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Sauvons le musée Louis de Funès !

Publié le 6 août 2016

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Le musée Louis de Funès, situé dans le château de Clermont, où l'immense comique a fini sa vie, est menacé de fermeture. Une décision d'autant plus absurde, qu'on y découvre la face intime et inattendue de ce grand acteur.

« Il était simple, discret, et venait à la messe tous les dimanches. » « Il était généreux. Quand il employait des artisans du coin pour ses travaux au château, il offrait souvent un meuble aux ouvriers. » Les habitants du Cellier sont unanimes, pour vanter les mérites de Louis de Funès de Galarza, comique français inégalé, issu de la grande noblesse espagnole. C’est dans ce village, à 22 km à l’est de Nantes, que le comédien aimait venir se reposer les week-ends, ou entre deux tournages.

Sa dernière demeure, qu'il souhaitait comme les tombes des cimetières militaires : une croix blanche parmi d'autres, simplement.  Il voulait une tombe simple
Sa dernière demeure au Cellier, qu'il souhaitait comme les tombes des cimetières militaires : une croix blanche parmi d'autres, simplement.

Grâce à ses cachets, notamment celui de « La grande vadrouille », il a pu acheter aux enchères, en janvier 1967, cette magnifique propriété aux briques roses, style Louis XIII, construite en 1642, entourée d’un parc de 50 hectares, et classée aux Monuments Historiques. Elle devient sa résidence principale dès son premier infarctus, en 1975, jusqu’à sa mort, le 27 janvier 1983. Appartenant à la famille de son épouse Jeanne-Augustine Barthélemy de Maupassant, qui, enfant, y passait ses vacances, l’illustre acteur souhaitait offrir cette demeure, à sa femme, nièce de la Comtesse et du Comte Nau de Maupassant. Depuis 1983, Louis repose au cimetière du Cellier, et à 101 ans, Jeanne l’a rejoint en 2015.

Roselyne Duringer, directrice et fondatrice du musée Louis de Funès.
Roselyne Duringer, directrice et fondatrice du musée

Le musée Louis de Funès créé en juillet 2013, dans un ancien cabinet dentaire du village, puis inauguré dans les anciennes orangerie et bergerie du château de Clermont en avril 2014, par Roselyne et Charles Duringer, est menacé de fermer définitivement ses portes le 30 octobre. Roselyne, la directrice, nous a guidé au cœur des souvenirs de l’acteur préféré des Français (Sondage BVA 2015) : « Nous avons démarré de rien, nous a-t-elle annoncé. L’idée vient de Charles à la suite d’une rencontre avec Pierre Brohan dit Pierrot, dont la mère, une amie de Louis, tenait l’auberge Beau Rivage en bas du domaine, où Louis avait ses habitudes. Mon époux a commencé par enregistrer les témoignages des gens du village, et aujourd’hui ce film est projeté, avec des séquences de la vie de famille de Louis, dans la dernière salle. Depuis son ouverture, nous avons reçu 58 000 visiteurs. Ce musée, c’est toute ma vie. »

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La grande vadrouille, film de Gérard Oury, avec Bourvil et Louis de Funès
La grande vadrouille, film de Gérard Oury, avec Bourvil et Louis de Funès

Cette année, l'excellent long-métrage « La grande vadrouille », au record de 17 millions de spectateurs, revient dans les salles obscures avec une version restaurée, après 50 ans, et le film « L’aile ou la cuisse » avec Coluche, fête ses 40 ans ! Comment le musée, consacré à l’acteur ayant attiré près de 131 millions de spectateurs cumulés, pourrait-il mourir ?

« Nous sommes locataires, et notre bail de trois ans non-renouvelable, s’arrête en avril 2017, a ajouté Roselyne. En 1986, trois ans après le décès de Louis, Jeanne a vendu le château, et depuis, les acquéreurs se sont succédés. En 2005, une SCI a racheté et transformé le château en copropriété de quarante appartements, avec la maison du jardinier, la roseraie et le potager. Le dernier propriétaire, la SARL Bravehart, a décidé de vendre. Pour pérenniser le musée, nous devons acheter les lieux. L’expertise a évalué le lot du bâtiment de l’orangerie et du parc, à 930 000 €. Nous devons rassembler un tiers de la somme, soit 300 000 €, pour que le banquier nous reçoive. C’est pourquoi nous avons créé le Fond Louis de Funès, pour recueillir des dons, qui compte 20 000 € environ. L’acquisition nous permettra d’agrandir le musée, qui arrive à saturation, et surtout, la reconstitution de la roseraie, réclamée par de nombreux visiteurs. Ainsi que la petite ferme, et le rucher, car Louis était aussi apiculteur. Fin mai, nous avons lancé une pétition qui a recueilli 19 027 signatures, au 25 juillet. Nous avons beaucoup d’espoir car, le département et la région doivent nous recevoir avant fin septembre. »

Le musée se visite comme l'appartement d'un ami.

Lettre de Louis de Funès, qu'il écrit a sa mère à l'âge de 16 ans.
Lettre de Louis de Funès

Voici la perruque du chef d'orchestre dans le célèbre film
Voici la perruque du personnage de Stanilas Lefort, chef d'orchestre, dans le célèbre film "La grande vadrouille"

Le musée se visite comme l’appartement d’un ami. Pour découvrir la face cachée de cet homme mort à 68 ans, il est conseillé d’ouvrir les tiroirs, les portes et les tablettes des meubles qui révèlent de véritables trésors. Après la boutique et le coin salon, à droite en entrant dans la première pièce, on remarque l’un des pianos de cet artiste complet ; musicien, plasticien, et bien sûr comédien. Ainsi que l’émouvante lettre adressée à sa maman, en mars 1930, alors qu’il n’a que 16 ans. Dans les deux pièces suivantes, les visiteurs retrouvent les affiches de ses films, ses effets personnels comme des photos privées, les premiers dessins du peintre amateur, et juste avant la salle de projection, la perruque de Stanislas Lefort, qu’il portait dans « La grande vadrouille », et la baguette de chef d’orchestre qu’il brise rageusement.

"Je prends, en voyant l’homme dégrader la nature et les eaux particulièrement, de sacro-saintes colères qui n’ont rien de cinématographique, croyez-moi !"

Légion d'Honneur
Sa croix de Chevalier de l'ordre national de la Légion d'Honneur

Louis de Funès était aussi passionné de pêche
Louis de Funès était aussi passionné de pêche

Les deux lettres qu’il adresse en 1980 et en 1981, à l’écrivain René Fallet, auteur de « La soupe aux choux » sont touchantes. « C’est son fils Olivier qui lui avait suggéré de lire ce roman, » m’apprends Alice, une des guides du musée. On s’aperçoit avec tristesse qu’il n’a pas été suffisamment récompensé pour son talent ; chevalier de l’ordre national de la Légion d’honneur en 1973, et l’unique César pour l’ensemble de sa carrière en 1980. Sa carte de membre Bienfaiteur de la société française des roses de 1973, ou celle de membre actif « La truite Beaunoise » n°9585, révèlent qu’il était aussi un amoureux de la nature. Pour ses roses, sa vigne sous serre, et son potager, il n’employait que des algues marines et de la poudre d’os pour ses engrais. Et pour lutter contre les pucerons sur ses rosiers, il avait recours aux coccinelles ! En accordant une interview au magazine Rustica, en 1969, ce mordu de pêche avait déclaré : « J’assiste, impuissant, à la détérioration irrémédiable de magnifiques rivières. Je prends, en voyant l’homme dégrader la nature et les eaux particulièrement, de sacro-saintes colères qui n’ont rien de cinématographique, croyez-moi ! (...)  Cette inquiétante situation, tant en eaux douces qu'en mer, finira par créer de graves déséquilibres : on ne joue pas impunément à l'apprenti sorcier avec l'univers. »

La chapelle du Château où Louis de Funès et son épouse se recueillaient régulièrement
La chapelle du Château où Louis de Funès et son épouse se recueillaient régulièrement

L'ancienne roseraie et la serre, aujourd'hui à l'abandon.
L'ancienne roseraie et la serre, aujourd'hui à l'abandon.

Puis, la « gardienne du trésor » nous a ensuite entraîné à la Chapelle du château, où Jeanne et Louis aimaient se recueillir. Un lieu de prières émouvant, où repose le coeur de l'oncle de Jeanne. Nous avons aperçu son ancienne roseraie et sa serre, en friches, ce qui nous a provoqué un pincement au cœur. En France, l’immense popularité de notre « Fufu » national, n’a pas été suffisamment célébrée. Pourtant, il avait de nombreux admirateurs parmi les intellectuels, on le constate grâce aux correspondances exposées de Jean Anouilh, Sacha Guitri, et bien d’autres. En retournant sur les terres de cet artiste, nous avons découvert la véritable personnalité, de cet homme de 1,63 mètres, réservé mais aussi engagé et passionné par la nature. Pour honorer sa mémoire, sauvons le musée Louis de Funès !

Reportage : Anita Buttez

Photos : Jérôme Mars


APPEL AUX DONS

Charles et Roselyne Duringer sont respectivement le président bénévole de l'association et la directrice de ce musée associatif. Les fils de l'acteur, Olivier et Patrick de Funès sont vice-président et administrateur de l'association qui gère le musée.

Les dons pour soutenir et aider le musée, sont reçus par un fonds de dotation. Vous trouverez les informations nécessaires sur le site museedelouis.org, en cliquant sur Pour faire un don.

Les noms des donateurs seront mentionnés dans le musée et sur la page Nos soutiens, et des contreparties seront proposées suivant l'importance du don (invitation, inscriptions...). Les sommes versées au fonds Louis de Funès sont déductibles de l'impôt, pour les particuliers, à hauteur de 66%.

N'hésitez pas aussi à cliquer sur Pour signer la pétition.

Fonds Louis de Funès, musée de Louis, château de Clermont 44850 Le Cellier - Tel. 02 51 85 36 26 - info@museedelouis.org

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