France Dimanche > Actualités > Simone Veil : Ses derniers secrets !

Actualités

Simone Veil : Ses derniers secrets !

Publié le 7 juillet 2018

veil-simone-20180625

La jeunesse de Simone Veil aura été marquée par une succession de drames. Un documentaire lève le voile sur ces moments clés et méconnus de sa vie.

Le 1er juillet prochain, elle fera enfin son entrée au Panthéon, pour l’éternité…

Elle sera alors la cinquième femme à y reposer.

Symbole d’un engagement féministe sans précédent, modèle de courage et d’exemplarité, celle que Jacques Chirac surnommait affectueusement
« Poussinette » y sera inhumée avec son époux, Antoine.

Quatre jours avant cette date historique, le 27 juin à 20 h 50, France 3 diffuse un documentaire exceptionnel consacré à l’ancienne ministre de la Santé disparue le 30 juin 2017.

Des archives souvent inédites et le témoignage de deux de ses fils et de quelques-uns de ses petits-enfants font découvrir la véritable histoire de cette femme née dans une famille juive et qui réchappa miraculeusement à la Shoah alors qu’elle avait à peine 17 ans.

En avant-première, nous avons eu la chance de visionner ce film aussi passionnant que bouleversant, pour vous livrer les derniers secrets de celle qui s’est d’abord appelée… Simone Jacob.

- - - - - - - - - -

Condamnée à six mois de prison !

Derrière ses grands yeux verts et ses longs cheveux bruns qui lui donnaient tant de charme se cachait en réalité une jeune femme intraitable, déjà capable de défendre fièrement ses convictions.

À tel point que très tôt, les choses auraient pu sérieusement dégénérer.

Alors en vacances à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), Simone, sa sœur Denise et quelques cousins eurent la « bonne » idée de se mettre à chanter sur la terrasse, à gorges déployées et à la vue de tous, L’internationale, ce célèbre chant révolutionnaire communiste alors interdit par le régime de Vichy !

En pleine seconde guerre mondiale, une telle audace est considérée comme une infraction très grave…

Rapidement dénoncées, l’adolescente et sa sœur font aussitôt l’objet d’une enquête policière très sérieuse qui déboucha sur une amende de 500 francs chacune, assortie d’une condamnation de six mois de prison avec sursis !

Mais pire encore, il s’en fallut à l’époque de peu pour que leur père, André, perde la garde de ses deux filles…

- - - - - - - - - -

Une enfant rebelle…

Sa mère Yvonne, c’était « SA » maman !

Ses sœurs, Madeleine et Denise, ainsi que son frère, Jean, en savaient quelque chose.

Dès son plus jeune âge, la benjamine de la famille réclamait en effet un rapport exclusif avec sa génitrice… quitte à piquer des crises terribles lorsqu’on lui volait la priorité !

« Il y a même des photos de famille où on la voit, enfant, faire la tête, car son frère est sur les genoux de sa mère, et pas elle ! Rien que ça lui était insupportable », confie aujourd’hui l’un de ses fils, Pierre-François Veil.

Rebelle et espiègle, elle hérite dès l’âge de 10 ans d’un totem scout à l’image de son caractère.

Chez les éclaireurs de France, où elle se rend chaque week-end et pour les vacances avec ses sœurs, Simone est ainsi baptisée « Lièvre agité » !

- - - - - - - - - -

Comment l’homme de sa vie est-il parvenu à la séduire ?

Lors de l’hiver 1946, Simone peine encore à reprendre goût à la vie.

Traumatisée, hantée par ses nuits passées dans les camps de l’horreur, elle continue de dormir à même le sol, totalement recroquevillée sur elle-même.

Fraîchement inscrite à la faculté de droit et à l’Institut d’études politiques de Paris, elle accepte toutefois l’invitation de quelques-uns de ses camarades à passer plusieurs jours à la montagne pour se changer les idées.

C’est là-bas, dans la station du Col de la Porte, au cœur du massif de la Chartreuse, qu’elle rencontre Antoine Veil, l’homme avec qui elle passera sa vie et à qui elle donnera trois fils.

Selon l’un d’entre eux, si ce futur énarque a réussi à séduire celle dont les yeux pers le subjuguent, c’est tout simplement parce qu’il a su se comporter en gentleman !

« Maman raconte qu’il lui a porté ses skis… Et elle a trouvé ça absolument formidable ! “Voilà enfin un galant homme”, s’est elle dit. »

Dès lors, les deux étudiants ne se quittent plus, et ils se marient en octobre de la même année !

Un an plus tard, Simone accouche de son premier enfant qu’elle décide d’appeler Jean, en hommage à son frère, disparu trois ans plus tôt dans les convois nazis…

- - - - - - - - - -

Son courage a changé son destin

« Si elle veut être indépendante, une femme doit absolument faire des études. Mais surtout… elle doit travailler ! » lui expliqua un jour sa mère.

Ce précieux conseil, Simone l’a suivi tout au long de son existence.

Et pour passer son baccalauréat, en mars 1944, et alors que les Allemands multiplient les rafles, elle va prendre tous les risques.

Indésirable dans l’établissement niçois qu’elle fréquente, la jeune femme refuse pourtant de céder.

« Que ce lycée qui avait été ma famille et ma vie depuis tant d’années me rejette alors qu’il me restait seulement quelques mois d’études à y faire m’a été très pénible », expliquera-t-elle plus tard.

Mais qu’importe, son destin l’appelle, et elle le sait.

Malgré la menace qui pèse sur elle, Simone décide donc de participer aux épreuves… sous sa véritable identité !

Mais dès le lendemain, tandis qu’elle fête la fin des examens avec ses amis, elle est arrêtée par deux SS.

La suite, tragique, est malheureusement bien connue…

Comme l’ensemble de sa famille, elle est déportée dans les camps et y vit l’enfer pendant plus d’un an.

En rentrant, après la Libération, même si les nazis lui ont pris son père, sa mère et son frère, Simone reçoit une lettre qui atteste l’obtention de son baccalauréat.

Une bien maigre consolation, certes, mais qui va pourtant changer sa destinée…

- - - - - - - - - -

Anéantie par la mort de sa sœur…

Avec elle, elle était rentrée vivante ­d’Auschwitz…

Sa grande sœur Madeleine, qu’elle surnommait affectueusement Milou, était alors devenue son pilier.

« Dans les semaines qui ont suivi la mort de maman, Milou, pourtant très malade, a rejoué spontanément ce rôle maternel », écrira plus tard Simone.

Mais l’inconcevable va malheureusement se produire.

En 1952, alors installée à Stuttgart avec son époux et ses fils, la future ministre accueille sa sœur, son mari et leur jeune garçon.

Mais en repartant, ceux-ci trouveront la mort des suites d’un terrible accident de la route !

Comble de l’horreur, le fils de Milou s’éteint même quelques jours plus tard dans les bras de Simone…

« Maman ne m’a pas dit tout de suite ce qui était arrivé, s’est rappelé son fils aîné, Jean. Je me souviens d’avoir posé des questions… Pourquoi ne voyait-on plus ma tante et mon cousin ? Elle me disait qu’ils étaient partis vivre dans une grande maison, au soleil dans le Midi, et qu’on les reverrait bientôt. »

Pour Simone Veil, ce fut le drame de trop… et elle ne s’en remit jamais vraiment.

Jusqu’à son dernier souffle, elle garda d’ailleurs précieusement les photos qu’elle avait prises durant ces quelques jours.

Ultimes souvenirs de cette sœur qu’elle avait tant aimée…

Edwin FORESTHAL

À découvrir