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Sabine Paturel : “Je suis folle de rage !”

Publié le 11 mars 2020

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© BESTIMAGE Sabine Paturel

Sabine Paturel, 54 ans, vient de sortir “Putain de monde”, son premier single depuis 2014, et nous confie le sentiment de révolte qui l’a inspirée…

On l’a connue jeune fille, à nous raconter toutes ses bêtises et à monopoliser le classement des meilleures ventes de disques. Ces dernières années, elle s’est faite plutôt discrète, alternant « Les Années 80 – la tournée » et le théâtre. Elle nous revient en pleine forme, plus volontaire, déterminée et engagée que jamais. L’artiste n’a rien perdu de sa verve ni de sa pêche.

France Dimanche : Pourquoi ce titre provocateur de Putain de monde pour votre nouveau single ?
Sabine Paturel : J’étais vraiment énervée quand j’ai écrit le texte. Contre l’indifférence des uns et des autres envers la misère, la planète en danger et la culture qui fout le camp. Mais dans quel monde vit-on ? On est tellement obsédé par la technologie que si on donne un livre à des mômes, ils cherchent la prise pour le brancher. Et les gens passent leur temps sur leur portable, quelle que soit leur génération, au mépris des autres. La téléréalité aussi me rend dingue. Du coup, je me suis totalement lâchée avec cette chanson, et la musique, composée par Hugo Dessauge, rythme parfaitement mon exaspération.

FD : Vous mettez-vous souvent en colère ?
SP : Je suis comme les loups, j’évite les conflits, je préfère la fuite. Mais là, je ne sais pas, je n’en pouvais plus. En fait, je suis folle de rage. On est dans une époque où règne le politiquement correct, où on ne peut plus dire ce que l’on pense sans être noyé sous les critiques. Coluche et Desproges seraient déjà pendus depuis longtemps. Heureusement, il reste la comique Blanche Gardin, qui est extraordinaire. Et moi, j’ai décidé de ne pas mâcher mes mots. Je suis révoltée et j’ai envie de changer les choses. Comme beaucoup de Français aujourd’hui. Finalement, je suis dans le ton.

FD : Préparez-vous un album ?
SP : Si Putain de monde fonctionne bien, oui. En fait, il est quasiment prêt, l’écriture est terminée.

FD : Votre chanson sur les violences faites aux femmes en fera-t-elle partie ?
SP : Oui. Je voudrais que les droits soient reversés à la Fondation des femmes. Je suis très engagée dans ce combat, j’ai participé aux manifestations pour dénoncer cette situation intolérable. Je ne comprends pas par exemple qu’un type violent n’ait pas systématiquement une peine de prison ferme. Pourquoi lui accorder du sursis ? La sanction doit être plus efficace et l’accueil dans les commissariats, beaucoup plus bienveillant envers celles qui portent plainte. Ma chanson est centrée sur les femmes battues, je trouve qu’on accorde trop de place à l’homme, on s’interroge sur sa psychologie, ses raisons. Non, c’est à la victime qu’il faut d’abord s’intéresser.

FD : Quelles sont vos sources d’inspiration ?
SP : Je marche au feeling. J’ai soudain envie de parler d’un événement, d’un sentiment. Mais je ne peux écrire que ce que je vis. J’ai commencé la musique à 14 ans, dès que j’ai eu une guitare. J’ai appris à en jouer toute seule, et à partir de ce moment-là, j’ai arrêté de m’ennuyer.  

FD : Quelle chanson auriez-vous aimé écrire ?
SP : Mistral gagnant, de Renaud. C’est un bijou de composition, une merveille. Et c’est d’ailleurs la chanson préférée des Français. Et dire qu’il ne voulait même pas l’enregistrer…

FD : Vos rapports avec le monde de la chanson ont été compliqués…
SP : J’ai très vite interrompu ma carrière à cause d’un producteur odieux. J’ai claqué la porte, je ne voulais plus chanter. J’ai pris des cours de théâtre, je suis devenue comédienne et, dès mes débuts, j’ai été nommée en 1988 aux Molières avec la pièce La Menteuse. Mais la musique m’a rattrapée en 2010 avec un spectacle, J’ai deux mots à vous dire, où je devais interpréter dix chansons. J’ai replongé en 2014 avec un album, Atmosphères, tiré de la pièce. J’ai trouvé un nouveau producteur, merveilleux celui-là, Ever Estudio, et actuellement je suis en tournée avec « Les Années 80 ».

FD : Avez-vous renoncé au théâtre ?
SP : Absolument pas. Mais en ce moment, je m’éclate dans la musique et je n’ai pas de temps pour autre chose. Mais si je reçois une proposition qui me plaît, je serai partante.

FD : Vous chantez toujours Les Bêtises. N’en avez-vous pas assez ? 
SP : Les Bêtises, c’est un point de repère pour le public. À l’époque, c’est moi qui avais décidé de l’interpréter sur le mode de la dérision. C’est aussi ma création. Et je ne l’ai finalement pas usée, puisque j’ai très vite quitté la variété. En revanche, j’en ai marre de P’tit bouchon.

FD : Avec « Les Années 80 – la tournée », ne restez-vous pas bloquée dans le passé ?
SP : Non, parce que je chante aussi des titres plus récents, comme La Grenade, de Clara Luciani. Et puis, il y a ce contact incroyable avec le public. Je me souviens du dernier concert à Paris, où j’ai vu à mon entrée en scène 6 000 personnes se lever, hurler de joie. C’était une vraie bouffée de bonheur. J’en avais les larmes aux yeux.

FD : Quel est votre souvenir de scène le plus marquant ?
SP : C’était au Grand Trianon. J’ai été obligée d’interpréter à l’improviste l’air de Rosine du Barbier de Séville de Rossini. La metteuse en scène l’avait inscrit au programme sans me prévenir. Même si j’ai une formation de chant classique, j’ai dû faire quelques ajustements. N’empêche, ce fut un défi extraordinaire.

FD : Que vous apportent vos deux passions, la musique et le théâtre ?
SP : Quand on est comédien, on se retrouve dans une situation qui n’est pas la sienne, mais en se servant de ses propres sentiments. C’est une forme de thérapie. On « est » le personnage. Dans La Mégère apprivoisée, c’est ma propre colère que j’ai exprimée. Avec la chanson, on s’adresse directement au public, pas à des partenaires, et c’est ce que j’adore.

FD : Quel était votre souhait pour l’année 2020 ?
SP : Que Putain de monde soit un succès, qu’il passe souvent à la radio. C’est vraiment un titre qui me tient à cœur. Et que le combat contre les violences conjugales progresse.

Béatrix GREGOIRE

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