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Robert Hossein : Sa dernière interview aura été pour France Dimanche !

Publié le 14 janvier 2021

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Il y a trois mois à peine, Robert Hossein, de sa voix chaude et reconnaissable entre mille, nous faisait partager un bout de son destin exceptionnel.

Quelle tristesse d'apprendre qu'en clôture de cette année vraiment maudite, l'inoubliable comte de Peyrac a choisi de tirer sa révérence. Moi qui, en octobre dernier, avais réalisé l'une de ses dernières interviews – peut-être même l'ultime – et me réjouissais d'aller, dans les prochaines semaines, chez lui, à Vittel, où il m'avait invitée à lui rendre visite avec son épouse Candice Patou. « Vous adorerez cet endroit, m'avait-il dit, comme je suis tombé sous le charme il y a quelques années. » Au point d'ailleurs d'avoir choisi d'y être inhumé et que la célèbre station thermale envisage de créer une fondation et un musée afin de perpétuer sa mémoire.


Malheureusement ce foutu temps qui passe ne m'aura non seulement pas fait goûter la joie de cette nouvelle rencontre, mais surtout l'aura privé, lui, des nombreux projets qu'il nourrissait encore du haut de ses 93 printemps. Comme celui de remonter la comédie musicale Notre-Dame de Paris qui avait connu un immense succès en 1978.

« Si Dieu me prête encore un peu vie, bien sûr ! nous confiait-il alors. Car je peux vous quitter demain et n'en serais pas étonné. Même si je n'ai pas peur de la mort, je ne peux pas vous dire qu'elle me réjouisse. Ne sachant pas ce qui nous attend, je suis un peu anxieux. On ne connaît malheureusement personne qui soit revenu pour nous raconter. Alors, on imagine, on espère, mais finalement on ne sait rien. D'où on vient, où l'on va, tout ceci est très troublant. »

De lui, il aurait aimé qu'on garde qu'il avait été « un exemple pour certains, comme d'autres l'ont été pour [lui] ». Il nourrissait aussi une nostalgie infinie. « J'ai rencontré tant de personnes formidables et ai vécu des choses tellement incroyables… que c'est avec une immense mélancolie que je repense très souvent à tous ces gens qui m'ont permis d'exister. Si les autres n'existaient pas, nous n'existerions pas, gardons toujours ça à l'esprit. C'est tout le monde ensemble ou personne. Et puis, nous ne sommes que de passage, donc restons humbles. Faisons tout très sérieusement, mais sans jamais se prendre au sérieux. »

Au sujet de la vie, il reconnaissait qu'elle n'était pas toujours évidente. « Quand vous voyez ce qu'on affronte aujourd'hui, disait-il par rapport au Covid. Qu'est-ce que c'est que cette maladie infâme que l'on attrape sans explication. C'est effrayant ! » Ajoutant : « Mon père me disait : “Ce sont les cinquante premières années les plus dures, après ça va mieux…

– Ah bon, pourquoi ? – Parce qu'on s'habitue !” » Et en parlant de s'habituer, justement, auréolé de plus de cent œuvres, au cinéma et sur scène, cet immense artiste ne s'était jamais vraiment accoutumé aux honneurs. C'est donc avec une émotion intacte que, le 18 août dernier, il recevait une ultime distinction : le prix du plus grand festival international du film de Kiev, en Ukraine, pour l'ensemble de sa belle et riche carrière. « Vous m'en voyez très heureux, car cela signifie que je suis récompensé pour avoir consacré ma vie, que ce soit au théâtre ou au cinéma, aux autres autant qu'à moi-même. C'est en me mettant à la disposition de ceux qui souffrent que j'ai toujours eu le sentiment d'exister. Que ce soit la figuration ou mes premiers rôles, je ne garde que des souvenirs merveilleux et remercie tous ces metteurs en scène et réalisateurs de m'avoir donné ma chance. Chose que j'ai ensuite essayé de faire tout au long de ma vie. Aider à mon tour les autres, comme on m'avait aidé. Rendre un peu de ce qu'on m'a donné. » Avant de conclure : « Voilà, chère Caroline ! Je vous remercie infiniment d'avoir écouté un vieux machin comme moi raconter ses histoires d'autrefois… »

Mais, nous aurions tant aimé vous écouter encore et encore… Bon voyage, Monsieur Hossein, vous allez nous manquer.

Caroline BERGER

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