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Serge Lama : Touché en plein cœur !

Publié le 6 mars 2019

Orphelin de son ami, Serge Lama compte malgré tout poursuivre son combaten faveur des artistes démunis.

C’est un modèle de solidarité entre des artistes qui, tous, savent que la gloire est souvent fugace et qu’une carrière peut s’arrêter du jour au lendemain. L’association La roue tourne est née à la suite d’un accident de la route : en 1943, le comédien Paul Azaïs se fait renverser par une voiture, alors qu’il circule à vélo. Incapable d’exercer son métier, il lui manque trois jours de travail pour bénéficier d’une couverture sociale. Ce triste épisode lui fait découvrir que beaucoup d’artistes et de techniciens partagent son sort. L’idée de créer une structure venant au secours de ces saltimbanques abandonnés de tous lui vient alors.

Il lui faudra encore un peu de temps pour la concrétiser mais, en 1957, Azaïs fonde, avec Janalla Jarnach, le premier organisme d’entraide pour les gens du spectacle. Dès le départ, de très grands noms soutiennent cette noble cause. Le premier comité d’honneur est présidé par Fernandel et compte parmi ses membres des vedettes comme Bourvil, Annie Cordy, Tino Rossi, ainsi que des écrivains célèbres, Jean Cocteau, Joseph Kessel et Marcel Pagnol. Avec de telles « pointures » à sa tête, l’association remplit d’emblée sa mission.

Même si les temps ont changé, bien des artistes et techniciens ne comptabilisent pas assez de cachets pour avoir droit au régime d’intermittents du spectacle qui les sauverait de la précarité, aussi La roue tourne toujours bien. Elle ne se contente pas de renflouer les comptes de ses protégés, elle les épaule aussi dans leurs démarches administratives et trouve un toit à ceux qui sont à la rue. Son action est aussi discrète qu’efficace. Elle a ainsi accompagné jusqu’à la fin de leur vie deux stars aujourd’hui oubliées, Mireille Balin et Jean Tissier, prenant à sa charge leur loyer, leur nourriture et jusqu’à leurs frais d’obsèques.


Et si ce système fonctionne toujours aussi bien plus de soixante ans après sa création, c’est grâce au dévouement de célébrités. Parmi eux figure en tête de liste un chanteur au cœur « gros comme ça », à qui sont revenus la lourde tâche mais aussi l’insigne honneur de succéder à Fernandel : Serge Lama. L’artiste a mis en place une solution, désormais bien rodée, pour remplir les caisses de l’association. Avant de monter sur scène, ses collaborateurs passent dans la salle de spectacle et proposent, pour 5 euros, les enveloppes de La roue tourne dans lesquelles il a glissé des photos dédicacées.

Serge Lama s’investit d’autant plus dans cette bataille qu’il n’a pas oublié le sort de son père, Georges Chauvier, un baryton forcé de renoncer à sa passion pour nourrir sa famille, et qui monta sur scène avec la vedette, trois ans avant de mourir, en 1984, percuté par une voiture. Ce destin inachevé et tragique a sans doute marqué son fils à jamais, le poussant à devenir le chef d’une grande famille, comptant entre autres dans ses rangs Enrico Macias, Laurent Gerra, Hervé Vilard et Marie-Paule Belle (eux aussi adeptes de la méthode des enveloppes pour collecter des fonds).

Une famille endeuillée par la mort de Robert Quenel, président du conseil d’administration. Si l’interprète n’a pas pu assister aux obsèques de son vieil ami, qui ont eu lieu le 5 février dernier en l’église de Ménilmontant, il avait chargé Louana, sa fidèle collaboratrice, de le représenter auprès des bénévoles de l’association.

Malgré cette perte, la roue tournera toujours, car Serge Lama ne se sent pas seul dans son combat en faveur des artistes déshérités. Il sait pouvoir compter sur la générosité de stars toujours prêtes à l’aider. Sophie Marceau est l’une des plus fidèles et des plus généreuses donatrices. De son côté, le célèbre agent et comédien Dominique Besnehard ne rate jamais une occasion de parler de cette association reconnue d’utilité publique. Et pour son soixantième anniversaire, il avait demandé à ses amis de ne pas lui faire de cadeaux, mais d’envoyer un chèque à La roue tourne. 

Certains artistes couchent même l’association sur leur testament. Ce fut le cas de l’actrice Danièle Parola, décédée en 1998, qui a légué une somme assez rondelette pour la faire fonctionner pendant plusieurs années. Pascal Sevran a légué 200 000 euros, de quoi venir en aide à soixante-dix personnes pendant deux ans. Quant à Mony Dalmès, la partenaire de Ginette Garcin dans Le clan des veuves, elle a légué sa maison en 2006.

Tandis que Pierre Devigne, vice-président de cette organisation caritative, organise régulièrement des ventes aux enchères d’œuvres d’art et d’objets ayant appartenu à des artistes. Brigitte Bardot, qui a succédé à Michèle Morgan en tant que marraine de l’association, n’est pas la dernière à disperser ses souvenirs pour une cause chère à son cœur. La prochaine manifestation aura lieu le 16 avril à 19 h dans la salle des mariages de la mairie du XIe arrondissement de Paris.

Serge Lama et ses protégés peuvent donc être rassurés : les artistes célèbres n’ont pas oublié le temps des vaches maigres, ni ceux que le sort a moins gâtés qu’eux. Ils seront toujours là pour les soutenir, dans cette vie… et même dans l’autre : « Nous fleurissons toujours les tombes de nos protégés, nous a déclaré Pierre Devigne. Morts dans une grande solitude, ils n’ont que nous pour perpétuer leur souvenir. »

Dominique PRÉHU

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