France Dimanche > Actualités > Sylvie Vartan : “Ma mère, mon ange gardien !”

Actualités

Sylvie Vartan : “Ma mère, mon ange gardien !”

Publié le 1 juin 2016

Neuf ans après sa disparition, la chanteuse Sylvie Vartan revient dans un livre sur cette maman chérie� dont l’amour lui a donné la force de surmonter tous les obstacles…

«Je ne peux pas me remettre de ton absence, maman je ne peux pas, je n’y arrive pas ! » Neuf ans après la disparition d’Ilona, Sylvie Vartan pleure toujours cette femme merveilleuse qui lui manque tant. Alors, pour faire revivre celle qu’elle appelle « sa princesse », la star a égrené ses souvenirs dans Maman… (XO éditions), magnifique témoignage sur la force de l’amour.
Un amour qui a sauvé Sylvie, alors tout bébé. À 16 mois, la fillette, qui vit avec ses parents et son frère Eddie à Sofia, contracte la scarlatine, une maladie dont mouraient hélas beaucoup d’enfants. Un jour, la fièvre grimpe malgré les prières ­qu’Ilona, désespérée, adresse à la sainte Vierge.

->Voir aussi - Sylvie Vartan : Ses leçons de mode

Lionne

Heureusement, le lendemain, la petite poupée respire beaucoup mieux. Elle est hors de danger. Une guérison qu’Ilona attribue à l’intercession de Marie. Mais Sylvie ne croit pas aux miracles. Pour elle, c’est sa mère qui l’a arrachée aux griffes de la Grande Faucheuse. « Je crois que ce qui m’a sauvée, c’est le lait maternel, puisque maman m’a nourrie pendant les deux premières années de ma vie », écrit-elle.
Jusqu’à son dernier souffle, Ilona sera, pour Sylvie, son « filet de sécurité », celle qui la protège de la violence des hommes, qui la sauve du désespoir. De son enfance à Sofia, en Bulgarie, un pays où le parti communiste fait régner la terreur, la chanteuse garde en effet des souvenirs heureux.

->Voir aussi - Sylvie Vartan : "Je ne m'en remets pas !"

Pour que sa fille grandisse dans la joie, Ilona imagine toutes sortes de jeux. Ainsi alors qu’il neige pendant une journée glaciale de l’hiver 1947, la jeune femme et Sylvie s’amusent à attraper les flocons qui tombent dans le jardin du grand-père Vartan. « Maman entrouvre la fenêtre et me laisse sortir un bras. Quand un flocon se pose sur ma main et y reste suspendu un instant, elle rit de ma sidération puis embrasse ma main et bientôt je ris moi aussi », raconte l’artiste.
Autre tendre souvenir, au cours de l’été qui suit : Ilona donne un bain à sa fille dans la petite baraque au fond du jardin qui sert de salle d’eau, avant de l’enrouler dans une serviette. « Au retour elle court jusqu’à la maison. Elle me frictionne, encore essoufflée, et elle me dit qu’elle m’aime, que je suis son amour, son trésor, sa petite chérie. »
Un trésor pour lequel Néné, comme l’appelle Sylvie, se bat comme une lionne. Cette jeune mère fait ainsi montre d’un courage admirable lorsqu’au cours du meeting d’un dirigeant communiste, un milicien la frappe dans le dos avec sa matraque. Pour ne pas affoler sa fille, Ilona fait comme si rien ne s’était passé. « Elle ne proteste pas, ne demande pas pourquoi. Elle est simplement très pâle », se souvient Sylvie.

Sylvie Vartan avec sa mère Ilona
Sylvie Vartan avec sa mère Ilona

De même, alors que toute la famille est dans le train qui enfin les emporte vers la France et la liberté, et en dépit de la terrible angoisse qui l’étreint à l’idée qu’on puisse les retenir en Bulgarie, Ilona évite de transmettre sa frayeur à Sylvie. « Tout va bien ma chérie, ne t’en fais pas », la rassure-t-elle avec un grand sourire.

Une fois à Paris, le clan Vartan est enfin en sécurité. Mais à quel prix ! Ils s’entassent à quatre dans une minuscule chambre de l’hôtel d’Angleterre. Pourtant Sylvie est au comble du bonheur : elle dort dans le lit de sa maman et se blottit tous les soirs contre elle. « J’enfouis mon visage dans le creux de son cou, je cherche sa peau, sa chaleur », se rappelle-t-elle.
Néné a également le don d’égayer les repas, pourtant frugaux, à base de velouté de champignons Maggi et de langue de bœuf : « Les dîners étaient étonnamment joyeux », se rappelle Sylvie.
Plus tard, alors que l’adolescente de 17 ans est devenue l’idole des yé-yé, Ilona tremble à nouveau pour sa fille. Cette fois ce sont les fans qui la terrorisent : « Tous ces gens qui hurlaient “Sylvie ! Sylvie !” Je pensais en moi-même, c’est ma petite fleur, ma joie de vivre et on la jette en pâture aux bêtes sauvages », se plaint-elle.
Même si elle n’apprécie pas la carrière de sa fille, Ilona va succomber au charme de Johnny. « Je me demandais sur qui j’allais tomber et je vois arriver un grand jeune homme parfaitement habillé, très beau, et qui ne paraissait pas savoir où se mettre », écrit-elle dans son journal.Le soir où Sylvie lui présente son amoureux, elle a préparé une moussaka. Mais alors que Johnny chipote dans son assiette et qu’Ilona lui dit de ne pas finir son plat s’il n’aime pas, elle voit tout à coup qu’il a des larmes dans les yeux : « À partir de ce moment-là j’ai été conquise.»

Brisée

Pourtant, en août 1966, au château de Loconville, cadeau de Sylvie à ses parents, ce n’est pas Johnny qui se penche sur le ­berceau du petit David, car le mariage des deux stars bat de l’aile. C’est Ilona qui s’extasie devant les premiers sourires de son petit-fils et ­s’occupe de lui lorsque sa mère doit repartir en tournée. « C’est la seule personne au monde à qui je peux accepter de confier mon fils », révèle Sylvie.
C’est aussi Ilona qui la réconforte après l’accident de voiture qui coûte la vie à son amie Mercedes. Ilona encore qui quitte son mari malade et part à New York pour être au chevet de Sylvie, opérée aux États-Unis à la suite d’un autre drame de la route. Ilona toujours qui, à 70 ans, accepte de quitter Loconville où repose son cher époux pour suivre Sylvie et David à Los Angeles. Nouvel exil, nouveau déchirement consenti par amour.
Sylvie livreUn amour que sa fille lui rend bien. Pendant son show à Las Vegas, organisé par son époux, Tony Scotti, la star fait à l’auteure de ses jours un immense hommage en lui dédiant l’un de ses plus grands succès, La Maritza. « C’est bien, ma petite fille, je suis heureuse et je suis fière de toi », lui dit Néné avec une caresse sur la joue lorsque les deux femmes se retrouvent dans la loge de Sylvie après le spectacle. « De quelle plus belle récompense aurais-je pu rêver ? », écrit la star.
Ce show est le dernier grand bonheur d’Ilona. En 2001, cette femme forte et courageuse est brisée par la mort de son fils Eddie. Les rôles vont alors s’inverser. C’est Sylvie qui réconforte la vieille dame prostrée devant le cercueil de son aîné.Au grand désespoir de sa fille, Ilona, anéantie, va se laisser mourir pour rejoindre enfin ceux qu’elle a chéris et qui sont partis. Le 26 juin 2007, après une terrible agonie, cette maman tant aimée ferme les yeux pour toujours. « Tu ne viendras pas, tu ne viendras plus et cette évidence me transperce le cœur », pleure Sylvie Vartan.Catherine Venot

À découvrir