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Romy Schneider et Alain Delon : Romance sur grand écran !

Publié le 24 février 2021

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© BESTIMAGE Romy Schneider et Alain Delon sur le tournage de La Piscine

Novembre 1959. Romy Schneider et Alain Delon passent une semaine en amoureux au bord du lac de Lugano. Notre reporter Roger Denizon, sera le seul à photographier cette dernière escapade romantique.

Ce matin du 6 novembre 1959, à 9 heures, de magnifiques brumes blanches couvrent le lac de Lugano, lui donnant un aspect féerique. Tendrement enlacés, Romy et Alain attendent notre photographe, avant d'embarquer pour une promenade en bateau à moteur.


Les deux jeunes amoureux ont été invités par Magda Schneider et son mari Hans Herbert Blatzheim à passer des vacances dans la superbe propriété que la mère de Romy possède à Vico Morcote, village de 300 habitants niché à flanc de montagne, sur les bords du lac de Lugano, au cœur du canton suisse italien du Tessin. C'est une magnifique région montagneuse couverte d'immenses forêts de sapins où l'on peut se perdre.

Le 10 avril 1958, Romy a rencontré le jeune premier français à Orly. Si le coup de foudre ne fut pas immédiat, la comédienne allemande est aujourd'hui follement éprise d'Alain Delon. Ces photographies, non posées et prises sur le vif, ont le mérite de la spontanéité : elles révèlent sans fards la passion que Romy voue au comédien français. Elle le dévore d'un regard brûlant mais interrogateur. Ses yeux semblent dire : « M'aimes-tu autant que je t'aime ? » Plutôt que d'enlacer son compagnon, on jurerait que la comédienne s'accroche à lui. Sur une photographie, elle le fixe d'un air grave en lui mettant la main sur la bouche, comme si elle avait peur qu'il lui murmure une insoutenable vérité…

Dans les grandes romances, les amants ont d'ordinaire le même regard d'un seul désir pour deux. Pas sur ces clichés : l'acteur semble absent, lointain, il regarde vers un ailleurs, comme absorbé par ses rêves de futures conquêtes. Roms, qui a beaucoup d'instinct, sait déjà que le comédien de tout juste 24 ans à la beauté insolente lui échappe, subrepticement, mais de façon irréversible. Et cette seule perspective la plonge dans la terreur : celle de l'abandon.

On trouvait Romy jolie, et voici que Delon l'a rendue belle par le miracle de l'amour. Delon, le seul homme qui a su mettre des mots sur ses désirs, l'a bousculée dans le meilleur sens du terme : dans ses bras, elle découvre des plaisirs charnels. Elle se sent désormais, à 21 ans, une vraie femme.

Mais les fous rires partagés masquent une réalité plus sombre : à cette période charnière de sa vie, la comédienne souffre d'une solitude abyssale. Orpheline de cœur, elle ne voit quasiment plus son père, l'acteur autrichien Wolf Albach-Retty. Et surtout, elle ne supporte plus sa mère, Magda, calculatrice, castratrice, hypocrite et opportuniste, qui utilise sa fille pour faire oublier sa proximité, avant et pendant la guerre, avec Martin Bormann et d'autres dignitaires nazis. Elle supporte encore moins son encombrant et intrusif beau-père, Hans Herbert Blatzheim, un restaurateur de Cologne qui a déjà eu trois enfants d'un autre lit et que sa mère a épousé en secondes noces, en 1953. Sans scrupule, cet aventurier s'est autoproclamé gérant dépositaire de la fortune de Romy. À lui la gestion des énormes cachets des Sissi. L'affairiste a d'ailleurs réalisé, sans en informer Magda ni sa fille, de juteux placements financiers aux Baléares et en Suisse, investissements dont il est le premier bénéficiaire.

Le 15 novembre 1959, à la fin de ses vacances, au moment de quitter la propriété de Vico Morcote, Romy s'isole sur les bords du lac pour sangloter, seule, à l'abri des regards de notre photographe et d'Alain Delon. Elle envisage le pire et une intuition terrible la torture : elle sent qu'ils ne seront pas « les fiancés de l'éternel » pour reprendre une phrase de son journal.

Ce redoutable pressentiment va hélas vite se réaliser : dès 1960, l'acteur pressé de devenir une star la délaisse pour sa carrière. Flamboyant, il rayonne sous la direction de Luchino Visconti et néglige de plus en plus Romy. Le triste épilogue de leur belle histoire a lieu le 18 décembre 1963, jour noir où Alain la quitte avec une rare désinvolture pour Francine Canovas (la future Nathalie Delon, récemment disparue), en lui laissant comme cadeau d'adieu un dérisoire bouquet de roses dans leur appartement parisien soudain si vide. Romy, inconsolable, écrit d'une main tremblante dans son journal intime : « Faire le deuil de cette passion-là me sera impossible. En perdant Alain, je suis perdue à jamais. »

Jean-Baptiste DROUET

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