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Sylvie Joly : Les 400 coups de sa jeunesse !

Publié le 22 septembre 2019

Nulle à l’école et fantasque, Sylvie Joly, fille de grande famille a découvert sa vocation… dans une chapelle.

Le 4 septembre 2015, elle tirait sa révérence, victime d’un arrêt cardiaque, laissant inconsolables ceux qu’elle avait tant fait rire. L’humour, cette avocate qui, à 35 ans, avait abandonné le parquet pour les planches, le cultivait depuis toujours. Elle avait de qui tenir : si bourgeoise que soit sa famille, son père est officier de marine, Mamine, sa mère, élève les huit enfants, tout ce petit monde adore s’amuser ! Très vite, Sylvie révèle des aptitudes inédites à faire le pitre. Elle a 3 mois, mais déjà, du fond de son berceau, ses mimiques font s’esclaffer ceux qui la regardent !

A Clermont-Ferrand, où la tribu s’est installée pendant la guerre, la fillette est envoyée dans une institution religieuse où l’on ne badine pas avec la discipline. Ses frères, qui savent de quoi elle est capable, lui lancent un jour ce défi : « Dis aux bonnes sœurs que les copains de tes frangins ont dit que le Bon Dieu les faisait chier. » C’est risqué, Sylvie en a conscience, mais pas question de se défiler ! Pour que l’effet soit maximal, elle attend le cours d’instruction religieuse dans la chapelle.


Au milieu de ses camarades agenouillées, elle se lève et hurle sa phrase qui résonne dans toute la nef ! « Le diable est parmi nous ! » hurlent les sœurs, choquées. La coupable, elle, vient de connaître sa première révélation, comme elle l’a raconté dans son livre de souvenirs C’est votre nom ?, paru chez Flammarion. « J’ai ressenti ce mélange de peur et d’excitation narcissique qui vous flanque le goût de la scène pour une vie entière. » Elle est renvoyée, une sanction qui se répétera durant toute sa scolarité : elle peine en effet à rester plus d’un an dans le même établissement. Cette mauvaise élève qui cumule les zéros pointés et les punitions, n’en est pas moins très populaire. Les élèves l’adorent, et pour cause ! Avec ce clown, le temps passe vite…

Plus tard, à l’école normale catholique du XVe arrondissement de Paris, elle se liera avec une jeune fille aussi sage et studieuse qu’elle est fofolle et délurée : Bernadette Chodron de Courcel, la future Madame Chirac. Le soir, elle raccompagne souvent cette brillante élève chez elle, afin de rattraper des cours au grand dam de Madame Chodron, qui trouve Sylvie très mauvais genre. Comme l’a écrit l’humoriste : « Je faisais probablement rire Bernadette. Je pense que je devais dire des horreurs auxquelles elle n’était pas vraiment habituée. » 

Très proche de ses frères avec qui elle partage tout, la jeune fille décide un beau jour de faire une beauté à son cadet, Louis-Noël. Elle le tartine allègrement d’une crème de son cru, à base d’extrait d’euphorbe, une plante irritante que les paysans mettaient sur les doigts de leurs ouvriers pour les réveiller. Le résultat ne se fait pas attendre. écarlate, Louis-Noël se met à hurler de douleur. Paniqués, les parents appellent le médecin, qui comprend très vite ce qui s’est passé bien que Sylvie n’ait pipé mot. Voulant lui donner une leçon, ce dernier décrète doctement : « Ce n’est pas grave, il va mourir. » La fillette, terrifiée, avoue et jure de ne jamais recommencer.

Elle s’apprête à tripler sa terminale, lorsqu’elle apprend qu’elle est repêchée au bac. Elle a une semaine pour réviser. Toute la famille s’investit dans cette délicate mission, et lui fait potasser son histoire. Le jour J, Sylvie qui a travaillé d’arrache-pied, répond soulagée, aux premières questions de l’examinateur. Soudain, ce dernier lui dit : « Je dois vous interroger sur les colonies. Parlez-moi des Antilles. » La future bachelière, qui a fait l’impasse sur le sujet, joue son va-tout : « Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, je voudrais tellement y aller… » Après avoir vérifié sa date de naissance, le professeur lui répond : « Bon anniversaire, Mademoiselle, vous êtes reçue ! »

Avant de rencontrer Pierre Vitry, qu’elle épousera en 1957, l’espiègle blonde s’est embrasée pour un beau jeune homme rencontré à Arromanches, où ses parents habitaient. Il s’appelle Per Sparre et appartient à la famille royale de Suède. Leur rencontre lors d’une soirée fut un vrai coup de foudre. « Mon cœur, qui s’était d’un seul coup logé dans mes oreilles, marquait des rythmes que je ne lui connaissais pas jusqu’alors. » L’idylle se noue dès le lendemain et c’est une étudiante désespérée qui, quelques jours plus tard, rentre sur Paris. Heureusement, ils s’écrivent… Un jour elle reçoit une lettre dans laquelle Per évoque avec insistance une autre fille. Mortifiée, Sylvie décide alors d’aller à Arromanches. Prétextant des fournitures scolaires à acheter, elle quitte le lycée, et se plante sur l’autoroute de l’Ouest où elle fait du stop. Un routier la conduit jusqu’en Normandie, elle achève son périple à pied. à ses parents surpris de la voir débarquer, elle fait croire qu’elle est venue là pour se reposer. Le soir-même, elle retrouve son amoureux qui la rassure aussitôt : il ne pense qu’à elle ! Ils se reverront régulièrement, jusqu’à ce que Per reparte en Suède, l’année suivante. Trois décennies plus tard, il assistera à un de ses spectacles, et lui offrira en cadeau de retrouvailles, une boîte de sucettes Pierrot Gourmand, dont elle était friande à l’époque…

Il n’avait jamais oublié, comme tous ceux et celles qui ont eu le bonheur de la croiser, cette fille qui savait rire de tout, à commencer d’elle-même, avec un inimitable talent…

Lili CHABLIS

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