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Romane Serda : “Ce viol, il fallait que j'en parle !”

Publié le 4 novembre 2020

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Dans un récit bouleversant, Romane Serda, l'ex-femme de Renaud, n'a pas eu peur de se livrer en toute transparence pour mieux se délivrer des blessures du passé…

Même si elle a passé onze ans au bras d'un monument de la chanson française, la pétillante blonde de 49 ans est tout sauf une « femme ou ex de », comme on l'a trop souvent qualifiée. Preuve en est, cette autobiographie vérité parue aux éditions HarperCollins, À la vie, à l'amour, dans laquelle elle a choisi de se raconter sans détour, ni pudeur, dans le pire comme le meilleur… Et force est de constater qu'avant de rencontrer Renaud, Romane semble avoir fait les quatre cents coups et vécu mille vies. Voilà ainsi une très belle manière, comme elle s'amuse à le répéter : « de remettre l'église “Romane” au milieu du village ! » Et vous risquez d'être très surpris.


France Dimanche : Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire ce livre ?

Romane Serda : Si, jusqu'ici, je n'en voyais pas l'intérêt, me demandant bien qui ma vie pourrait-elle intéresser, Mathieu des éditions HarperCollins m'a convaincue : « Tu as vécu des trucs de dingue, une vie que personne ne vit ! Il faut vraiment que tu racontes tout ça… » Et je me suis lancée ! En me disant que prendre du recul et regarder en arrière m'aiderait à mieux voir devant. Ça m'a aussi permis de rencontrer toute une partie de ma famille, d'apprendre un tas de choses sur eux, et du coup sur moi. Comme cette malédiction de la figure paternelle en pointillé que j'aurais tant aimé briser, sans y parvenir… Bref, j'étais dans une vraie quête d'identité.

FD : Comment avez-vous traversé cette plongée dans vos souvenirs ?

RS : J'ai vécu ça comme une thérapie ! Même si je suis passée par des moments de doute et de découragement, c'était très réjouissant. Me souvenir de tout n'était pas simple. J'ai appelé à la rescousse ma mère et ma sœur, principalement, et construit ensuite des liens entre tout ce qu'on avait vécu. Je voulais un livre dans lequel on s'évade, mais surtout où l'on se reconnaisse. Je n'ai d'ailleurs jamais cessé de penser à toutes ces femmes qui, comme moi, avaient connu des complexes étant jeunes, un viol, des problèmes de couple… Et puis, j'ai aussi fait cette démarche pour mon fils, pour qu'il ait une trace et surtout ma vérité.

FD : Vos proches l'ont-ils déjà lu ?

RS : Il était primordial pour moi d'avoir le « OK » de Renaud, sinon le livre ne serait pas sorti. Et plus que ça, il m'a dit qu'il avait vraiment aimé et même découvert plein de choses… « J'savais pas que tu écrivais aussi bien ! » m'a-t-il aussi lancé, ce qui m'a beaucoup touchée, surtout venant de lui. Ç'a été un petit peu plus douloureux pour ma mère, qui m'a dit : « J'ai tout loupé ! » Moi, j'essaie d'être philosophe et de me dire que toute expérience, même mauvaise, fait grandir. Ma sœur Marion m'a dit : « Tu as eu le cran de raconter tout ça, c'est énorme ! » Quant à Malone, pendant des mois, il m'a tellement entendu répéter : « Chéri, tu peux baisser le son de ton jeu s'il te plaît, maman écrit ! » [Rire] Mais il le lira quand il en aura envie.

FD : Le prénom « Lolita » vous poursuit…

RS : Oui, c'est fou ! D'autant plus que ce n'est pas un prénom commun. La fille de Renaud s'appelle Lolita, mon père voulait me prénommer ainsi, mais pas ma mère, et il donnera finalement ce prénom à ma demi-sœur. Bref, du coup, avec Malone, on a tous les deux une sœur qui s'appelle Lolita.

FD : N'est-t-il pas trop douloureux d'évoquer le viol dont vous avez été victime à l'âge de 9 ans ?

l'âge de 9 ans ? RS : Si, bien sûr, mais comme j'avais choisi de tout dire, il fallait que j'en parle. C'était un ado, le fils du paysan d'à côté avec qui j'aimais bien jouer au ballon et faire du vélo. Et ce jour-là, ayant certainement les hormones en ébullition, il m'a sauté dessus. Très jeune, je n'ai sur l'instant pas vraiment compris ce qu'il se passait et les dégâts psychologiques qui risquaient d'en découler. Ç'a été très violent ! Je me suis dit que le raconter pourrait sûrement en aider d'autres qui avaient vécu la même chose et aussi délier les langues. Parce qu'il y en a marre de se taire, ça suffit ! Moi, je n'ai aucune honte à en parler.

FD : Vous avez failli devenir danseuse au Crazy Horse ?

RS : Oui, un truc de fou ! Traînée par une copine à ce casting, j'y allais surtout pour l'accompagner, parce qu'avec mes complexes de maigreur, je n'imaginais pas une seconde que ça puisse marcher. Et puis, si ! Non seulement, ils m'ont choisie, mais je devais carrément avoir un numéro solo. J'ai fait toutes les répétitions, mais ça ne s'est finalement pas concrétisé, car j'ai eu une autre opportunité au même moment, le rôle principal d'une série sur France 2. Mais, ça reste une chouette aventure et aussi une petite revanche. Enfin, j'avais les bonnes mensurations ! [Rire]

FD : Le statut de « femme de » et aujourd'hui « ex de » vous pèse beaucoup…

RS : Oui, je trouve ça un peu dur d'être éternellement réduite à ça. Certes, on a réalisé plein de choses géniales avec Renaud, mais avant lui j'avais fait tout un tas de trucs. Après avoir pris des cours particuliers de comédie avec Jacques Martin, je tenais le rôle principal dans la série L'Annexe (1993). J'ai aussi été mannequin « cul » [seules ses fesses servaient de modèle, ndlr], un comble pour moi qui me trouvais tellement squelettique ado au point de mettre quatre culottes et trois paires de collants pour me donner des formes. Mais, côté musique, j'ai travaillé plusieurs années avec Jean-Jacques Goldman et collaboré avec de grands noms comme le groupe Scorpions, avec qui j'allais même signer lorsque j'ai rencontré Renaud. Forcément, il était plus logique que je travaille avec l'homme que j'aimais. Donc oui, je trouve un peu injuste d'avoir toujours entendu dire que je lui devais tout. Car non, je ne suis pas née en épousant Renaud, et il était très important pour moi de le dire.

FD : Malgré votre divorce, vous semblez avoir gardé des liens très forts…

RS : Oui, on a une super relation ! Avec Malone, on est tous les trois hyper proches et j'en suis très heureuse. On s'appelle souvent et on part même en vacances ensemble. Un beau message que je tenais aussi à partager. Prouver qu'après les tourments du divorce, on peut retrouver douceur et sérénité. À la fin de notre union, j'étais triste, fâchée et impuissante finalement de le voir tout gâcher. Nous qui avions tout pour être heureux, une vie de rêve, tant de passions communes, un enfant si mignon… Je lui en voulais tellement ! Mais aujourd'hui, tout est apaisé, on profite juste des bons moments. Après, Renaud est quelqu'un que je chéris plus que tout. Nous gardons ce lien indéfectible, et je serais toujours là pour lui, à vie.

FD : D'autres projets, mis à part ce chouette ouvrage ?

RS : Toujours de la musique, bien sûr ! Vous pouvez d'ailleurs retrouver ma dernière chanson, qui s'intitule aussi À la vie, à l'amour, grâce au QR code qui est dans mon livre ou en vous rendant directement sur mon site www.romane-serda. com. Sinon je m'apprête aussi à refaire de la comédie. La pièce est repoussée à cause du Covid, mais j'aurais dû jouer le rôle d'une vraie psychopathe super flippante et j'adore ça. Pour moi qui véhicule l'image d'une nana plutôt douce et gentille, me glisser dans la peau d'une cinglée capable de tout est là aussi une vraie thérapie.

Caroline BERGER

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