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Romy Schneider : Elle a grandi à l'ombre noire d'Hitler

Publié le 13 mars 2009

Elle a à peine 15 ans, quand sa mère, actrice, propulse Romy Schneider devant les caméras. Puis très vite, Sissi l'emporte et la fait prisonnière...  Elle fait ses premiers pas avec les enfants des hauts dignitaires nazis. Soudain, 1.232 tonnes de bombes explosent dans le ciel de son innocence ! Romy Schneider... La beauté, le talent, le succès, mais aussi la tragédie d'une vie. Il n'en faut pas plus pour ériger une femme en légende. Celle d'une immense actrice, dotée du don fabuleux de jouer à l'écran avec toute la gamme des émotions.

Adulée dès sa prime jeunesse, reconnue et récompensée par ses pairs, Romy a néanmoins connu un destin dramatique, où la mort n'a cessé de rôder autour d'elle, jusqu'à lui arracher cruellement, un fils ô combien aimé. Un immense chagrin qui achèvera de lui briser le coeur un soir d'été. Mais, dès le balbutiement de sa vie, la mort répandait déjà ses sinistres effluves...

->Voir aussi - Romy Schneider : Marlene Dietrich la fournissait en amphétamines...

Rosemarie Albach-Retty, dite Romy Schneider, a en effet grandi à l'ombre noire d'Hitler. Elle naît le 23 septembre 1938, à Vienne, en Autriche, alors que le Führer s'apprête à embarquer toute l'Europe dans l'horreur de la guerre.

Sa naissance se situe entre l'Anschluss, en mars, qui a vu l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne, et la Nuit de cristal, en novembre. Prémices de la Shoah, cette terrible nuit verra 91 juifs assassinés, 30.000 déportés, 250 synagogues et 7.500 commerces détruits. La nazification est en marche, la guerre aussi...

Croix gammées

Les parents de Romy sont comédiens. Son père vient d'Autriche et se nomme Wolf Albach-Retty. Sa mère, Magda Schneider, triomphera mondialement en 1933 dans Liebelei, de Max Ophüls. Les deux acteurs vont vite être réunis dans des bluettes qui affoleront le public d'outre-Rhin. Duo de pellicule, ils deviendront un couple à la ville, en 1937. La famille s'installe dans un magnifique chalet de quatorze pièces que Magda a fait construire à Schönau, en Bavière.

C'est dans le décor somptueux des Alpes bavaroises que Romy fait ses premiers pas. Autour d'elle, le paysage n'est que féerie : montagnes magnifiques, forêts sombres où la fillette chasse avec son père, prairies verdoyantes, lac de Königssee entouré de mélèzes qui se reflètent dans l'eau...

Pourtant, il y a une ombre au tableau : cet endroit idyllique a aussi été choisi par Hitler. Bientôt suivi de toute sa garde rapprochée. À trois kilomètres de là en effet, à Berchtesgaden, le chancelier a établi ses quartiers en chassant les habitants.

Ce « nid d'aigle » était en fait un cadeau fait au Führer par Martin Bormann, l'un des plus hauts dignitaires nazis, grand ami de la famille Schneider. Romy, qui va d'ailleurs souvent jouer avec les enfants Bormann, vit donc dans un paysage paradisiaque où le bruit des bottes nazies, les bannières ornées de croix gammées claquent et se mélangent aux sons d'une vie pastorale... L'actrice en gardera un tel sentiment de culpabilité qu'elle donnera à sa progéniture les prénoms hébraïques de David et Sarah.

En 1945, d'effrayants sifflements parviendront à Romy : ceux des bombes. 1.232 tonnes d'explosifs tombent du ciel de son enfance et pilonnent le « nid d'aigle » d'Hitler, laissant derrière elles un paysage de désolation. On imagine sans peine la terreur que cette guerre aura laissée dans l'esprit d'une fillette de 7 ans.

Mais auparavant, Romy aura déjà vécu sa première séparation. Elle n'a en effet que quatre semaines quand elle est laissée aux bons soins d'une nounou, Magda devant reprendre au plus vite les tournages. Pour que la maman suive les progrès de son enfant, la nourrice consigne chaque événement de la vie du bébé sur des cartes, que sa mère garde précieusement dans un album.

La famille s'agrandit avec l'arrivée d'un petit frère, en juin 1941. Il s'appelle Wolf-Dieter, comme son papa. Un père de plus en plus absent du foyer, qu'il désertera en 1943, en pleine guerre, pour rejoindre les bras d'une autre actrice... Pour Romy, c'est forcément une déchirure. Le début d'une longue série.

Enfant espiègle et rebelle, la petite fille passe ses dix premières années en Bavière. Puis sa mère l'envoie en pension près de Salzbourg. Chez les soeurs, le théâtre est une des seules activités qui lui permette d'oublier le chagrin d'être éloignée de sa famille. Elle s'y adonne avec bonheur. Romy caresse deux rêves : quitter la pension et devenir actrice. Ce sera chose faite en 1953 : elle a à peine 15 ans quand sa mère la propulse devant les caméras, pour jouer à ses côtés dans Quand refleuriront les lilas blancs...

Succès

Le succès est au rendez-vous, et Romy enchaîne les tournages. En 1955, le réalisateur Ernst Marischka pense à elle pour incarner les jeunes années de l'impératrice d'Autriche, Elisabeth, surnommée Sissi. Dès sa sortie, c'est un raz-de-marée, un triomphe qui souffle sur toute l'Europe.

Mais pour elle, le tournage n'a pas été de tout repos. Surtout à cause de ces perruques qu'elle doit porter. Six kilos sur sa frêle tête, qui lui donnent d'affreux torticolis et des migraines à peine supportables ! Mais à travers son personnage, c'est tout un peuple qui renoue avec son passé prestigieux, loin des dommages de la guerre. La voilà considérée comme « la meilleure chose importée d'Autriche après la valse »!

Liberté

Mais la comédienne étouffe dans sa robe à crinoline, et sent le danger de se laisser enfermer dans un registre : « Je veux faire tout ce qui est en mon pouvoir pour me libérer au plus vite de cette image de Sissi qui me colle à la peau », écrit-elle dans son journal intime. Elle n'a pas 20 ans et est éprise de liberté autant que de rôles.

Cela tombe bien : la France la réclame pour Christine, le remake de Liebelei, qu'a joué autrefois sa mère. Sur le tarmac de l'aéroport d'Orly, un jeune comédien presque inconnu vient accueillir l'énorme star qu'est Romy. Gueule d'ange et yeux de braise, c'est un jeune loup d'une beauté diabolique. Romy Schneider ignore son nom quand il lui tend son bouquet de roses rouges. Il s'appelle Alain Delon. Au pied de l'avion, ce jour-là, ils ne le savent pas encore mais ils vont vivre cinq ans de passion...

Pour en savoir plus :

"La véritable Romy Schneider", d'Emmanuel Bonini,aux éditions J'ai lu, et "Romy, ma mère et moi", d'Évelyne Bloch-Dano, aux éditions Le livre de Poche.

Anéma Isaac

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