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Samy Naceri : “On ne touche pas aux religions !”

Publié le 29 janvier 2015

Le comédien joue au théâtre “L’Indien cherche le Bronx”, une pièce sur le rejet de l’autre et le racisme�. L’occasion de demander à Samy Naceri comment il a vécu les tragiques événements des trois dernières semaines.

L’as du volant des films Taxi est de retour sur les planches. Dans L’Indien cherche le Bronx, d’Israël Horovitz, Samy Naceri reprend au théâtre du Gymnase, à Paris, le rôle de Murphy, incarné par Al Pacino à Broadway en 1968. Nous avons rencontré l’acteur, qui nous a raconté ce que lui inspire le terrible attentat contre Charlie Hebdo.

Naceri afficheFrance Dimanche (F.D.) : La pièce dans laquelle vous jouez est tirée d’un fait divers…

Samy Naceri (S.N.) : L’auteur a vécu cette histoire quand il étudiait le cinéma à Londres. Un soir, Horovitz a assisté à un affrontement entre des Teddy Boys et des Indiens qui, à l’époque, immigraient en masse en Angleterre. Marqué par cette affaire, il a écrit cette pièce en 1968. Elle a été jouée avec, dans les principaux rôles, Al Pacino et son ami d’enfance, John Cazale.

F.D. : Qui sont ces deux garçons qui s’en prennent à un inconnu en attendant le bus ?

S.N. : Les deux personnages ont grandi et vieilli avec des traumatismes. La pièce parle de la peur de l’étranger, du rejet de l’autre, du racisme… Le suspense et la violence montent crescendo. Mais il n’y a pas d’apologie de la violence.

F.D. : Les attentats de début janvier rendent cette pièce encore plus d’actualité ?

S.N. : Ce qui s’est passé ces dernières semaines illustre la méconnaissance de l’autre. Cela fait deux ans que nous attendons de monter cette pièce, et nous avons eu peur qu’elle soit arrêtée à cause des événements.

F.D. : Avez-vous parlé de tout cela avec Julian, votre fils de 20 ans ?

S.N. : Je n’ai pas besoin d’en discuter avec lui. Il m’a dit : « C’est trop ! »

F.D. : Et vous, quel est votre avis ?

S.N. : La BBC a montré des vidéos qui sont plus ou moins contradictoires avec tout ce que l’on nous raconte sur cette affaire depuis des semaines : des rétroviseurs gris et pas noirs, une dame qui parle des yeux bleus de l’un des terroristes… C’est malheureux pour les dessinateurs et pour leurs proches. C’est à la justice de nous donner le fin mot de cette histoire. Je laisse cela aux spécialistes. Je ne suis qu’acteur : j’attends, et j’aimerais connaître la vérité ! Je trouve simplement que la liberté d’expression s’arrête là où elle dérange l’autre. Je ne fais pas l’apologie de ceci ou cela, mais je trouve très pénible que douze personnes soient mortes pour des dessins.

F.D. : Les survivants de Charlie Hebdo ont réagi en publiant un nouveau numéro…

S.N. : Mais c’est encore pire ! Vous avez vu les manifestations partout dans le monde ? On va en arriver où ? On va voir débarquer les Tchétchènes chez nous ?

F.D. : Si les jeunes de l’association de la prévention de la délinquance Zonzon 93, dont vous êtes le parrain, vous demandaient conseil, que leur diriez-vous ?

S.N. : De rester avec nous, de ne pas se laisser embrigader par un mouvement ou une mosquée dans laquelle prêche un imam radical. Moi, je vous parle des gens pieux de toutes les religions, qui ont la foi et prient par amour de Dieu. Pourquoi représenter Jésus-Christ ou Moïse dans des positions dégradantes et sales ? Je dis qu’on n’a pas le droit d’attaquer la religion. C’est blasphématoire ! D’accord, il y a la liberté d’expression en France, et tout le monde peut dire ce qu’il veut. Mais, quand des vieux ou des enfants musulmans vont prier le vendredi et passent devant ces affiches, que se passe-t-il dans leurs têtes ?

F.D. : Toutes les religions ont été tournées en ridicule dans l’hebdomadaire satyrique. Et un dessin peut être expliqué aux enfants par les parents ou à l’école…

S.N. : Non, ces dessins ne doivent pas exister. C’est blasphématoire ! Je vous le répète, on ne touche pas aux religions.

F.D. : N’avez-vous pas de message à faire passer aux jeunes ?

S.N. : Non. De toutes façons, ils s’en moquent. Demain, il y en aura dix qui seront récupérés par al-Qaïda.

F.D. : On ne devrait pas se faire tuer pour des dessins. Leur but n’est-il pas de faire rire ?

S.N. : Et après, on se retrouve avec dix-sept cadavres ? Le dernier numéro de Charlie Hebdo a été publié à 7 millions d’exemplaires. Il ne s’en est jamais autant vendu. Prenons conscience qu’on a fait tuer dix-sept innocents. Tout ça au nom de la liberté d’expression ? C’est abusé ! Laissez la religion tranquille, il y a assez de guerres dans le monde. Ma mère est catholique, mon père n’est même pas musulman, et moi j’ai la foi. J’ai grandi dans le plus vieux quartier juif parisien, à Saint-Paul et, à une époque, j’allais défendre les synagogues contre les attaques de skins. C’étaient les vieux Juifs qui nous payaient des cours de karaté pour les défendre la nuit. Ça, je ne l’avais jamais dit à personne.

F.D. : Vous qui avez fréquenté les prisons, avez-vous été témoin d’embrigadement par les djihadistes ?

S.N. : Je n’ai jamais rien vu. Durant mes dernières incarcérations, je n’étais pas avec les autres. J’étais dans le quartier VIP avec Michel Neyret, Carlos, et Manuel Noriega. Ceux qui se laissent enrôler dans des mouvements fondamentalistes sont des jeunes isolés et perdus, qui se font récupérer par des groupuscules. J’aimerais dire que je ne cautionne pas ces assassinats, je dis juste qu’on a tué dix-sept personnes à cause de quatre dessins qui n’auraient jamais dû exister. Et, pourtant, on remet le couvert quelques jours après ! C’est choquant, il faut arrêter, sinon un grand malheur arrivera.

Anita Buttez

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