changer les mentalités, pour faire penser : « Si [le public] ressort de mes spectacles avec au cœur l'envie d'aimer un peu plus son prochain, avec l'envie de se battre pour plus de fraternité, avec le dégoût de l'injustice et de l'inégalité, alors je suis content, et je pense avoir été utile », expliquait-il dans Nomade sans tribu, paru aux éditions Fayard en 1981.

Quand il ne trouve pas de financement, il s'endette jusqu'au dernier sou : « Des fois je gagne, des fois je perds. » Et en 1983, il entre dans Le Livre Guinness des records avec Un homme nommé Jésus, qui aura attiré 700 000 spectateurs ! Une récompense magistrale pour ce passionné qui aura mis sept ans à monter son spectacle !

Mais toutes ses réussites ne guériront jamais le sentiment qu'il a de ne pas avoir assez aimé. À commencer par son père, disparu en 1983 : « J'ai commencé à le connaître vraiment à l'hôpital. Il mourait. On est tellement pressés de vivre. Une fuite éperdue. C'est lui qui m'a appris que, même avec le talent, si on ne se bat pas, on crève. »

Enfin si, avec ses amoureuses, la si charmante Marina Vlady qu'il avait épousée en 1955, dont il avait deux fils, Igor et Pierre. Divorcé, il s'était ensuite marié en 1962 avec la fille de Françoise Giroud, Caroline Eliacheff, seulement âgée de 15 ans. Leur fils Aaron est devenu rabbin.

Mais au début des années 70, sa rencontre avec la comédienne Michèle Watrin avait viré au drame. En route pour se rendre à un mariage, le couple avait été victime d'un terrible accident de voiture : Robert, qui n'avait pas attaché sa ceinture, avait été éjecté du véhicule. Michèle, qui conduisait, était bien attachée. C'est sous les yeux de son compagnon, impuissant, qu'elle avait péri tragiquement.

Après ce choc, le réalisateur avait retrouvé la paix avec l'actrice Candice Patou qu'il avait épousée deux ans plus tard, en 1976, et qui lui avait donné un fils, Julien. Celle-ci projette aussi de créer à Vittel une fondation et un musée au nom de son mari disparu.

Mais même s'il n'avait pas le talent du bonheur, Hossein n'en voulait pas au grand créateur de l'univers. « Je remercie Dieu de m'avoir permis de ne pas avoir été heureux, car j'ai pu me confronter un peu à la vie, et peut-être aussi à l'écoute des autres », avait-il déclaré, bouleversant, dans l'émission de France Culture, À voix nue, en 1995.

En 2011, rédigeant un article enthousiaste dans le Journal du Dimanche sur son spectacle dédié à Marie, la mère de Jésus, le journaliste et écrivain Henry-Jean Servat proposait que le Vatican se prépare à « l'ouverture du procès en béatification de saint Robert Hossein », mettant en relief la générosité, la sensibilité, l'amour de l'artiste pour ses contemporains. Bien sûr, ce ne sera pas le cas. Mais il est certain que cette âme slave, mâtinée d'Orient, qui parlait, non d'une « religion, mais de la paix et de l'honneur de l'homme, debout, sur la Terre », se trouve aujourd'hui au paradis des rêveurs.

Laurence PARIS

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