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Simone Signoret : 30 ans après, son amour pour Montand brûle encore 

Publié le 17 octobre 2015

Disparue le 30 septembre 1985, la grande actrice Simone Signoret n’aura vraiment vécu que pour un seul rôle, celui de la � groupie � passionnée de l’homme rencontré un jour d’été, en 1949.

Est-ce que le temps file aussi vite pour les morts que pour les vivants ? Et, si c’est le cas, Simone Signoret s’étonne-t-elle, comme nous, de n’être plus de ce monde depuis déjà trois décennies ?

C’est le 30 septembre 1985 que s’achèvent 64 ans d’une vie pleine de passions, de tumultes, d’éclats, d’amours flamboyantes, de douloureux chagrins et aussi d’autodestruction. Dans la maison d’Autheuil-Authouillet, devenue une sorte de temple pour un couple déjà légendaire de son vivant, une grande comédienne, recluse, pratiquement aveugle, épuisée par les orages, ferme les yeux.

Quelque temps après, parlant de sa nouvelle compagne et du fils qu’elle vient de lui donner, Montand déclarera : « On ne refait pas sa vie, on la continue. » Il ne la continuera que six ans, disparaissant à son tour en 1991, un 9 novembre, comme le général de Gaulle.

Évoquer Simone sans parler de Montand est une chose impossible, et qui, surtout, n’aurait aucun sens. La jeune comédienne a 28 ans lorsque sa route croise celle de ce brillant chanteur, qui a six mois de moins qu’elle. Elle vit depuis six ans avec le cinéaste Yves Allégret, dont elle a une fille de 3 ans, Catherine.

De son côté, Ivo Livi, l’immigré italien dont la famille a fui le fascisme, se remet tout juste de l’orageuse liaison vécue avec Édith Piaf. C’est elle qui lui a véritablement mis le pied à l’étrier… avant de rompre, parce qu’il commençait à lui faire un peu trop d’ombre : Piaf était comme cela.

Yves Montant et Simone Signoret
Yves Montant et Simone Signoret

Au premier contact, à Saint-Paul-de-Vence cet été 49, c’est l’embrasement immédiat, la commotion majeure et réciproque ; au point qu’on a l’impression que l’image du « coup de foudre » a été forgée spécialement pour ces deux-là. Littéralement folle d’amour, Simone quitte son mari du jour au lendemain et, sa fille sous le bras, part vivre avec Montand : le voyage va durer 35 ans.

Ardente

Un voyage mouvementé, aventureux, cahoteux voire chaotique : on n’est pas dans une voiture suspendue et climatisée du TGV, plutôt dans une diligence du XVIIe siècle, parcourant à tombeau ouvert des chemins pleins de fondrières et guettés par les coupe-jarrets. Mais la diligence encaissera tous les chocs et ne versera jamais dans les ravins dont elle se sera dangereusement approchée, à certains tournants particulièrement escarpés.

Amoureuse comme une adolescente, Simone le restera jusqu’à la fin. Sa passion pour Montand est à la fois ardente et immuable, incapable de faiblir ni même de changer de nature à mesure que les deux époux vieillissent. Simone le répétera souvent, et avec une sorte de fierté ravie : « Je suis la première groupie de Montand ! » Et, « groupie », il faut que tout le monde le soit, autour du couple.

Serge Reggiani le confirmera, des années plus tard, expliquant en termes voilés que, si l’on voulait avoir le plaisir de fréquenter Simone Signoret, sa partenaire de Casque d’or, il fallait aussi se « farcir » Yves Montand : toute personne qui se risquait à émettre devant elle la moindre réserve au sujet de l’idole était implacablement chassée par Simone du cercle des intimes.

Car, implacable, « la » Signoret savait l’être, les témoignages sont là pour nous le dire. Dans Tiroirs secrets, son livre de souvenirs, Mylène Demongeot l’évoque en termes peu amènes. Jalouse de sa jeunesse, sur le plateau des Sorcières de Salem (1957), Signoret, son aînée de quatorze ans, reproche à la jeune actrice de 22 ans de se maquiller et va jusqu’à la traiter de salope ! Pendant ce temps, toujours selon Mylène, Montand séduit « à la hussarde » de jeunes actrices en coulisses…

Marilyn Monroe et Yves Montant
Marilyn Monroe et Yves Montant

Sans excuser, il est permis de comprendre : la trop grande douleur peut rendre méchant, et Simone Signoret est une amoureuse qui souffre. Car si Montand ne peut pas vivre sans elle, il ne peut pas non plus vivre seulement avec elle. Il aura donc des dizaines de maîtresses, la plupart aussi éphémères que le désir qu’elles auront fait s’allumer dans son œil. Puis, un jour de 1960, arrive Marilyn Monroe.

Il est inutile, je pense, de revenir dans le détail sur ce qui se passe alors : le couple quittant Paris pour Hollywood, Montand tournant Le Milliardaire avec Marilyn, Simone devant repartir pour l’Europe où un tournage l’attend, le rapprochement fatal entre les deux stars…

À ce moment, Simone a vraiment cru qu’elle était en train de perdre Montand. Et, même s’il est finalement revenu vers elle, la fêlure ne s’est jamais refermée, dans son cœur saignant de femme ardente. Plus tard, se voulant belle joueuse, elle répondra à ceux qui osent aborder ce sujet pénible : « Vous en connaissez beaucoup des hommes qui auraient résisté à Marilyn ? » Le panache est là, mais le mal est fait.

Indomptable

Brutalement, celle qui est devenue la plus grande actrice française, la première à avoir été « oscarisée » à Hollywood, a pris conscience des ravages du temps, devant quoi les hommes et les femmes n’ont jamais été égaux. Très lucidement, Simone le dira à sa manière : « J’ai dix ans de plus que Montand, puisque nous avons le même âge, et que je suis une femme… »

De Casque d'Or...
De Casque d'Or...

...à Madame Rosa !
...à Madame Rosa !

Que faire alors ? Tenter de camoufler les patients outrages du temps ? Se bricoler, à coups d’onguents et de bistouri, une seconde et artificielle jeunesse? Faire comme si ? Non. Avec le caractère entier, indomptable qui est le sien, Simone va assumer la fatalité avec bravoure et superbe. Les rides, les poches sous les yeux, les empâtements inexorables du corps qui s’affaisse : elle ne va rien cacher.

Avec ce qu’on prend pour de la résignation, et qui est au fond un splendide orgueil, elle dit au monde entier : « Prenez-moi comme je suis, ou bien laissez-moi ! » Elle ira même, on s’en souvient, jusqu’à se vieillir encore davantage, jusqu’à s’enlaidir volontairement, pour devenir la fabuleuse Madame Rosa de La vie devant soi.

Montand ne veut pas qu’elle accepte ce rôle ? Tant pis, elle l’endossera tout de même. De toute façon, s’ils restent mariés, ils ne vivent plus ensemble. Et Simone n’ignore plus rien, désormais, de l’existence de Carole Amiel…

Signoret livreL’envers de ce panache, de cette force apparente de Signoret, c’est la souffrance perpétuelle de Simone, la groupie, l’amoureuse. Pour tenir debout, il lui faut des béquilles. Il y a la littérature, où elle entre magistra- lement dès 1975, avec La nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Mais il y a aussi le tabac et l’alcool, qui accélèrent et aggravent encore les ravages naturels du temps, et qui détruisent son corps.

Le 30 septembre 1985, Simone Signoret cesse de lutter contre le cancer du pancréas qui la ronge et, d’une manière plus générale, contre les grandioses souffrances que la vie sait infliger aux véritables amoureuses.

Car, pour Simone Kaminker, la petite juive polonaise devenue la grande Simone Signoret, rien ne comptait que cette passion ravageuse née un jour d’été 1949. Tout le reste, c’était du cinéma.

->Voir aussi - Charles Aznavour : Son lien secret avec Simone Signoret

Didier Balbec

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