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Tatiana de Rosnay : “Je suis un vrai clown, comme Daphné !”

Publié le 26 avril 2015

Tatiana de Rosnay a fait un pélerinage sur les pas de Daphné du Maurier et a en rapporté une biographie de la romancière anglaise qui se lit comme un roman.

C’est à la demande de l’éditeur de Daphné du Maurier en France que Tatiana de Rosnay a pris la plume pour brosser un merveilleux portrait de la célèbre romancière. Elle a bien voulu nous parler de cette femme qu’elle admire et avec qui elle partage tant.

France Dimanche (F.D.) : À quand remonte votre passion pour Daphné ?

Tatiana de Rosnay (T. de R.) : Depuis mon adolescence. À 12 ans, j’ai été ensorcelée par Rebecca. J’ai d’ailleurs toujours l’exemplaire où j’ai écrit «Rebecca de Rosnay » !

F.D. : Vous êtes donc partie sur ses traces ?

T. de R. : J’ai commencé par un pèlerinage à Londres devant la maison où elle est née. Puis en Cornouailles, où j’ai rencontré ses enfants. Ils m’ont montré des lettres, des photos de leur mère. J’ai relu tous ses livres ainsi que les ouvrages qui lui ont été dédiés. Je me suis aussi servie de ses mémoires et de la magnifique biographie écrite par sa fille Flavia. Puis j’ai été dans un lieu qu’elle aimait plus que tout, son manoir de Menabilly.

F.D. : Avez-vous votre Menabilly personnel ?

T. de R. : J’ai une petite maison de berger en Provence, perchée sur une colline. Lorsque je l’ai achetée, j’ai caressé les murs comme l’avait fait Daphné sur les murs gris de Menabilly ! Mais je n’y travaille pas. J’écris à Paris, dans une petite chambre de bonne située au 8e étage, à Montparnasse, que j’ai appelée Manderley !

F.D. : Avez-vous d’autres points communs avec Daphné ?

T. de R. : J’ai un côté noir mais je suis un vrai clown, comme Daphné ! Elle n’aimait pas conduire, ni faire la cuisine. Or je n’ai rien non plus d’une fée du logis. Nous avons aussi eu toutes les deux les cheveux gris très tôt ! Et j’ai développé une passion pour le bleu, sa couleur préférée.

F.D. : Avez-vous eu, comme elle, du mal à concilier votre vie de femme et d’écrivain ?

T. de R. : Daphné a été une très bonne mère. Mais c’était une solitaire. Moi non. Ce n’est pas toujours facile de tout mener de front, mais j’ai la chance d’avoir un mari et des enfants formidables. Je me sens protégée par ma famille.

F.D. : Daphné était-elle une femme libérée ?

T. de R. : Non, pas du tout. Si elle a vécu deux grandes passions pour des femmes, elle n’assumait pas sa « tendance vénitienne » comme elle le dit joliment. C’était quelqu’un de très pudique, qui avait beaucoup de secrets. Mais elle osait parler de choses que les filles de son époque et de sa classe n’abordaient pas.

F.D. : En avez-vous assez d’être cataloguée comme l’auteur d’Elle s’appelait Sarah ?

T. de R. : Je pourrais l’être un jour si je connaissais l’angoisse de la page blanche. Heureusement, ça ne m’est encore jamais arrivé. À 60 ans, Daphné, elle, n’en pouvait plus qu’on lui parle de Rebecca, au point de ne plus être capable d’écrire.

F.D. : Les fans de Rebecca ont-ils bien accueilli votre ouvrage ?

T. de R. : Je crois que j’ai donné aux livres de Daphné une cure de jouvence. De nombreux lecteurs ont découvert son œuvre. L’armée dormante des lecteurs de Daphné s’est réveillée !

Tatiana livreAussi tourmentée que les côtes de Cornouailles !

L’auteur ressuscite pour nous Daphné du Maurier, la grande romancière anglaise, à travers cette biographie qui se lit comme un roman. On marche dans les pas d’une femme dont l’écriture est la passion et l’on s’aventure avec elle le long des côtes escarpées de Cornouailles, dans les vieux manoirs qu’elle aimait tant. L’on découvre une femme tourmentée, séduisante et drôle, mais hantée par la mort. Le livre refermé, on n’a qu’une envie : partir sur ses traces !

"Manderley for ever"�, de Tatiana de Rosnay, Albin Michel, 22 €.

Gwenaëlle Keskaven

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