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Romy Schneider : La descente aux enfers. Années de gloire, années noires

Publié le 27 mars 2009

Nous avions laissé Romy Schneider à l'aube de sa gloire... Avec La piscine, de Jacques Deray, l'actrice renaît, tel le Phénix, scintillant de perles d'eau !

Durant les années 1970, son étoile ne cessera de briller au firmament des plus beaux films et Romy Schneider sera célébrée comme l'une des plus grandes stars françaises.

N'est-elle pas la première à recevoir des mains de Jean Gabin et Michèle Morgan, le premier César de la meilleure actrice pour sa prestation poignante dans le film l'Important c'est d'aimer ? Son talent éclate dans les rôles merveilleux qu'a ciselés méticuleusement pour elle Claude Sautet. Inoubliable Romy dans Les choses de la vie, César et Rosalie ou encore Max et les ferrailleurs.

Le succès est au rendez-vous, le public aussi, la presse s'incline unanimement devant son talent, la vie est une fête. Désormais, Romy est une actrice respectée et à nouveau adulée. Elle a retrouvé le feu sacré.

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Pourtant, plus elle avance dans ce métier qui la passionne, plus elle connaît le trac, la peur de mal faire, le manque d'assurance. Comme si « l'impératrice » débutait à chaque film. Et ce doute incessant la ronge et la détruit petit à petit. Une maladie qu'elle tient de son père, décédé en 1967 d'une crise cardiaque.

Déchirure

Elle n'est jamais contente de ses prestations et s'épuise nerveusement dans une quête éperdue de perfectionnisme. Les réalisateurs doivent l'entourer, la rassurer sans cesse, ne pas la lâcher du regard sous peine de déclencher sa colère.

Côté vie privée, sa relation avec Harry Meyen, qui a démarré par un coup de foudre, se délite. L'homme, un intellectuel que Romy admire, a entrepris, depuis un moment, un travail de sape sur son épouse. Profitant de son manque de confiance, de son complexe de ne pas avoir fait d'études, il ironise sur les propos qu'elle peut tenir, il va même parfois jusqu'à l'humilier en public.

En réalité, Harry souffre de dépression. Il ne se remet pas d'une terrible épreuve : son emprisonnement de deux ans dans un camp de concentration pendant la guerre. De plus, ses projets vont de bide en fiasco. On le surnomme « Monsieur Schneider »... Alors Harry s'enivre et abuse des calmants pour oublier ses blessures et ses échecs.

Leur amour n'y survit pas et, en 1972, le couple se sépare. Une déchirure pour Romy qui pensait enfin avoir trouvé l'homme qui l'aimerait jusqu'à la fin de ses jours. Son rêve de créer un foyer uni et indestructible se fracasse à nouveau. Elle qui a toujours cherché à concilier sa vie d'actrice à sa vie de femme, semble vivre dans une perpétuelle tension entre la vie qu'elle mène et celle qu'elle pourrait mener. Mais elle reste, malgré tout, une femme en quête de bonheur, éprise de liberté et d'amour.

Aussi un nouvel homme peut-il entrer dans sa vie. C'est Daniel Biasini. Il est d'abord son secrétaire particulier, un assistant précieux qui s'occupe de lui trouver un appartement, d'inscrire David à l'école, de répondre au courrier... Entre eux, les rapports professionnels ont d'abord primé puis une amitié s'est doucement esquissée et l'amour s'est imposé. Ils se marient, en décembre 1975, à Berlin.

Deux ans plus tard, un nouveau soleil illumine l'existence de Romy. Cet astre se prénomme Sarah. À nouveau maman, à 39 ans, l'actrice est tout à son bonheur et s'accorde une pause professionnelle pour mieux se consacrer à sa vie familiale.

Elle revient triomphalement au cinéma dans Une Histoire simple que lui a écrit spécialement Claude Sautet. Elle remporte un deuxième César. Mais elle retombe très vite dans les trous noirs de l'angoisse. Son âge, 40 ans, la tourmente et elle harcèle Daniel qui en a dix de moins. L'aimera-t-il encore dans quelques années ? Va-t-il lui aussi l'abandonner comme tant d'autres avant lui ? Pour surmonter son désarroi, anesthésier la douleur effroyable qui l'étreint, Romy se réfugie dans l'alcool et les calmants.

Suicide

En vacances avec sa fille à Acapulco en 1979, elle apprend le suicide d'Harry, le père de son f ils David. À 54 ans, épuisé par les dépressions, il a décidé d'en finir avec la vie en se pendant avec son écharpe de laine. Un an après, c'est sa chère grand-mère qui disparaît.

Juillet 1981, David est un adolescent fâché avec sa mère. Depuis sa séparation d'avec Daniel Biasini qu'il adorait, le garçon lui en veut de ce désastre qui a brisé sa famille. N'acceptant pas le nouveau compagnon de sa mère, il réside chez ses grands-parents adoptifs à Saint-Germain-en-Laye. La veille de l'accident, après une nouvelle dispute au téléphone, mère et fils se sont raccroché au nez.

En ce dimanche ensoleillé du 5 juillet, David se tue accidentellement en escaladant le portail de ses grands-parents. À cause d'une maladresse, il s'éventre sur les pointes de fer. Une chute de 50 centimètres qui lui perfore l'artère fémorale et les intestins. Il décède de ses blessures sur la table d'opération. Il avait 14 ans. Thierry Montariol, le chirurgien, se souvient : « Il n'y a pas eu d'éclats de voix, il n'y a pas eu d'hystérie, il n'y a pas eu d'effondrement physique. Il y a simplement eu l'impression que ce n'était pas elle qui s'écroulait. C'est le monde qui s'écroulait autour d'elle. »

Fantôme

Et le monde continue de s'écrouler... L'actrice n'est plus qu'un fantôme épouvanté par la perte subie, elle ne parvient plus à trouver le sommeil. Pourtant, malgré l'immensité du malheur, elle tient à continuer à vivre, à tourner. Lors de sa dernière interview, un mois et demi avant qu'elle décède, elle confiait : « Je voudrais être une mémé à la campagne avec mes fruits, mes arbres et ma fille. Et vivre. »

Quand elle prononce ce verbe, le ton de sa voix est chargé de tant de force, qu'il semble s'écrire en majuscules : VIVRE. Pour elle, nul doute que se jeter sur le travail, c'est oublier un peu, le temps d'une scène, son malheur.

Sur le tournage de La passante du Sans-Souci, l'équipe déploie des trésors de sollicitude et d'affection à son égard. Une fois le film terminé, que va-t-il se passer maintenant que Romy doit reprendre le chemin de la vie et tenter d'exister hors plateau, loin de la caméra amoureuse de son visage ?

Le 29 mai 1982, la mort vient la cueillir dans l'obscurité de la nuit. Son cœur si tourmenté s'est arrêté de battre. Elle sera inhumée dans un petit cimetière des Yvelines et reposera près de David, son fils...

Alain Delon, lui, garde sur son cœur trois photos de Romy Schneider sur son lit de mort qu'il a prises avec un Polaroïd. Pour la première fois, son ancien amour la contemple, enfin sereine et apaisée, dans sa tunique indienne rouge et noire. En guise d'adieu, il lui glisse à l'oreille ses derniers mots d'amour : « Je t'aime, ich liebe dich . »

Anéma Isaac

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