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Sylvie Vartan : Brisée par l'homme de sa vie !

Publié le 7 juin 2020

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De lui, elle aimait tout : son élégance, sa délicatesse et cette façon qu'il avait de déclarer ses sentiments. Aujourd'hui, le chagrin de Sylvie Vartan est incommensurable…

Ce dimanche 24 mai, hélas, cet auteur prolixe, qu'elle adorait plus que son âme, a tiré sa révérence à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris. Il avait 81 ans. Lorsque la chanteuse a appris sa disparition, dévastée elle a aussitôt partagé sa peine immense sur Instagram, en publiant une photo où ils sont tous les deux ensemble, si tendrement complices, avec ce message : « Un talent fou, une personnalité flamboyante, un éternel sourire, un ami, et aujourd'hui une larme dans mon cœur. Merci pour les cadeaux. »


Lorsqu'elle lui demande, en 1981, d'écrire pour elle, Sylvie a déjà eu à maintes reprises l'occasion d'admirer son talent de parolier. De Serge Reggiani, (L'Italien), à Michel Polnareff (Lettre à France), en passant par Julien Clerc (Ma Préférence), Nicole Croisille, Barbara et tant d'autres, il est le créateur de l'ombre, le magicien des mots qui fait chanter la France. Elle connaît aussi le génial scénariste et dialoguiste de chefs-d'œuvre comme César et Rosalie de Claude Sautet, La Gifle de Claude Pinoteau, Un éléphant ça trompe énormément d'Yves Robert… Ce ne sera pourtant ni par ses chansons ni par ses films que cette personne d'exception touche Sylvie. Un soir de 1980, celle-ci se rend au théâtre pour voir Madame Marguerite, une pièce du Brésilien Roberto Athayde dont il a réalisé l'adaptation en français.

Quand elle entend ses mots dans la bouche d'Annie Girardot, elle est bouleversée d'émotion : « Elle avait une tirade magnifique où elle ne s'exprimait qu'en adverbes. J'ai demandé à l'auteur un texte dans ce style. Ce fut Aimer, un poème composé de verbes à l'infinitif », confiait-elle à L'Express en 2004. Lorsqu'elle reçoit son écrit, elle est charmée, séduite par tant de sensibilité. Conquise, elle brûle de l'interpréter. Pourtant malgré son excellente mémoire, Sylvie a du mal à retenir ces paroles qui évoquent la naissance et la fin d'un grand amour. Elles résonnent tellement avec ce qu'elle a vécu durant plus de quinze ans avec Johnny, dont elle vient tout juste de se séparer ! « J'ai mis trois semaines à la mémoriser alors que généralement ça va tout seul. C'est une chanson de déchirure », précisait-elle. Cette collaboration ne s'arrêtera pas là.

Le Dimanche, Encore, ou P'tit bateau sont d'autres bijoux du répertoire de Sylvie écrits par cet artiste désormais indispensable au bonheur de la chanteuse. En effet, au fils des ans, le natif des beaux quartiers de Paris et la petite immigrée bulgare ont appris à se connaître, à s'apprécier, à se chérir. Ils ne peuvent plus se passer l'un de l'autre. Séducteur en diable, il adorait le sexe opposé, comme il l'a fait chanter à Julien Clerc avec Femmes je vous aime.

En marge de sa romance artistique avec Sylvie Vartan, quatre femmes ont partagé sa vie de ce créateur au charme irrésistible : Marie, sa première épouse, dont il a eu deux fils, Clément et Florent, la comédienne Julie Arnold, l'écrivaine Geneviève Dormann, avec qui il a une fille, Clémentine, et Véronique Bachet, à laquelle il a dit « oui » en 1997.

Avec Sylvie, ils se sont aimés d'une autre façon, d'une amitié profonde, d'une intimité sans égale que la distance (elle vit depuis près de quarante ans à Los Angeles, il a toujours habité Paris) n'a jamais émoussées.

Dans la réjouissante comédie d'Yves Robert Nous irons tous au paradis, dont il a écrit le scénario, Jean Rochefort faisait cette formidable déclaration à Anny Duperey : « Vous qui pénétrez dans mon cœur, ne faites pas attention au désordre. » Le scénariste de génie avait laissé la blonde icône des yé-yé pénétrer dans le sien. Elle en avait aimé, admiré même le désordre joyeux, où l'imagination était reine.

Enfant, ce fils de saltimbanque (son père était le parolier de Maurice Chevalier) rêvait de devenir chauffeur de camions. Il suivra une tout autre route faite de carrefours, de virages et de rencontres.

Romancier précoce, il a publié son premier roman Les Yeux secs à 19 ans avant d'embrasser une carrière de journaliste. À la même époque, il rencontre Guy Bedos avec qui il écrira des sketches mémorables, tel La Drague.

Un jour de 1967, il reçoit un appel de Serge Reggiani qui lui demande une chanson. Touché, le parolier débutant décline : « Je n'ai jamais écrit de chansons ; j'ai écrit des petits romans pour gagner ma vie, j'ai fait des sketchs radiophoniques, je commence au théâtre… » Reggiani insiste : « C'est pour cela que je viens vous chercher. » En quatre jours, il composera l'un des textes les plus poignants du répertoire de Serge : Le Petit Gar•on. C'est d'ailleurs pour sa magnifique œuvre de parolier qu'il entre à l'Académie française en 2009.

Oui, vous l'avez tous reconnu : l'immense artiste qui a su conquérir le cœur de Sylvie et l'émouvoir comme aucun autre s'appelle Jean-Loup Dabadie. Hélas disparu le 24 mai 2020, celui-ci va cruellement manquer à Sylvie. La « larme dans son cœur » séchera-t-elle un jour ? Pas sûr, tant la peine d'avoir perdu l'homme de sa vie artistique est immense.

Il est néanmoins une chose qui la console : aujourd'hui, cet auteur merveilleux, convaincu, comme il l'a fait chanter à Michel Polnareff, qu'on ira tous au paradis, y a rejoint Johnny…

Lili CHABLIS

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