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Romy Schneider : Sa mémoire bafouée !

Publié le 27 juin 2018

“Trois jours à Quiberon”, premier biopic sur Romy Schneider, a scandalisé son ex-époux Daniel Biasini et leur fille, Sarah.

Il y a trente-six ans, dans la nuit du 28 au 29 mai 1982, le cœur de Romy Schneider, dont son ami Jean-Claude Brialy disait « il frappe plus qu’il ne bat », lâchait. à 43 ans, elle avait tout vécu : la gloire, l’amour, la tragédie, la mort.

Depuis, on ne compte plus les biographies, documentaires et portraits qui lui ont été consacrés.


En revanche, aucun biopic n’avait encore été tourné sur la sublime interprète de La piscine

C’est chose faite avec Trois jours à Quiberon, d’Emily Atef, qui vient de sortir en salle, le 13 juin.

Un long-métrage en noir et blanc, qui s’inspire d’un fait réel : l’interview-fleuve que l’actrice avait accordée, en 1981, à un journaliste du magazine allemand Stern venu la rejoindre en Bretagne.

Dans le rôle de la star, l’Allemande Marie Bäumer, confondante de ressemblance.

Même beauté solaire, même regard intense que voile par instants la tristesse, même façon d’éclater de rire, la tête en arrière, les yeux au ciel…

Mensonge

Un scénario original, une interprète parfaite : tout semblait réuni pour que le pari audacieux de faire revivre la star – qui aurait fêté ses 80 ans en septembre prochain – soit une réussite.

Mais peut-on redonner corps à une légende en salissant sa mémoire ?

En effet, pour les proches de l’actrice, ce film est un mensonge, donnant à voir une femme qui n’a pas grand-chose en commun avec la flamboyante amazone qu’était Romy Schneider.

Certes, en cette année 1981, l’actrice n’est pas au mieux de sa forme. Elle a 43 ans, commence à sentir sa jeunesse lui échapper et, après neuf ans d’un bonheur sans nuage, elle est sur le point de se séparer du père de sa fille Sarah, Daniel Biasini.

Elle n’en demeure pas moins, comme l’a expliqué ce dernier dans une interview accordée à Gala, « une femme libre, forte, sachant exactement ce qu’elle voulait. […] Pas du tout cette femme fragile qu’on évoque souvent. »

Fragile ?

Le mot est faible pour décrire la Romy de Trois jours à Quiberon.

Celle-ci y apparaît perdue, torturée, et surtout dépendante.

Car c’est le postulat du film : la comédienne se trouvait en Bretagne pour suivre une cure de désintoxication !

Ce qui a fait sortir de ses gonds Daniel Biasini.

Dans l’interview accordée au magazine Gala, il n’hésite pas à parler d’un « jeu de massacre » : « On la montre accro aux médicaments, à l’alcool. Ce qui est absolument faux. La comédienne allait chaque année à Quiberon entre quinze jours et trois semaines pour se reposer et perdre quelques kilos, car elle prenait des formes assez vite. »

Oui, la star était une bonne vivante, amatrice de petits plats et de grands crus de Bordeaux, elle aimait faire la fête à l’occasion.

Mais de là à en faire une alcoolique, il y a une limite que la réalisatrice Emily Atef n’a pas hésité à outrepasser, comme l’a déploré Sarah, invitée dans le 7/9 de France Inter le 6 juin dernier : « Dès le départ, et tout le long du film, elle boit cul sec, on filme en gros plan les verres de vin qu’elle boit. »

Quant à la petite mallette bourrée de médicaments qui ne la quitte jamais, c’est, là aussi, pure invention !

En effet, comme tout un chacun, Sissi a parfois eu recours à la pharmacopée pour soulager ses douleurs, mais elle ne souffrait absolument pas d’accoutumance, comme l’a martelé Daniel Biasini : « Je suis resté quasiment dix ans avec Romy. Si elle avait été sous l’emprise d’une quelconque addiction, pourquoi je ne le dirais pas ? »

Même son de cloche chez Sarah : « Si elle avait eu un problème avec la boisson ou les médicaments je le saurais et je le dirais. »

N’y avait-il rien qu’ils puissent faire pour empêcher, ou du moins, corriger ce portrait déformé de celle qu’ils ont tant aimée ?

C’est par hasard que Sarah a appris qu’un film allait être tourné sur sa mère.

Ce qui, déjà, pose question.

N’aurait-il pas été judicieux que la réalisatrice s’informe auprès des proches de la star, à commencer par sa propre famille ?

La lecture du scénario, qu’elle parvient à se procurer, met Sarah Biasini hors d’elle : « Je voyais des scènes qui étaient complètement caricaturales et qui la faisaient passer pour une femme qu’elle n’était pas. »

Elle tente alors de contacter la productrice et distributrice du film, Sophie Dulac, mais n’obtient aucune réponse.

Il lui reste toutefois l’espoir qu’au montage, toutes les exagérations et extrapolations autour du personnage de Romy disparaissent, ou du moins soient atténuées.

Femme d’exception

C’est exactement le contraire qui s’est produit.

Lorsqu’elle découvre ce qui a été tiré du scénario, Sarah est révoltée : « J’ai trouvé le film malsain et opportuniste. Il y a une volonté derrière de dégrader son image. […] ça me fait beaucoup de peine pour la mémoire de ma mère qu’on colporte des choses qui ne sont pas vraies. »

Une colère que partage son père.

Comme il l’évoque dans Gala, la star avait deux priorités dans sa vie, ses enfants et son métier.

En juillet 1981, pendant qu’elle est à Quiberon, lui se trouve à Los Angeles avec David qui appelle sa mère chaque midi.

Pour rien au monde, celle-ci n’aurait manqué ce rendez-vous sacré.

Pas comme la Romy du film qui, elle, refuse de répondre à son fils parce qu’elle est trop ivre…

Que le public reparte avec cette image tronquée, bafouée, salie, voilà ce que Daniel, Sarah, et sans doute tous ceux qui ont réellement connu la star redoutent par-dessus tout.

« Ce film est une supercherie qui, sous couvert de fiction, est bel et bien présentée et perçu comme un biopic ! », déplore l’ex-époux de la comédienne.

« L’histoire en elle-même est déjà assez triste comme ça. On ne peut pas mentir, salir à dessein […] en plus elle n’est pas là pour se défendre », renchérit sa fille.

Mais l’actrice aux trois Césars a-t-elle vraiment besoin qu’on la défende ?

Il suffit en effet de revoir ses films pour savoir, qu’aucun biopic, si réussi soit-il, ne saurait rendre à cette artiste et femme d’exception, l’hommage qui lui est dû.

Lili CHABLIS

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