France Dimanche > Actualités > Sébastien Cauet : “J’ai failli y passer”

Actualités

Sébastien Cauet : “J’ai failli y passer”

Publié le 24 mars 2019

À 46 ans, l’animateur a choisi de se raconter dans une autobiographie aussi drôle qu’émouvante.

Que ce soit sur la scène de la Comédie de Paris dans son nouveau one-man-show, 100 % libre, ou dans son autobiographie parue chez Robert Laffont, T’es habillé comme tout le monde, mais tu ressembles à personne ! l’animateur de 46 ans se livre comme jamais, avec finesse, optimisme et surtout humour, bien sûr. Sur NRJ du lundi au vendredi, de 17 h à 20 h, le trublion des ondes continue d’exercer la passion qui l’anime depuis l’enfance, sans oublier sa chaîne YouTube qui rassemble plus de 3 millions d’abonnés ! Bref, comme il le confie dans son livre, il est allé bien au-delà de son rêve.

France Dimanche : Qu’est-ce qui vous a poussé à raconter votre vie par écrit ?
Cauet : J’ai souhaité quelque chose de complet et, avant tout, de sincère. Même si regarder dans le rétroviseur n’est pas évident, surtout pour quelqu’un comme moi qui trouve l’avenir bien plus intéressant. Mais j’en avais très envie, pour rendre hommage à mes parents, pour mes enfants, si un jour ils souhaitent en savoir plus sur leur père, et aussi pour tous ceux qui m’aiment bien. Surtout, j’ai voulu que ce livre soit très optimiste, pour prouver à tout un tas de gamins, qui n’ont plus de parents ou qui bossent dans une petite radio de province, qu’on peut y arriver. Avec de la passion et du boulot, on peut se rapprocher au plus près de ses rêves.

FD : Ce travail a-t-il été douloureux ou réjouissant ?
C : C’était très plaisant ! Sans compter que ça m’a fait beaucoup de bien. Fouiller dans mes souvenirs, y compris les plus douloureux, m’a permis d’apprécier davantage ce que je vis aujourd’hui. Ce livre, on l’a écrit à deux avec Yves Quitté, que je remercie infiniment, car il a su le rendre vivant tout en faisant en sorte qu’il me ressemble.

FD : Pourquoi ce titre : T’es habillé comme tout le monde, mais tu ressembles à personne !
C : Au départ, Robert Laffont tenait à « Tu ne peux pas faire ça ! », phrase que j’ai entendue toute ma vie. À chaque fois que j’ai voulu me lancer dans un truc, il y avait toujours quelqu’un pour me dire : « T’es dingue, tu ne peux pas faire ça ! » Mais finalement, je trouvais que cette phrase que me répétait souvent mon père, « T’es habillé comme tout le monde, mais tu ne ressembles à personne ! », était mignonne comme tout, avec un côté Audiard qui m’amusait bien. C’est un petit clin d’œil en forme d’hommage à mon papa.

FD : Votre enfance a été heureuse mais solitaire ?
C : Oui, enfant unique, j’étais en effet assez seul, mais pas malheureux. Je jouais pendant des heures dans ma chambre avec mes petites voitures, mon train électrique et mes Playmobil. Je me suffisais à moi-même. Étant plutôt bon élève, sauf en sport, mes parents étaient contents, ma mère me voyant devenir ingénieur des eaux et forêts, un comble pour un mec maniaque de la propreté depuis ses 8 ans et ne supportant pas de salir ses chaussures ! Bref, nous menions une petite vie tranquille à Marle, en Picardie.

FD : Et la mort de votre mère, emportée par un cancer du sein alors que vous aviez à peine 9 ans, a mis un terme à cette existence paisible…
C : Pour le petit garçon que j’étais, ce fut un véritable séisme de voir, impuissant, ma maman dépérir. Perdu et ne sachant que faire pour rester à ses côtés jusqu’au dernier instant, mon père nous faisait dormir sur un matelas par terre, au pied de son lit. Jusqu’au jour où ma tante m’a annoncé froidement : « Ta mère est morte ! » Le souvenir de sa joue gelée que j’embrassais tous les matins avant d’aller à l’école m’a marqué pour toujours. Tout comme de voir mon père brûler les affaires de ma mère au fond du jardin. Il m’est encore difficile d’en parler trente-cinq ans après. Bref, une claque monumentale pour le gamin que j’étais alors, mais qui bizarrement m’a fait prendre conscience qu’il fallait dédramatiser, même le pire, grâce à l’humour.

FD : Par la suite, c’est seul que vous avez dû faire face à la dépression de votre papa ?
C : Oui, même si à l’époque on ne parlait pas de dépression, du coup j’évoque une mystérieuse maladie. Mon père allait de plus en plus mal. Et un jour où j’étais chez des copains, ma tante m’a appelé pour me dire que, me croyant mort et enterré dans la fosse septique, il était en train de retourner le jardin de notre maison. Papa avait 59 ans, et j’ai dû le faire interner. D’abord près de chez nous, en Picardie, puis à l’hôpital Sainte-Anne, quand je me suis installé à Paris. Placer mon père chez les fous m’était odieux, mais je n’avais pas le choix. Et j’avais 20 ans lorsqu’un jour on m’a appelé pour me dire qu’il était mort. Il n’était pas malade, mais son cœur s’est arrêté. C’est seul que j’ai dû aller le voir à la morgue, faire rapatrier son corps à Marle, organiser ses obsèques, vendre notre maison, etc. Bref, après ça, j’étais content de regagner Paris et de reprendre mon travail. Après toutes ces horreurs, la radio m’a sauvé la vie !

FD : Pensez-vous que les drames de votre enfance ont nourri votre incroyable volonté de toujours positiver ?
C : C’est sûr. J’aurais pu me mettre la tête dans un trou, m’enfermer dans une grotte, me suicider même, mais je suis convaincu que derrière chaque drame, il y a une éclaircie. Et puis, n’oublions pas que nous ne sommes que de passage sur cette terre, alors soit on décide de le raccourcir vraiment, soit on en fait quelque chose.

FD : Appelé au service militaire, vous réussissez à vous faire réformer P5 !
C : Oui, un truc réservé aux vrais psychotiques. Ce n’est pas que je ne voulais pas faire l’armée, surtout qu’ayant eu de bons résultats aux tests, j’aurais certainement pu décrocher un bon poste, mais je travaillais déjà et ça m’embêtait vraiment de tout arrêter pendant un an. Alors, devant le psychiatre, j’ai tout donné, prétendant que je me bourrais d’antidépresseurs, d’anxiolytiques, etc. Dès qu’il me parlait, je me caressais la poitrine avec la main et dès qu’il arrêtait, je stoppais net. Et même si on était au premier étage, j’étais prêt à me jeter par la fenêtre ! Bref, il a fini par me dire : « Ne vous inquiétez pas, vous ne ferez pas l’armée. Par contre, je vais vous raccompagner… » C’était gagné !

FD : Vous évoquez aussi votre divorce d’avec Virginie, la mère de vos deux enfants, Valmont, 19 ans, et Ivana, bientôt 17, après vingt-trois ans de vie commune…
C : Oui, car j’estime que si on décide de jouer le jeu, on le fait jusqu’au bout. Et on dit tout. C’est ma vie. Elle est ni secrète ni scandaleuse. Mais je reconnais qu’il est peut-être plus facile de parler de certains sujets sur scène, car on peut se cacher derrière l’humour.

FD : Quelle image vos enfants ont-ils du Cauet public ?
C : Ils sont ados, alors quand je les fais rire, il ne faut surtout pas qu’ils le montrent. Car je reste avant tout leur père, et à cet âge-là, les vannes du papa sont forcément nazes. Mais je les entends souvent rigoler par-derrière ou montrer les vidéos à leurs copains. J’ai mis un point d’honneur à être là au maximum pour eux, le soir et le week-end. Mais aujourd’hui, ce sont eux qui sont toujours en vadrouille chez des potes. Ils ont grandi, il va bien falloir que je me fasse une raison. 

FD : Votre métier vous a permis de faire de drôles de rencontres…
C : Oui, notamment de tous ces gens qui me faisaient rêver dans la petite lucarne que je regardais, gamin, pendant des heures, attablé dans la cuisine entre ma mère et mon père. Ma première rencontre avec Patrick Sébastien remonte à 2005, lorsque je l’ai invité à la radio. Je le retrouve dans sa loge, on se présente, et il me demande si je veux qu’il me fasse Serge Gainsbourg. J’acquiesce, et là, il me tourne le dos, traficote je ne sais quoi et se retourne vers moi, le sexe à l’air, au bout duquel il avait mis une clope et des lunettes de soleil. Un truc de fou ! Le jour où je rencontre Alain Delon, je lui raconte que je loue parfois son hélico pour prendre des cours de pilotage, en lui précisant que je crains toujours que mon fils, qui a tendance à être malade en vol, vomisse sur ses beaux sièges en cuir. « On s’en fout, ça se lave ! » me rétorque-t-il. Je ne vous parle pas non plus de mon entrevue surréaliste avec le prince Albert, qui me reçoit dans un de ses bureaux du palais de Monaco et qui, contre toute attente, se lance dans une imitation de Louis de Funès. J’avais l’impression de rêver. Quant à ma rencontre avec Johnny, elle restera mémorable. On était tous les deux avec nos familles à Disneyland pour le week-end lorsque Læticia m’appelle dans ma chambre pour me dire que son mari aimerait beaucoup faire un tour de Space Mountain avec moi. Il veut monter à l’avant, mais je lui explique que les sensations seront bien plus fortes à l’arrière. Bref, on est dimanche matin et je suis en train de décrire tant bien que mal à Johnny Hallyday les vertus de la force centrifuge !

FD : Il y a cinq ans, vous avez eu un grave pépin de santé ?
C : J’ai même carrément failli y passer, vous voulez dire ! Je rentrais du Maroc, où j’étais allé mixer, avec une jambe rouge et sacrément enflée. On m’a d’abord assuré que ce n’était pas grave, certainement un nerf coincé. Mais ma jambe a continué de gonfler, au point que je n’arrivais même plus à marcher. J’ai alors foncé aux urgences, et là on m’annonce une belle phlébite. Pire, j’ai un caillot dans chaque poumon et risque une double embolie à tout moment. Moi, pas très conscient de la gravité de la situation, je n’ai qu’une question : « Est-ce que je pourrai emmener mes enfants à Disneyland ce week-end, je leur ai promis ? Juste, je ne ferai pas d’attraction… » Mais là, le médecin me hurle dessus : « Vous ne comprenez pas, c’est très grave, vous pouvez en mourir ! » En effet, ce n’est qu’après coup que j’ai vraiment réalisé. Cette alerte m’a fait prendre conscience qu’il était peut-être temps de me calmer un peu…

FD : Vraiment ?
C : Bon ok, à part les lundis, où je quitte la radio à 20 h et traverse la capitale à scooter pour jouer mon spectacle à la Comédie de Paris à 20 h 45. Mais le reste du temps, j’essaie vraiment de vivre comme un quadra ! [Rires].

Caroline BERGER

À découvrir