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Romy Scheinder : Nous l'avons tant aimée !

Publié le 26 juin 2022

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Cette actrice investissait tout son être dans ses rôles portés haut. Une femme avec des passions fulgurantes, et dont les blessures de la vie bouleversèrent les Français.

Entre 1955 et 1957, elle incarne trois fois Sissi aux côtés de Karlheinz Böhm.

Le 5 juillet 1981, les murs de l'hôpital de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) tremblent du cri de mort qui s'échappe du cœur d'une mère. C'est ce soir-là que Romy Schneider a cessé d'aimer sa vie. C'est là, face au visage figé de son fils David, qu'elle entre dans une longue agonie, jusqu'à ce fatal 29 mai 1982. Entre les deux, un chemin de douleur intense dû à la perte inimaginable d'un enfant…

Une enfance peuplée de fantômes

Rosemarie Magdalena Albach naît le 23 septembre 1938 à Vienne, dans une Autriche alors annexée par l'Allemagne nazie, un an après le mariage de ses parents, Magda Schneider et Wolf Albach-Retty, deux gloires du cinéma d'outre-Rhin. L'enfant de la balle passe sa prime jeunesse dans le chalet familial des Alpes bavaroises, non loin de Berchtesgaden et du Berghof, le repaire de Hitler. C'est dans ce havre bucolique, avec ses vastes forêts, ses alpages verdoyants et ses rochers abrupts, que, malgré le bruit des bottes nazies et les bannières ornées de croix gammées, elle partage une joyeuse vie pastorale avec son petit frère, Wolf-Dieter, né en 1941. Mais leur père déserte le foyer dès 1943 pour les bras d'une autre actrice.

Son partenaire est un débutant à la gueule d'amour : Delon.

À 10 ans, la fillette quitte le refuge familial pour un pensionnat autrichien. Fin de la récréation : il faut rentrer dans le rang. Rude apprentissage ! La jeune fille choisit ensuite de s'inscrire dans une école d'art en Allemagne… jusqu'à ce que sa mère ne la propulse devant les caméras pour jouer à ses côtés dans Quand refleuriront les lilas blancs. Romy a 15 ans et commence dès lors à enchaîner les tournages.

Sissi envoie tout valser !

En 1955, elle est choisie pour incarner l'impératrice d'Autriche, Élisabeth, dite Sissi. Le succès est fulgurant, au point que deux suites sont tournées dans la foulée ! La jeune fille entre dans la légende, devient une icône nationale, redonne du lustre à son pays… Mais si les spectateurs autrichiens, allemands, français (et tous les autres !) raffolent de cette fresque qui mêle romantisme à l'eau de rose et faste viennois d'un autre temps, Romy, elle, déteste cette princesse sucrée dont les crinolines lui semblent plutôt des camisoles. Tandis que sa mère – qui n'oublie pas de penser à sa propre carrière – veille sur elle comme une châsse sacrée, sous l'œil cupide et graveleux de son beau-père, la jeune actrice qui rêve de liberté refuse tout net de tourner un quatrième volet ! La France, notamment, habite ses espoirs. Le réalisateur Pierre Gaspard-Huit lui offre alors un parfait exutoire avec le rôle-titre de Christine, un remake de Liebelei de Max Ophüls, qui a rendu célèbre sa mère en 1933. Son partenaire est un débutant à la gueule d'amour : Alain Delon. Très vite, leurs cœurs s'envolent et ils se fiancent, en 1959, sur les rives du lac de Lugano, en Suisse.

La France comme seconde patrie

Le couple vit cinq ans ou, plutôt, survit… car Delon est sans cesse en tournage. Romy, elle, s'éloigne de sa famille et de l'ombre de Sissi en travaillant avec René Clément, Luchino Visconti, Alain Cavalier, Orson Welles, Otto Preminger… En 1961, les amants triomphent au théâtre dans Dommage qu'elle soit une putain. Hollywood fait les yeux doux à la belle et Columbia lui offre un contrat royal. Mais, durant ce séjour aux États-Unis, Delon rompt avec elle pour épouser Nathalie, alors enceinte de leur fils, Anthony. Romy tente de noyer son profond chagrin en acceptant L'Enfer, de Henri-Georges Clouzot, vite interrompu par la santé chancelante du réalisateur. Elle rencontre alors Harry Meyen, un metteur en scène allemand, et l'épouse le 15 juillet 1966. Leur fils David naît le 3 décembre.

Elle met sa carrière entre parenthèses jusqu'à ce que Delon l'impose à ses côtés pour le tournage de La Piscine, de Jacques Deray. Séparé par le tourbillon de la vie depuis cinq ans, le couple y éclabousse la pellicule de toute sa splendeur !

L'incarnation de la femme

C'est avec Les Choses de la vie, en 1970, que la collaboration entre Romy et Claude Sautet débute. Elle se livre corps et âme devant sa caméra. Au seuil élancé de la trentaine, les traits de la femme affleurent. Ils composent la matière de son jeu dans Max et les Ferrailleurs en prostituée allemande échouée sur le trottoir parisien, dans L'Assassinat de Trotsky, en femme qui permet à l'assassin de s'introduire auprès de Trostky ou dans César et Rosalie, tiraillée entre un Montand hâbleur et pathétique auquel Sami Frey, doux et discret, offre un parfait contrepoint. Romy magnétise et remue en nous l'insaisissable matière humaine, la belle violence de vivre et d'aimer. Embrassant son métier comme une ivresse dévastatrice, elle touche à la vérité du jeu d'actrice, se consume et semble céder à chaque rôle un peu d'elle-même…

Elle divorce. Ses interprétations sont comme une exploration en profondeur, une quête d'absolu. Un jeu tout en tripes, avec son personnage écorché vif dans L'important c'est d'aimer – qui lui vaut le tout premier César de la meilleure actrice –, en épouse atrocement sacrifiée du Vieux Fusil, en alcoolique en bout de course dans Mado, mais aussi en femme qui prend son destin en main dans Une histoire simple (son second César et sa dernière collaboration avec Sautet)…

L'actrice touche à la vérité du jeu, cédant à chaque rôle un peu d'elle-même.

La mort au bout du chagrin

Le 18 décembre 1975, Romy épouse son ancien secrétaire, Daniel Biasini, et, le 21 juillet 1977, donne naissance à leur fille, Sarah. Elle reprend vite le chemin des plateaux et retrouve Montand pour Clair de Femme, de Costa-Gavras.

En avril 1979, elle apprend le suicide du père de David. Très affectée, l'actrice donne à son interprétation d'une agonisante dans La Mort en direct une dimension majuscule. Ces années-là, elle brille dans La Banquière, Fantôme d'amour, Garde à vue… Mais 1981 est surtout l'annus horribilis : elle divorce en février, subit l'ablation d'un rein en mai, perd son fils adoré en juillet… La souffrance à l'âme de trop. C'est à coup d'anxiolytiques qu'elle tente d'édifier un rempart contre cette insoutenable douleur. Pleine de larmes, elle retrouve les projecteurs pour échapper au vertige, même si rien ne l'exile de sa peine. Dans La Passante du Sans-Souci, elle est une Allemande qui résiste aux nazis, comme pour expier un passé honteux. Mais, elle abuse de tranquillisants et s'enfouit dans leurs sables mouvants, dont elle ne refait pas surface le 29 mai 1982, à 43 ans.

Une expo à ne pas manquer !

Jusqu'au 31 juillet, la Cinémathèque française, à Paris, consacre une rétrospective éblouissante à la carrière de Romy Schneider et à son apport majeur au cinéma de l'époque.

Dominique PARRAVANO

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