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Stéphane Bern : “José Artur était un monument de la radio !”

Publié le 11 février 2015

La voix mythique du � Pop Club � s’est tue le 24 janvier. Le présentateur de “Secrets d’Histoire”, Stéphane Bern, se souvient de celui qu’il considère comme son mentor, José Artur.

La naissance d’une vocation est souvent mystérieuse… Elle vient parfois d’une petite phrase entendue par hasard à l’âge où l’on cherche sa voie, d’un événement survenu au bon moment et qui nous touche au plus profond. Elle peut également provenir d’une rencontre marquante ou même d’une voix qui nous place sur le bon chemin. Ces hommes ou ces femmes qui nous ont permis d’exercer un métier que l’on aime, on ne les remercie jamais assez. Et lorsqu’ils viennent à disparaître, c’est une partie de nous-mêmes qui s’éteint avec eux…

Ce déchirement, Stéphane Bern l’a sûrement ressenti à l’annonce de la mort de José Artur, le 24  janvier, victime d’un accident vasculaire cérébral à 87 ans. Et aujourd’hui, l’animateur de Secrets d’Histoire ne tarit pas d’éloges sur le créateur du Pop Club, qui était à ses yeux un véritable modèle.

Bel esprit

« Il avait des souvenirs sur absolument tout le monde, du général de Gaulle à Marlene Dietrich, vient de confier le présentateur dans Le Parisien. Il avait quelque chose qui a disparu. Le bel esprit français, un art de la subtilité et de la légèreté, d’une culture surtout pas docte ni pédante mais généreuse, comme une gourmandise à partager. »

José Arthur pour l'émission
José Artur pour l'émission "Apostrophe", 1988, sur A2

Durant plus de quarante ans, de 1965 à 2005, l’homme à l’éternelle écharpe blanche avait interviewé tout le show-biz dans son émission de fin de soirée sur France Inter. Un rendez-vous quotidien suivi par des millions de fidèles auditeurs.

Parmi eux, un homme recherché par toutes les polices de France qui, une nuit de 1978, avait téléphoné à José Artur : « Allô, bonjour, c’est Jacques Mesrine, annonce la voix à l’autre bout du fil. J’aimerais une fois pour toutes que vous prononciez bien mon nom. Moi, c’est “Mérine”, pas “Messerine”. Je suis dans le coin. Si vous voulez, je passe vous voir. »

L’animateur, sans perdre son sang-froid, avait rétorqué à celui qui venait la veille de braquer un casino et s’était pris une balle dans le corps : « Non, ne vous donnez pas cette peine. » S’il avait refusé de recevoir l’ennemi public n° 1, José Artur avait invité le Tout-Paris.

Celui qui avouait, avec beaucoup d’autodérision, avoir inventé le concept d’interview-monologue, parce qu’il faisait les questions et les réponses, avait reçu les confidences des artistes qui se pressaient pour venir au Fouquet’s ou au sous-sol du Drugstore Publicis d’où il diffusait ses Pop Club.

Stéphane Bern horizontal« José Artur disait qu’il arrivait à la radio sans avoir jamais rien préparé, mais en réalité il en connaissait un rayon sur ses invités ! », a expliqué Stéphane Bern avec une admiration jamais démentie.

Et ce malgré la mise à l’écart du célèbre journaliste, privé de son cher programme en 2005 : «Quand le Pop Club s’est arrêté, José Artur n’avait plus d’émission. Jean-Luc Hees, le patron de Radio France [à l’époque, ndlr], m’a suggéré de l’accueillir dans Le fou du roi, tous les jours au début, puis une fois par semaine. Pour moi qui aime les monuments, c’était un monument de la radio ! Et puis les voix ne vieillissent pas. Il avait toujours à l’antenne cet humour très profond. Il a été un grand exemple pour ma génération. »

Hélas, son mentor s’en est allé. Une perte d’autant plus douloureuse qu’elle suit de près celle d’un autre grand monsieur de la radio et de la télévision, qui s’est éteint le 23 décembre 2014 : « Ce qui me fait de la peine, c’est que sa disparition se produit juste après celle de Jacques Chancel, deux grandes voix de la radio publique, pour qui la culture devait être avant tout populaire. »

Une conception des médias chère au cœur de Stéphane Bern, qu’il perpétue à sa manière.

Clara Margaux

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