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Suzy Delair : " À 92 ans, je n'ai pas une minute à moi !"

Publié le 11 juin 2010

Celle qui chantait "Avec son tralala" dans "Quai des orfèvres", Suzy Delair n'avait pas donné d'interview depuis vingt ans. À l'occasion d'une rétrospective sur sa carrière, Suzy Delair nous démontre qu'on n'est pas près de l'enterrer ! Oubliée par les Césars et les dirigeants de la Cinémathèque, portée disparue par beaucoup, Suzy Delair, comédienne et chanteuse, a pourtant marqué son époque. Ne pensons qu'à Quai des orfèvres ou à son interprétation d'Avec son tralala, chanson composée par Francis Lopez. C'était donc la moindre des choses que le 7 e art lui rende enfin hommage. Ce qui sera fait ce vendredi 11 juin 2010 jusqu'au dimanche 13 juin, au Cinéma Mac-Mahon, à Paris, qui organise une rétrospective de ses films. À cette occasion, cette grande dame de 92 ans, qui n'avait pas donné d'interview depuis vingt ans, a ouvert son cœur à France Dimanche ...Celle qui chantait "Avec son tralala" dans "Quai des orfèvres", Suzy Delair n'avait pas donné d'interview depuis vingt ans.

France Dimanche (F.D.) : Pouvez-vous rappeler à nos plus jeunes lecteurs à quoi vous devez votre célébrité ?

Suzy Delair (S.D.) : Oui, j'ai joué dans Quai des orfèvres , mon plus grand film. J'y chante Avec son tralala ! C'est aussi dû à mon rôle dans L'assassin habite au 21 . Deux chefs-d'oeuvre des années 1940, que j'aime particulièrement : j'ai été la compagne d'Henri-Georges Clouzot, leur réalisateur.

F.D. : Avec quels grands acteurs français avez-vous tourné ?

S.D. : Plusieurs fois avec Bourvil et Fernandel ! J'ai aussi été la partenaire d'Alain Delon, dans Rocco et ses frères ! Et celle de Louis Jouvet. Mes autres grands films sont Les aventures de Rabbi Jacob , Paris brûle-t-il ? et, surtout, Pattes blanches !

F.D. : Que pensez-vous de l'idée de cette rétrospective ?

S.D. : C'est très touchant ! Je remercie tous ceux qui m'ont fait cet immense cadeau, qui vient à point. Car, vous savez, il y a deux ans, j'ai subi une grave opération du coeur, qui a duré six heures et quart... J'ai même reçu l'extrême-onction...

F.D. : Que s'est-il donc passé ?

S.D. : Ma porte cochère est très lourde, et, en la poussant, j'ai eu un accès de faiblesse. Je suis entrée à l'hôpital. J'avais six chirurgiens pour moi toute seule. Aucun des cinq médecins français n'a voulu m'opérer. Finalement, c'est à un chirurgien polonais que je dois la vie, car lui a tenté, et réussi, l'intervention. Je lui dois tout. Néanmoins, comme j'ai quand même été fatiguée, il ne faudra pas m'en vouloir si je n'assiste pas aux projections au Mac-Mahon.

F.D. : Après cet incident, vous n'avez pas pensé à aller vivre dans une maison de retraite ?

S.D. : Jamais ! Vous savez, j'habite la même maison, dans le VII e arrondissement de Paris, depuis 1946. Et je ne quitterai jamais ma rue. Je reçois des aides à domicile, la visite régulière d'un infirmier, mais je me déplace seule, sors encore de chez moi et arpente le quartier.

F.D. : À quoi consacrez-vous vos journées ?

S.D. : Je n'ai pas une minute à moi ! Je réponds à mon courrier, et puis je jette, je trie ! Je donne et je déchire ! J'ai accumulé quantité de souvenirs. Chaque fois que je dois préparer un beau livre de photographies, de portraits, ou mettre de l'ordre pour la maison de disques, Universal, où les CD de mes chansons sont publiés, cela me demande beaucoup d'attention. Je travaille aussi pour Benoît Duteurtre [ animateur d'É tonnez-moi , Benoît , émission de France Musique consacrée à l'opérette, ndlr ]. Et puis, en ce moment, tout s'accélère. Je vais bientôt partir me reposer en Bretagne, pour l'été. Donc, il faut tout préparer et ranger.

F.D. : Recevez-vous beaucoup de lettres d'admirateurs ?

S.D. : Oui, et de toute la planète ! Je réponds à toutes les lettres. En Allemagne, de nombreuses rétrospectives sont organisées sur ma carrière de chanteuse et d'actrice. Mais en France, les jeunes générations ne me connaissent malheureusement que pour être « Madame Rabbi Jacob ». Car depuis le film de Gérard Oury, je n'ai guère tourné.

F.D. : Êtes-vous encore en contact avec d'autres monstres sacrés du cinéma, comme vous ?

S.D. : Oui, Brigitte Bardot etAlain Delon m'écrivent. Eux deux, je les adore ! Si un jour je devais recevoir une quelconque récompense, je voudrais que ce soit Alain Delon qui me la remette. Je reçois aussi des messages de soutien de Roger Hanin, car nous sommes amis depuis très, très longtemps. Et aussi d'Hubert de Givenchy, mon grand ami...

F.D. : Vous êtes aussi en relation avec des chanteurs ?

S.D. : Avec Charles Aznavour ! Je suis allée à son dernier concert. Il prend de mes nouvelles régulièrement. Vous voyez, je suis bien entourée...

Rétrospective Suzy Delair au Cinéma Mac-Mahon , programme disponible sur le site internet : www. cinemamacmahon.com

Cédric Potiron

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