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Serge Reggiani : 11 ans déjà !

Publié le 12 octobre 2015

Ce soir, France 3 diffuse à 20h50 un documentaire sur l'artiste. L'occasion de revenir sur sa vie, onze ans après sa disparition

Avec la disparition de Reggiani, le 23 juillet 2004, la chanson n’était pas seule à pleurer. Avec elle, c’étaient aussi le cinéma, le théâtre, la poésie, la peinture et la sculpture qui se lamentaient, sans oublier, bien sûr, Noëlle, sa femme. Noëlle Adam, plus qu’une compagne, sera aussi la muse du poète venu d’Italie. C’est ainsi que dans une lettre qui lui est destinée, il écrit les conditions de leur rencontre : « Un soir, il y a fort longtemps, Jean Cocteau et Jean Marais m’ont emmené voir « Le rendez-vous manqué », dont tu étais la ballerine étoile (…) Le public applaudissait une danseuse, et moi je vénérais une déesse (...). C’est ainsi que déjà je t’aimais. » Nous sommes alors en 1957, sur la scène du théâtre des Champs-Elysées, mais pour le plus grand malheur de Serge, trois jours plus tard, la danseuse s’exilait aux Etats-Unis. « Et moi, je t’attendais » entonne tristement Serge dans une chanson sobrement intulée : « Noëlle. »

Découvrez un extrait du documentaire de ce soir sur France 3

« Elle hantait mes jours et mes nuits », nous déclarait Serge en 2001. Mais il ne l’aura pas vainement attendue. Quinze ans plus tard, pour son plus grand bonheur, Noëlle traversera à nouveau l’Atlantique. Et cette fois, il ne la quittera plus. Quatre mois avant de mourir, c’est un Serge Reggiani, certes affaibli, mais amoureux comme au premier jour qui délicatement, passait la bague au doigt de celle qui depuis 30 ans, partageait sa vie.

Une vie épique, comme seuls ces hommes d’exceptions ont pu en connaître. Car entre son arrivée en France au début des années 30, tandis que sa famille fuyait le fascisme, et son extinction il y a 11 ans, l’artiste a connu toutes les péripéties.

--> Lire l'interview exclusive de Noëlle, son épouse.

C’est dans un art bien particulier, celui qu’exerçait son père, que le jeune Reggiani s’est d’abord lancé. Comme lui, il est devenu coiffeur après avoir quitté l’école à 13 ans, non sans y avoir auparavant acquis à une vitesse extraordinaire les mystères de notre langue qu’il maîtrisait si bien. D’ailleurs, il se lance dans la comédie dès 1937. Remarqué par Cocteau, il s’illustre au théâtre, mais c’est le cinéma qui l’attire. Son premier succès date de 1943, dans « Le carrefour des enfants perdus », sur le tournage duquel il fait la connaissance de Janine Darcey, une comédienne qui aime à jouer les ingénues. Ce sera sa première épouse, elle lui donnera deux enfants : Stéphan, qui verra le jour en 1946, et Carine, en 1951. En 1952, c’est la révélation. Avec sa prestation dans « Casque d’Or », de Jacques Becker, il entre véritablement par la grande porte dans le monde du cinéma. Il n’en sortira plus. C’est d’ailleurs au cœur du septième art qu’il trouve ses amis, et notamment Simone Signoret, qui restera une fidèle compagne de route jusqu’à sa mort, en 1985.

Serge Reggiani et Romy Schneider
Serge Reggiani et Romy Schneider

Au début des années 60, le comédien, devenu chanteur entre temps, s’installe près de Cannes. C’est le temps du bonheur, de l’insouciance. Auprès de lui, Annie-Noël a remplacé Janine, et les enfants continuent de fleurir. Célia, en 1958, Simon, en 1961 et Maria, en 1963. Dans sa vie, les rôles défilent, au théâtre comme au cinéma, et il en est pareil des femmes. En 1964, un metteur en scène voulait réunir Reggiani et la belle Romy Schneider dans un film intitulé « L’Enfer ». Un an plus tôt, la sublime actrice était terriblement marquée par la fin de son amour avec Alain Delon lorsque survient ce petit homme, fin connaisseur de la vie et de ses embûches, et surtout grand amateur de belles femmes. Leur passion a duré six mois. Entre Paris, et Saint Paul de Vence où se préparait le tournage de « L’Enfer ». Serge était installé à la fameuse auberge de la Colombe d’Or, où séjournaient également des célébrités comme Signoret, Montand, Picasso ou Michel Auclair.

Finalement, le film n’a pas été tourné et la brève, mais explosive romance a pris fin, dans des circonstances bien singulières, ainsi que Reggiani les décrira bien plus tard dans un livre : « Un soir, l’amour on faisait, écrit-il dans son style si poétique. Je lui ai dit : j’aime beaucoup tes seins. Elle m’a dit : pourquoi ? Je lui ai dit : je ne sais pas. Alors elle m’a dit : va t’en ! ». Ainsi s’achève l’histoire entre Serge et Romy, mais les deux acteurs resteront amis, continueront de s’écrire et auront la tristesse de vivre quasiment au même moment un tragique événement : la mort de leurs fils respectifs.

« Quoi de pire au monde que de perdre un enfant, rappelait Serge après coup, d’autant qu’aujourd’hui encore, je ne suis pas sûr d’avoir compris pourquoi ». Pourquoi en effet, le 29 juillet 1980, à Mougins, Stéphan décide-t-il, à 33 ans, de mettre fin à ses jours ? Ce fils qui quelques années auparavant, partageait avec son père la scène de Bobino dans un duo inédit, disparaît avec son mystère et laisse Serge au désespoir. Pendant un an, l’artiste met sa carrière entre parenthèse. Heureusement, Noëlle est à ses côtés, revenue des Etats-Unis où son mariage avec le fils de Charlie Chaplin a échoué. Dans ses bras, il trouve un peu de réconfort pour éloigner autant que possible ce drame qui l’étreint, et les autres soucis que le sort lui envoie : les amis qui s’en vont, le fisc qui s’en mêle, et le temps, qui passe. Mais le mal est là, qui le ronge. Et c’est dans l’alcool, dans lequel il sombre profondément, que le chanteur croit pouvoir l’oublier. Une fois de plus, c’est grâce à Noëlle qu’il parvient à s’en sortir. « A force de lui montrer ma détresse, il m’a laissé entreprendre les démarches pour le faire hospitaliser. C’était l’ultime espoir pour arrêter la dégringolade qui avait commencé quelques années plus tôt et que l’amour n’avait fait que freiner », confiait-elle en 1991. Ce combat contre l’alcool durera près de 10 ans. Serge en sortira vainqueur. En 1993, ce touche-à-tout dont la capacité à créer est époustouflante, sort un énième album, en guise d’anniversaire : « 70 balais ». Son public est toujours aussi enthousiaste : celui des premiers succès, mais aussi un auditoire plus jeune, sans doute attiré par le message qu’il véhicule, empreint de fougue et de liberté.

« Mon amour, je t’en supplie, ne pars pas avant moi. Ne me laisse pas toute seule », lui avait murmuré Noëlle, lorsqu’en 1991, il avait frôlé la mort après un accident cardiaque. Serge est parti. Depuis onze ans, Noëlle vit sans lui. Des années noires. L’an passé, la veuve du chanteur a bien failli finir à la rue. Elle ne doit son salut qu’aux petits enfants de Charlie Chaplin… Mais c’est une autre histoire

Cyril Bousquet

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