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Rosy Varte : Elle jouait toute la gamme !

Publié le 23 janvier 2022

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Disparue il y a dix ans, cette actrice pétulante qui interpréta les grands auteurs du répertoire reste pour beaucoup l'inoubliable Maguy, qui irradiait en bourrasque d'énergie.

“Elle voit souvent rouge/ Avec elle, ça bouge/ Maguy soleil ou bien Maguy larmes/ On est sous le charme/ Quand son cœur s'enflamme/ Elle joue toute la gamme/ Oh Maguy, elle fait sa météo/ Chez elle, il y fait toujours beau… » Qui ne se souvient pas du célèbre générique de la série Maguy, interprété de 1985 à 1993 par Rosy Varte et qui a fait, pendant 333 épisodes, le bonheur de millions de téléspectateurs ? Tous les dimanches, les Français aimaient retrouver cette bourgeoise à l'énergie débordante et aux brushings vaporeux dans son pavillon cossu du « Vézinet ». Elle menait son monde à la baguette et, au pre-mier chef, son troisième mari, Georges, un directeur de magasin d'électroménager, incarné par Jean-Marc Thibault.

Un personnage qui lui va comme un gant de dentelle et souligne l'élasticité de son jeu.

Pour ce rôle haut en couleur, Rosy Varte avait remporté en 1987 le 7 d'Or de la meilleure comédienne, ainsi que le Prix européen de la meilleure sitcom. Et pourtant, bien avant de se faire une place de choix dans la culture populaire, l'actrice avait commencé sa carrière sur les planches avec Jean Vilar et à la Comédie-Française, où elle interpréta les auteurs du répertoire mais également quelques figures plus contemporaines, comme René de Obaldia, Jean-Claude Grumberg et André Roussin.

Née le 22 novembre 1923 (ou 1927, sa date de naissance reste sujette à caution faute de registres d'état civil à l'époque) à Constantinople (aujourd'hui Istanbul, en Turquie) mais d'origine arménienne, Nevarte (« rose », en arménien) Manouélian arrive bébé en France, à Marseille, avec ses parents restaurateurs. Dès 1946, elle entame sa carrière à Paris, au théâtre des Champs-Élysées, dans Maria d'André Obey, avec Bernard Blier, puis s'illustre dans une adaptation du roman Des souris et des hommes, écrit une décennie plus tôt par John Steinbeck.

Multipliant les rôles dans les petits théâtres parisiens, la comédienne fait sa première apparition sur grand écran à l'aube des années 1950 dans le drame d'Henri-Georges Clouzot, Manon, qui, en 1949, est auréolé d'un Lion d'or au festival de Venise et du prix Méliès. Le talent de la débutante est immédiatement reconnu. Boulimique, cette dernière carbure à plein pot : « À 20 ans on est infatigable. Je me levais à 8 heures pour me rendre au studio où je tournais jusqu'à 17 heures, je courais au théâtre pour répéter et je jouais jusqu'à minuit », confessa-t-elle ainsi plus tard.

En 1949, c'est le réalisateur anticonformiste et résistant Jean Devaivre qui lui confie un rôle dans Vendetta en Camargue. Puis, après avoir incarné Cosima dans Les Hussards, de Pierre-Aristide Bréal, au théâtre des Noctambules en 1953, la comédienne poursuit sa collaboration avec le metteur en scène Jacques Fabbri dans Le Fantôme, La Famille Arlequin, Jules, Misère et Noblesse… En 1955, elle enchaîne trois films : French Cancan, le feu d'artifice en technicolor de Jean Renoir, où elle incarne une pierreuse face à Jean Gabin et Françoise Arnoul qui tient le rôle de sa vie ; Les Assassins du dimanche, d'Alex Joffé ; et Gueule d'ange, de Marcel Blistène. L'année suivante, elle partage l'affiche de Pardonnez nos offenses, de Robert Hossein, avec Marina Vlady et Pierre Vaneck.

Elle entre ensuite dans la troupe du Théâtre national populaire (TNP) de Jean Vilar, excellant notamment en perfide manipulatrice dans Ubu roi, en 1958, avec Georges Wilson comme partenaire. Un rôle qu'elle reprend six ans plus tard pour la télévision. « Travailler avec Jean Vilar fut non seulement une école mais un grand bonheur », dira-t-elle. En 1960, elle rejoint le casting du Gigolo, de Jacques Deray, puis retrouve Alex Joffé pour Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville.

Après avoir joué de la voix dans Angélique, marquise des anges, Rosy Varte décroche le rôle principal de Salut Berthe !, de Guy Lefranc, en 1968. Trois ans plus tard, Pierre Tchernia la fait tourner dans Le Viager, avec Michel Serrault, où elle incarne une bourgeoise distinguée. « J'en avais assez de jouer les harpies, les mégères, les matrones », déclara-t-elle. La même année, la Comédie-Française la happe… mais elle s'échappe vite de la maison de Molière, au bout de trois ans, car, disait-elle : « Ce n'était pas “ma” maison. » Pourtant, le théâtre est sa première passion et reste son fil conducteur et salvateur. Après avoir fait les beaux jours télévisés du Théâtre de la jeunesse et d'Au théâtre ce soir, l'actrice fait des étincelles dans Le Petit Théâtre d'Antenne 2 à l'aube des années 1980.

Et c'est donc au seuil élancé de la soixantaine qu'elle passe à une célébrité phénoménale, faisant exploser tous les plafonds de l'audimat avec le succès et le rôle de Maguy. S'ébrouant comme un cheval sauvage, la comédienne flamboyante à la crinière de lionne y incarne l'épouse tumultueuse, râleuse et diablement drôle de Jean-Marc Thibault, homme d'affaires débonnaire dépassé par cette tornade décapante. Justesse des situations, vivacité des dialogues, efficacité des gags… la série pulvérise l'audience ! Un personnage qui lui va comme un gant de dentelle et souligne l'élasticité remarquable de son jeu.

Mais, marquée par ce double cathodique, Rosy Varte peine à trouver d'autres personnages et en nourrit parfois un peu d'amertume. C'est sur TF1, dans la comédie Hubert et le chien, en 2007, qu'elle joua son ultime rôle pour le petit écran, dix ans après sa dernière prestation au théâtre dans La Mamma, d'André Roussin. « Maguy soleil ou bien Maguy larmes/ On est sous le charme » scandait le générique de la sitcom. Le public l'est toujours resté.

La sitcom américaine Maude, dont Maguy est inspirée, a été diffusée entre 1972 et 1978. Si l'héroïne jouée par Beatrice Arthur y est plutôt un personnage brut de décoffrage, Rosy Varte insista pour que sa Maguy soit coquette. La série a été un succès dans d'autres pays, comme l'Italie ou la Grèce. Elle connut 14 versions différentes. Le 11 décembre 1994, pendant l'émission Stade 2, Rosy Varte annonça la fin de sa diffusion.

Dominique PARRAVANO

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