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Tatiana de Rosnay : "Je voulais empêcher mon lecteur de dormir !"

Publié le 23 mai 2020

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La romancière ne va-t-elle pas devenir superticieuse avec son... treizième ouvrage fauché par le Covid-19 deux jours après sa sortie ? redonnez donc une chance à ce livre, mi-thriller mi-roman d'anticipation, et surtout belle histoire de résilience de cette "optimiste inquiète" !

France Dimanche : Comment résumer votre dernier roman ?

Tatiana de Rosnay : C'est une invitation lancée aux lecteurs pour plonger dans l'intimité d'une femme et visiter sa paranoïa de romancière débordant d'imagination.

FD : Sa vie d'écrivaine ne fait pas trop rêver !

TdR : C'est vrai qu'elle est dépressive, qu'elle a perdu un enfant, qu'elle est en instance de séparation et qu'elle est « recueillie » dans une résidence d'artistes high-tech qui, moi, ne me fait pas fantasmer. Je ne voulais pas faire rêver sur la vie de romancier, mais plutôt mettre en scène l'angoisse d'une femme fragilisée par sa vie privée et qui se retrouve confinée dans un appartement où tout est censé être pratique, avec un assistant virtuel qui gère tout. Mais au milieu de cette modernité, elle ne rencontre que des angoisses qui nous attendent dans un futur proche.

FD : C'est vrai que ce futur ne fait pas rêver non plus…

TdR : Non, il s'agit d'un monde de plus en plus déshumanisé, avec des voix qui nous répondent et une sorte de Big Brother qui nous observe. Je n'ai pas inventé grand-chose quand on voit l'utilisation que l'on fait de nos téléphones… Disons que là, je suis passée à un palier supérieur.

FD : Dans un monde un peu apocalyptique en plus…

TdR : Je ne suis pas une auteure feel good. Mon histoire se situe dans les années 2030, après une série d'attaques terroristes ayant dévasté des capitales européennes qui prennent aussi de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique. Mais moi, ce qui m'intéresse, c'est la résilience. Quand on voit ce qui se passe aujourd'hui au niveau écologique, économique et de la technologie qui nous espionne, les dangers sont déjà là ! En plus, je n'avais pas prévu cette pandémie mettant à l'arrêt la planète… Je ne suis pas pessimiste, mais une optimiste inquiète qui veut faire s'interroger les lecteurs sur ce qui se prépare. Je voulais les empêcher de dormir en créant une petite angoisse. Mais vous remarquerez que la fin est lumineuse, plus apaisante.

FD : C'est vrai que vous l'avez écrit en français et en anglais ?

TdR : Oui, c'est la première fois, car je me suis rendu compte que je ne supportais pas d'être traduite. Un travail de fou !

FD : Comme Clarissa, votre héroïne, il vous faut « une forteresse » pour écrire ?

TdR : C'est vrai que j'ai du mal à écrire dans des cafés ou un train. J'ai besoin de silence. En ce moment, en plein confinement, je suis gâtée ! Comme la promotion de ce roman a été annulée, je me suis mise à en écrire un autre, plus tôt que prévu !

FD : Et comme Clarissa, vos modèles littéraires sont Virginia Woolf et Romain Gary ?

TDR : Je les aime aussi, mais moi c'est Daphné du Maurier qui m'a donné envie d'écrire ! J'en avais même fait une biographie il y a cinq ans, ce que j'avais adoré. D'ailleurs, l'obsession des lieux et des maisons vient d'elle car je me suis rendu compte, en allant chez Virginia Woolf dans le Sussex justement, comme Clarissa, qu'un écrivain hante les lieux encore longtemps après sa disparition…

• Les Fleurs de l'ombre, de Tatiana de Rosnay, éd. Robert Laffont, 21,50 €.

Recueilli par Yves QUITTÉ

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