France Dimanche > Actualités > Salvatore Adamo : Une terrible épreuve !

Actualités

Salvatore Adamo : Une terrible épreuve !

Publié le 25 novembre 2019

.photos:bestimage
© BESTIMAGE Salvatore Adamo

Salvatore Adamo, déjà très éprouvé par son opération à la gorge en juin dernier, a pris tous les risques en se rendant au Chili, un pays à feu et à sang depuis le 14 octobre.

Voilà plus d’un demi-siècle que ce « tendre jardinier de l’amour », comme le surnommait son compatriote Jacques Brel, nous enchante… Une carrière hors norme qui a bien failli s’arrêter net il y a quelque temps au grand désespoir de ce globe-trotter de la chanson ! Il y a plusieurs mois déjà que Salvatore Adamo se plaignait de problèmes aux cordes vocales, sans pour autant se résoudre à consulter.

L’insistance de ses proches l’a toutefois décidé, en juin dernier, à passer sur le billard, pour y subir une intervention des plus délicates. En effet, il risquait non seulement de perdre à jamais ce timbre chaud et suave qui est sa marque de fabrique, mais aussi sa voix ! D’ailleurs, pendant les trois mois qu’a duré sa convalescence, il a été condamné au silence.

Une épreuve, comme il le confiait à Paris Match Belgique : « Je devais écrire sur une ardoise pour m’exprimer. Pendant ma convalescence, je n’ai pratiquement pas téléphoné. Je n’ai rédigé que des e-mails et des SMS. Ça m’a beaucoup perturbé. »

Contraint d’annuler sept concerts, l’interprète de Tombe la neige a mis les bouchées doubles sitôt sa puissance vocale recouvrée. Après avoir passé tout l’été cloîtré chez lui, il s’est concocté un programme d’enfer : une tournée planétaire !

Première étape de ce tour du monde, le Chili, patrie cher au cœur de l’artiste qui s’y est souvent produit. Un pays qui, depuis près de trois semaines, est à feu et à sang ! Le 14 octobre dernier en effet, le gouvernement de Sebastián Piñera, le très conservateur président de la république chilienne annonçait la hausse du prix du ticket de métro. Une mesure insupportable pour une grande majorité de la population, en proie à l’indigence. Des milliers de personnes sont descendues clamer leur colère dans les rues, manifestations sévèrement réprimées par l’armée mandatée par le gouvernement pour ramener l’ordre.


Loin de s’apaiser, le climat n’a depuis cessé de se détériorer, même si depuis, Sebastián Piñera a déclaré renoncer à cette mesure. Émeutes, saccages, pillages, incendies, violences, secouent les grandes villes. Des troubles sociaux qui, à ce jour, ont provoqué la mort de vingt personnes selon les chiffres officiels, d’une cinquantaine selon d’autres sources.

Depuis Uccle, près de Bruxelles, où il vit, Salvatore Adamo a bien sûr suivi de très près les événements. Allait-il renoncer à sa tournée prévue du 28 octobre au 2 novembre dernier dans un pays que son propre président qualifie d’« en guerre » ? Ses proches l’espéraient et ont même tout fait pour le dissuader de partir… En vain !

« J’écris souvent pour ma conscience », a coutume de dire Adamo. Est-ce cette même conscience qui l’a poussé à prendre des risques démesurés pour honorer ces cinq dates ? Il y a sans doute un peu de ça, comme il l’a expliqué dans une interview accordée à une radio locale. « Je suis venu au Chili en sachant ce qu’il s’y passait. Je l’ai fait par empathie et par solidarité avec les Chiliens. Je me serais trouvé bien lâche si j’avais renoncé à venir ici pour cette raison-là ! »

Mais il existe une autre raison, encore plus profonde, qui a poussé l’artiste à faire ce voyage de tous les dangers. En apportant, avec ses chansons, un peu de baume au cœur de ce peuple malheureux, c’est aussi à son père, Antonio, qu’il a voulu rendre hommage. En 1947, ce dernier, originaire de Comiso, en Sicile, quittait l’Italie, dévastée par la guerre, pour la Belgique, et plus exactement les mines de Wallonie. La condition très dure des mineurs de fond, la pauvreté, les injustices, tout cela, Salvatore ne l’a pas lu dans un journal, mais l’a vécu dans sa chair. C’est précisément ce que lui rappelle aujourd’hui la révolte qui secoue le Chili.

« En tant que fils d’un travailleur qui descendait dans les mines de charbon, je comprends parfaitement ce qui se passe ici. Mon propre père, à l’époque, était, avec ses collègues, allé réclamer pour améliorer ses conditions de travail », a-t-il aussi déclaré.

C’est au théâtre Caupolicán de Santiago que l’artiste envisageait de débuter sa tournée en ce dimanche 27 octobre. Cependant, plus encore que toutes les autres villes, la capitale chilienne est une véritable poudrière. C’est pourquoi, sur ordre de l’armée, le récital d’Adamo, programmé à 20 heures, a été avancé à 16 heures et s’est déroulé sous la plus stricte des surveillances.

Hormis les bravos et les vivats qui ont fusé du public en délire, c’est heureusement dans le plus grand calme que le chanteur a effectué sa prestation.

Le vendredi 1er novembre, c’est entre Valparaíso, où il s’était produit la veille, et San Francisco de Mostazal où, le lendemain, il a clôturé sa tournée, que Salvatore a soufflé ses soixante-seize bougies. Loin des siens, mais auprès de sa famille de cœur, ce public chilien pour lequel il a pris tous les risques…

Joyeux anniversaire, l’artiste !

Lili CHABLIS

À découvrir