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Rufus : “Je dois mon nom à un chagrin d’amour”

Publié le 16 novembre 2014

Alors que Rufus s’apprête à se lancer dans une grande  tournée  avec la pièce “Mur”, l’acteur au physique de Pierrot lunaire se confie sur le petit garçon qu’il était et celui qu’il est devenu, libre, fantasque et bohème.

Après avoir rempli le Petit Théâtre de Paris pendant près d’un an, Rufus, au côté de Nicole Calfan, part sillonner les routes de France dans cette délicieuse comédie romantique d’Amanda Sthers, Mur. C’est lors de la 16e édition du Festival TV de la fiction de La Rochelle que nous l’avons rencontré et dégusté en sa compagnie des huîtres et du poulpe grillé. Un régal pour nos papilles !

Entre deux bouchées, le comédien qui fêtera ses 72 ans le 19 décembre, a profité de l’occasion pour nous donner de ses nouvelles, avec la simplicité et l’humour qui lui sont coutumiers.

Rufus grisFrance Dimanche (F.D.) : Parlez-nous de cette belle aventure théâtrale…

Rufus : C’est une pièce dans laquelle une femme pardonne l’impardonnable… Et c’est moi qui incarne l’impardonnable ! J’ai fait des choses qu’aucune femme ne pourrait supporter, et là où Nicole Calfan est vraiment incroyable, c’est qu’elle me pardonne et qu’on y croit. Il faut dire que cette œuvre a été écrite par une jeune femme brillante, Amanda Sthers, dans le cadre d’un concours dont le thème était la guerre et la paix. Comme elle est très fine, elle s’est dit : « Pour faire une paix qui ait de valeur, il faut que je fasse une guerre épouvantable. Et pour ça, il me faut un salopard innommable. » Un salopard joué par votre serviteur… Et c’est vrai que le gars est irrécupérable. Si j’en rencontre un comme ça, je pars en courant !

F.D. : Enfant, rêviez-vous déjà d’être comédien ?

Rufus : Juste après la guerre, en 1946, mes parents s’occupaient d’enfants orphelins, perdus, bien souvent délinquants, et avaient entrepris de faire de la rééducation par le théâtre. Ils avaient imaginé que ça ferait du bien à leurs petits protégés et que cela les aiderait à se réinsérer dans la société. Je demandais à mes parents : « Mais vous faites quoi avec ces enfants qui n’ont plus rien ? » Ils me répondaient : « On leur donne de l’attention. » Du haut de mes 4 ans, je voyais donc mon père déguisé en Zorro, j’adorais ça. À 14 ans, je suis devenu clown. Le clown devient quelqu’un à force de n’être personne, ça, c’est tout à fait moi. J’avais mon nez rouge et faisais le pitre dans les écoles. J’aurais aussi aimé être docteur ou curé. Finalement, vous voyez ce que je suis devenu ! [Rires.] Mais j’ai essayé les trois. Bon, je n’ai pas vraiment été curé, mais pilote de planeur, toujours attiré vers le ciel. On dit souvent « tomber amoureux », mais moi je suis très tôt « tombé poète ». Disons que je privilégiais ce qui était imaginaire, je rêvais beaucoup. Quand j’ai demandé à mon père ce que je pourrais bien faire dans la vie, il m’a juste dit : « Sois payé pour faire ce que tu aimes. – Oui, mais comment je peux savoir ce que j’aime ? – Eh bien, prends un cahier neuf et note dedans tous tes souvenirs heureux. » Voilà d’où est née cette volonté de toujours vivre au gré de ma fantaisie !

Rufus roseF.D. : Êtes-vous un homme difficile à apprivoiser ?

Rufus : Bien sûr. À mes débuts, beaucoup de réalisateurs ou metteurs en scène hésitaient à miser sur moi, à m’engager, car je n’étais pas contrôlable. D’un seul coup, je pouvais dire : « Je ne le fais plus ! » Je suis moins comme ça en vieillissant, mais je conserve tout de même ce côté électron libre.

F.D. : Votre vrai nom est Jacques Narcy… D’où vient votre pseudonyme ?

Rufus : Oh, c’est une longue histoire ! Dans les aventures du Petit Nicolas, de Goscinny, il y a un personnage qui s’appelle Rufus, et qui est la honte de toute la classe, les autres gamins n’arrêtent pas de se moquer de lui. Les autres se prénomment Eudes, Clotaire, Agnan, Maxence… et il y a Rufus. Tous sont morts de rire en se faisant passer des petits mots sous la table sur lesquels est écrit « Rufus est bête » ! Eh bien, sachez que j’ai longtemps été ce petit garçon. Il me ressemblait tellement ! Mais si j’ai pris ce pseudonyme, c’est surtout parce qu’à 19 ans, à la suite d’une histoire d’amour très marquante pour moi, j’ai éprouvé le besoin de changer de nom, changer de vie. J’aimais une femme passionnément et, à cause d’elle, j’ai dû arrêter mes études de médecine alors que j’étais en 3e année. Depuis ce jour, sauf pour la police qui me reconnaît toujours [rires], je suis devenu Rufus.

Caroline Berger

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