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Robin Le Mesurier : “Johnny Hallyday était mon frère !”

Publié le 7 décembre 2019

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© BESTIMAGE Robin Le Mesurier

Presque deux ans après la disparition de Johnny Hallyday, Robin Le Mesurier, son guitariste, reste inconsolable.

Robin Le Mesurier n’en revient toujours pas ! À Los Angeles, où il réside, l’ex-guitariste de Rod Stewart, qui a accompagné Johnny Hallyday pendant vingt-trois ans, est totalement anonyme, mais ici, c’est une autre histoire. De passage à Paris pour la promotion de son livre de souvenirs avec le rocker, Mes 1 000 concerts avec Johnny, sorti chez Talent Éditions et préfacé par Læticia, le Britannique s’étonne d’être reconnu à tous les coins de rue. « C’est complètement dingue ! Aujourd’hui, par exemple, j’ai voulu prendre le métro. Ça n’a pas arrêté ! J’ai dû signer sur le quai des dizaines d’autographes et faire plein de photos. C’est très flatteur, mais ça prouve aussi à quel point Johnny est encore présent dans toutes les mémoires. » 

Il faut dire qu’avec son allure de rock star comme on n’en fait plus, Robin, 66 ans, ne passe pas inaperçu. Même si, ce jour-là, il a opté pour un classique costume noir porté sur une chemise blanche, il a osé les chaussures imprimées léopard assorties aux longues écharpes qu’il porte autour du cou à la manière de Keith Richards, autre vétéran célèbre du rock’n’roll.

Sans oublier ce pendentif qui parle de lui-même pour tous les fans de Johnny : un guitariste crucifié en or blanc serti de diamants et de saphir, réalisé par le joaillier Harry Winston, identique en tout point à celui du rocker, et que ce dernier lui a offert en gage de leur amitié… « Il n’en existe que deux exemplaires ! Ce talisman ne me quitte jamais depuis qu’il me l’a mis lui-même autour du cou en 1996 », précise Robin avec émotion…


France Dimanche : Vingt-trois ans passés aux côtés de Johnny, ce n’est pas rien. Ça vous fait quoi de vous retrouver sans lui ? 
Robin Le Mesurier : J’ai l’impression qu’on m’a arraché le cœur, nous étions inséparables. L’annonce de sa mort m’a fait un tel choc que, presque trois ans plus tard, je ne réalise toujours pas. Pendant toutes ces années, nous n’avons jamais eu de désaccords. Il me manque terriblement. Mais je suis persuadé que son esprit veille sur moi. Je sens sa présence…

FD : Vous voulez dire qu’il vous envoie des signes…
RLM : Oui, absolument. J’en suis persuadé. J’ai eu cette même sensation étrange le 9 décembre 2017, le jour de ses obsèques à la Madeleine, pendant que je jouais devant son cercueil dans l’église avec Yarol Poupaud, M et Yodelice. Les jours précédents, il avait plu des cordes, mais ce jour-là, il y a eu un grand soleil. Le ciel s’est éclairci pour devenir d’un bleu étincelant. J’ai eu l’impression que Johnny nous souriait ! Tout récemment, un soir, j’étais avec ma femme, Julie, dans le patio de notre maison de West Hollywood, quand elle a commandé à notre enceinte connectée de jouer de la musique, sans préciser laquelle, et on a eu alors la surprise d’entendre l’album posthume de Johnny dans son intégralité. On en a eu la chair de poule. Je rêve aussi de lui très souvent. Je nous vois là tous les deux à discuter comme on avait l’habitude de le faire.

FD : La dernière fois que vous l’avez vu, vous étiez sûr qu’il allait s’en sortir…
RLM : Oui, ce jour-là, il semblait plus vivant que jamais. C’était en mai 2017, peu de temps avant qu’il ne rentre en France pour essayer un nouveau traitement. Læticia avait pris soin de m’appeler pour m’annoncer la terrible nouvelle et j’ai accouru immédiatement chez lui, à Pacific Palisades. Rien ne laissait paraître qu’il était malade. Il souriait, buvait un verre de vin… On a déjeuné ensemble. Il m’a parlé de la prochaine tournée, où il voulait qu’on se produise au milieu du public, sur une scène circulaire, ce qui aurait été pour nous une première. Il était très combatif. Il pensait sincèrement s’en sortir. J’en étais convaincu aussi. Il était indestructible ! 

FD : Vous avez également été très proche de Rod Stewart, que vous avez longtemps accompagné. En quoi votre relation avec Johnny était-elle différente ? 
RLM : J’adore Rod, bien entendu. Nous nous connaissons depuis 1980. Nous déjeunons souvent ensemble à Los Angeles, et je l’ai vu pas plus tard que la semaine dernière ! Mais avec lui, c’était plus la notion de groupe de rock’n’roll qui dominait. Il mettait tous ses musiciens sur le même pied d’égalité. Après les concerts, on se retrouvait tous ensemble au resto, mais ça s’arrêtait là… Avec Johnny, c’était différent. Nous étions des frères ! Il comblait le vide laissé par la mort de mon propre frère… Nous aimions nous retrouver seuls pour parler de tout et de rien ou regarder des films. Nous nous appelions tous les jours. C’est cette relation exclusive que j’ai voulu raconter dans ce livre…

FD : Au fond, la sensation que vous avez eue lors de votre première rencontre, en 1994, à l’hôtel Sunset Marquis, à L.A., ne s’est pas démentie. En le voyant, vous vous êtes dit : « j’ai trouvé un ami »… 
RLM : Oui, c’est vrai. Chris Kimsey, qui avait coproduit deux albums pour les Stones, m’avait appelé afin que j’écrive deux morceaux pour Johnny. On s’était donné rendez-vous au Sunset Marquis, le repaire des stars du rock à l’époque. Je ne le connaissais pas. Pour moi, c’était un mec comme un autre, que je rencontrais dans le cadre de mon job ! Mais, sans que je puisse expliquer pourquoi, le courant est tout de suite passé entre nous. Il m’a serré la main et on est restés trois heures à faire connaissance. Un truc inouï. Ensuite, on ne s’est plus quittés ! 

FD : Un véritable coup de foudre amical !
RLM : Oui, c’est ça. À partir de ce jour-là, je l’ai accompagné sur toutes ses tournées, sauf une fois ! Rod, qui se produisait aux États-Unis, voulait que j’assure ses dates américaines, alors que je me trouvais déjà en tournée avec Johnny ! Je ne pouvais pas refuser ça à Rod. Mais un soir, après un concert à Orlando, Johnny, très inquiet, m’a appelé : « Robin, tu n’as pas l’intention de me laisser tomber, quand même… » J’ai dû le rassurer : « Mais non, Johnny, ne t’inquiète pas ! » Il n’en était pas question, bien sûr !

FD : La préface de votre livre a été écrite par Læticia Hallyday. Elle y rappelle à quel point vous étiez indispensable à son mari. Vous étiez sa « force tranquille », dit-elle. Qu’entend-elle par là ? 
RLM : Tout d’abord, je tiens à la remercier de m’avoir fait ce cadeau… On s’est vus pour déjeuner à Malibu, comme on le faisait souvent avec Johnny et ma femme, et elle a accepté aussitôt… Comme tout le monde, Johnny avait besoin d’être rassuré. C’est un sentiment humain, et il n’échappait pas à la règle. Mais il n’était jamais en demande. De toute façon, il n’exigeait rien. Pas une fois je ne l’ai vu faire des caprices de rock star… Et pour en revenir à Læticia, elle a vraiment une belle âme. Elle a veillé sur lui comme un ange, avec une grande douceur. À ses côtés, Johnny a calmé le jeu. Je ne l’ai jamais vu fumer un joint et encore moins prendre une ligne de coke… Pour lui, tout ça, c’était du passé. Seul l’alcool restait son péché mignon, mais pas autant qu’on pourrait le croire. À côté des artistes que j’ai côtoyés, il était vraiment raisonnable.

FD : Vous l’admiriez aussi beaucoup en tant qu’artiste… 
RLM : Oui, il était incroyable. Il pouvait être fatigué avant un concert, mais sur scène, c’était Superman ! Il se préparait comme un boxeur. Il avait besoin de se concentrer, de faire le vide. Il riait et me poussait à me donner à fond avec des solos de guitare interminables… Mais après, il lui fallait relâcher la pression avec quelques verres… Moi, c’était avant les concerts qu’il me fallait un remontant, histoire de me mettre en condition. Une bonne rasade de vodka et c’était parti ! 

FD : Johnny se grisait aussi de vitesse…
RLM : Oui, j’ai eu la peur de ma vie en voiture avec lui. C’était juste avant un concert à Lille, il venait de s’offrir une voiture anglaise biplace. Aussitôt démarré, il a poussé le moteur à 220 kilomètres/heure sur une route à peine éclairée. J’ai cru mourir…

FD : Vous racontez aussi que Jacques Chirac lui avait fait un cadeau surprenant… 
RLM : Oui, tous deux étaient de très bons amis. Lorsque nous partions en tournée et qu’il fallait prendre un avion privé au Bourget pour nous rendre en province, son chauffeur sortait un gyrophare bleu et le mettait sur le toit du véhicule pour zigzaguer entre les voitures et éviter les embouteillages. Johnny m’avait raconté que ce gyrophare était un cadeau de Jacques Chirac, lequel lui avait donné l’autorisation d’en faire usage… avec modération ! Jacques Chirac, que j’ai pu approcher grâce à Johnny, était un type délicieux, d’une grande gentillesse. J’ai passé aussi beaucoup de temps à discuter avec sa femme, Bernadette, notamment de musique. L’annonce de sa mort m’a rendu très triste…

Véronique DUBOIS

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