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Roland Giraud : Seule la foi lui a permis de tenir bon jusqu'au bout

Publié le 24 décembre 2004

Par un après-midi glacial, c'est un père déchiré, Roland Giraud, qui a dit un ultime adieu à sa fille martyrePar un après-midi glacial, c'est un père déchiré, Roland Giraud, qui a dit un ultime adieu à sa fille martyre

Cela aurait pu être une belle journée d'hiver pour Roland Giraud. Dans le petit village de la Postolle, l'étang a gelé pendant la nuit, mais en ce début d'après-midi, les rayons du soleil le font scintiller de mille feux.

À quelques mètres de là, de l'autre côté de la route, une belle et ancienne église en pierres semble avoir trouvé appui contre un gigantesque arbre noueux. À toutes les branches sont suspendus des petits paquets cadeaux multicolores : Noël approche.

Pourtant, les visages des villageois sont fermés. Ils ne reflètent que de la tristesse. Car deux jours après son amie Katia, l'Yonne fait aujourd'hui ses adieux à Géraldine.

->Voir aussi - Roland Giraud : La disparition de sa fille

C'est dans la plus stricte intimité que la famille, les amis et quelques habitants de la région célèbrent ces obsèques, lors d'une cérémonie d'une impressionnante dignité, à l'image de celle dont la famille Giraud a fait montre depuis le début de la tragédie.

Soutien

«Je suis le parrain de Géraldine, pouvez-vous m'indiquer où habite Roland, ça fait quatre ans que je ne suis pas venu», demande un homme à un gendarme. Comme lui, tous les proches se sont d'abord retrouvés dans la maison de Roland Giraud. Par une minuscule route qui serpente à travers le village, lentement, tous ensemble, ils sont redescendus vers l'église.

Tout près une immense tente blanche avait été dressée, afin d'accueillir amis et personnalités qui ont fait le déplacement et garantir un minimum d'intimité à la cérémonie. Environ 250 personnes assistaient aux obsèques.

Caroline Cellier, Gérard Hernandez et Martin Lamotte, avaient tenu à marquer leur soutien à leur ami. Les parents de Katia Lherbier, qui mieux que quiconque peuvent comprendre la douleur ressentie par cette famille, étaient là eux aussi. Quarante-huit heures plus tôt, Roland Giraud était à leur côté à l'église de Villeneuve sur-Yonne pour l'enterrement de leur fille.

À 14 heures, les cloches sonnent sombrement le glas. Dans l'église, un silence recueilli règne entre les travées. Sur le mur d'enceinte, quelques gerbes de marguerites, de lys ou de roses, toutes de couleur blanche, ont été déposées. «À Géraldine, notre soleil», pouvait-on lire sur l'une d'elles.

Le père de Géraldine parle de sa fille comme pour la présenter à l'assemblée, soulignant sa passion pour la musique. Des paroles apaisantes, avant l'évocation de ses derniers jours.

«Même s'il a eu du mal à cacher son émotion, il était incroyablement digne, raconte un témoin présent dans l'église. C'était prenant, dur et en même temps très beau. Dans un sanglot qu'il n'a pu réfréner, il a traduit l'effrayante attente de la terrible nouvelle».

Le comédien conclu par ces mots émouvants : «Les discours ne sont rien de plus qu'un tambour bruyant... Je pensais avoir toute la foi nécessaire pour déplacer des montagnes, mais si je n'ai pas d'amour, je n'ai rien.»

Venue du hameau voisin rendre un dernier hommage à la disparue, Nadine n'oubliera jamais les mots du pasteur pour décrire le calvaire vécu par Géraldine Giraud : « Il a dit : "Les lions ont déchiré ses vêtements". L'image est terrible. » Des mots terribles en effet, mais qui décrivent bien la folie meurtrière et bestiale dont ont été victimes les deux jeunes femmes.

Dernier repos

Maaike, la maman de Géraldine récite une prière, dans laquelle elle invoque le Seigneur en qui, malgré l'horreur, elle continue de croire. En chœur l'assemblée entonne des psaumes tirés d'une cantate de Jean-Sébastien Bach. « Auprès de toi, j'irai sans crainte, tranquille, à mon dernier repos.» Leurs voix ont résonné avec ferveur dans l'enceinte de la petite église. Pendant plus d'une heure et demi, l'assistance a communié dans la prière et partagé la douleur des familles.

À la sortie de l'église, les proches ont ouvert la lente procession qui menait Géraldine vers sa dernière demeure. Roland Giraud et son épouse ont suivi le corbillard, seuls, à l'abri des regards, dans leur voiture. Les yeux cachés derrière des lunettes noires, le comédien et son épouse, n'ont néanmoins pas réussi à masquer la douleur qui les envahissait. Ensemble, ils ont avancé dignement jusqu'au cimetière du petit village de La Postolle.

C'est là, au milieu des champs, qu'à jamais reposera Géraldine Giraud. Pendant ce temps, non loin de là, à Auxerre, l'enquête se poursuit sur le principal suspect. Mis en examen pour l'assassinat des deux jeunes femmes, il était entendu le 20 décembre, par le juge d'instruction de Sens, Mickael Ghir.

Christian Morales

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