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Romy Schneider : Son voyage au bout de l'enfer

Publié le 30 octobre 2009

Un producteur tire l'actrice Romy Schneider de l'oubli grâce à un film que l'on croyait à jamais disparuUn producteur tire l'actrice Romy Schneider de l'oubli grâce à un film que l'on croyait à jamais disparu

On n'avait jamais vu Romy Schneider aussi belle, aussi sensuelle, aussi étonnante, aussi diabolique même, que sur ces images tournées en 1964 par Henri-Georges Clouzot pour L'enfer. Ne cherchez pas, ce film, vous ne l'avez jamais vu. Ou du moins, pas encore. Car on pensait les bobines disparues à jamais.

Seulement, aujourd'hui, ces images oubliées pendant plus de quarante ans dans les placards d'un assureur viennent de refaire surface ! Et grâce au réalisateur et producteur Serge Bromberg, vous pourrez les découvrir au cinéma le 11 novembre prochain, dans un film documentaire pour le moins étonnant. Pour France Dimanche, Serge Bromberg a bien voulu dévoiler un peu de son secret...

->Voir aussi - Romy Schneider : La descente aux enfers. Années de gloire, années noires

France Dimanche (F.D.) : Pouvez-vous nous parler de ce film inachevé qui devait réunir Romy Schneider et Serge Reggiani ?

Serge Bromberg (S.B.) : D'abord, il faut bien avoir conscience que L'enfer est une véritable légende. Pour plusieurs raisons. La première tient à la personnalité d'Henri-Georges Clouzot, l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma. La seconde est liée au budget d'un film qui devait être un événement cinématographique sans précédent. Un budget sans limites, la plus grosse production de l'année pour le cinéma français. La troisième, c'est l'interruption brutale du film, après trois semaines de tournage seulement, et l' « oubli » des images que l'on disait incroyables et qui seront considérées comme perdues pendant près d'un demi-siècle.

F.D. : Justement, qu'ont-elles d'incroyable, ces images ?

S.B. : C'est toujours difficile de décrire des images qui, par définition, sont faites pour être vues. Pour faire court, elles sont simplement à couper le souffle, plus belles encore que ce qu'en rapportait la légende.

F.D. : Quelle histoire Clouzot voulait-il nous raconter ?

S.B. : L'enfer, c'est l'histoire de Marcel, un homme d'une quarantaine d'années, incarné par Serge Reggiani, marié à Odette (Romy Schneider à l'apogée de sa beauté), qui va se persuader que sa femme le trompe. Jusqu'à ne plus faire la différence entre ses visions et la réalité... exactement comme le spectateur qui, à son tour, est saisi par le doute. Les images projetées reflètent-elles la vérité de la vie d'Odette ou l'imagination de Marcel ? Clouzot voulait filmer la jalousie obsessionnelle en caméra subjective : c'était tout l'objet de son projet.

F.D. : Ceux qui ont eu la chance de voir le film racontent que Romy Schneider n'a jamais été aussi belle qu'à ce moment-là...

S.B. : Et ils ont raison. À l'époque, Romy a 26 ans et cherche à se défaire de l'image de Sissi. Pour Clouzot, elle accepte d'incarner cette femme d'une sensualité et d'un érotisme troublants. S'il était sorti, ce film aurait sans aucun doute fait basculer sa carrière... On y découvre une Romy parfois dénudée, lascive ou provocante... mais toujours sublimée par le regard du cinéaste.

F.D. : Vous-même, comment avez-vous eu l'idée de partir à la recherche de ce film perdu ?

S.B. : Frédéric Mitterrand en avait exhumé une bobine en 1992, à l'occasion du dixième anniversaire de la disparition de Romy. On la voyait éclairée d'étranges lumières mouvantes, ou fumant une cigarette, le visage recouvert de paillettes... Plus tard, lors d'une conversation avec Patrick Brion, le « Monsieur cinéma » de France 3 [Cinéma de minuit, ndlr], j'ai été convaincu de l'intérêt de partir à la recherche des bobines manquantes.

F.D. : Quelle fut votre première impression lorsque vous avez regardé ces images, que personne n'avait jamais vues auparavant ?

S.B. : Vous avez raison de le dire. En effet, hormis la bobine retrouvée par Frédéric Mitterrand, je pense que personne, pas même Clouzot, n'avait vu ces images depuis 1964. Naturellement, je me suis dit qu'il fallait les montrer, les diffuser, et j'ai d'abord pensé à la télévision. Mais contre toute attente, elle n'a pas été intéressée. J'ai donc travaillé à un projet pour le cinéma.

F.D. : Un projet qui raconte quoi ?

S.B. : Ce projet est une enquête, qui tente une « recomposition » du film de Clouzot, à l'aide des images du film, d'interviews et de reconstitutions. Pour cela, nous avons retrouvé les techniciens et acteurs qui ont participé au tournage de 1964. Parmi eux, Costa-Gavras, assistant réalisation à la préparation, Catherine Allégret dont c'était le premier rôle, ou Bernard Stora, stagiaire réalisation. Nous avons aussi retrouvé d'autres éléments liés au film : story-boards, photographies, enregistrements sonores illustrant notamment la folie de Marcel. Cela nous a permis de découvrir l'histoire du film. Mais, avec ma coréalisatrice Ruxandra Medrea, nous voulions également faire revivre ce que Clouzot voulait raconter, et dans la mesure du possible, la faire vivre au spectateur. Pour cela, Jacques Gamblin et Bérénice Bejo ont pris le risque de jouer quelques scènes du scénario original pour faire le lien dans notre narration. Ils reprennent donc les rôles respectifs de Serge Reggiani et Romy Schneider afin que nous puissions suivre l'histoire dans sa totalité. Un pari risqué, mais un pari gagné !

Thierry Roussillon

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