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Tex : Trahi par des enregistrements

Publié le 1 juin 2018

Tex, licencié par France 2 en décembre dernier, a dérapé lors de son audience devant les prud’hommes.

Peut-on rire de tout ?

À cette question, le regretté Pierre Desproges répondait : « Oui, mais pas avec n’importe qui. »

L’humoriste, dont le politiquement correct n’était pourtant pas la tasse de thé, fixait là, à sa façon, une limite que certains n’hésitent pas à franchir.

Quitte à le payer parfois très cher…

Ce fut notamment le cas de Tex, qui se pensait l’inamovible animateur de l’émission Les Z’Amours sur France 2 depuis 2000.


Le 30 novembre 2017, le présentateur, déjà connu pour ses plaisanteries gauloises et grivoises, a sorti la blague de trop.

Une boutade qui, avouons-le, ne faisait vraiment pas dans la dentelle : « Vous savez ce qu’on dit à une femme qui a déjà les deux yeux au beurre noir ? Elle est terrible celle-là ! Rien, on vient déjà de lui expliquer deux fois. »

Inutile de préciser que bon nombre de téléspectatrices n’ont vraiment pas trouvé « terrible » cette sortie !

Indigne

D’autant que Tex n’a pas choisi le moment opportun pour jouer les amuseurs machos.

Nous sommes alors au début de l’affaire Weinstein, du nom du producteur hollywoodien qui harcelait et abusait des comédiennes, menaçant de briser leur carrière si elles se refusaient à lui.

Ces révélations ont déclenché un tsunami médiatique, libérant la parole des victimes de ces « mâles dominants », dénoncés sur #MeToo et #BalanceTonPorc.

Tex devient l’homme à abattre sur les réseaux sociaux et suscite même la réaction de Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui juge cette blague « indigne et irrespectueuse ».

La messe est dite : le 14 décembre, l’animateur de télévision, qui ne semble pas s’être aperçu que le monde avait changé, est licencié par la chaîne.

C’est la fin d’une idylle et le début d’une guerre.

Car l’animateur de 58 ans comptait bien récupérer, sinon sa place, du moins une coquette somme après son éviction express.

Aussi avait-il assigné la maison de production des Z’Amours, Sony Pictures, devant les prud’hommes.

Jean-Christophe Le Texier, de son vrai nom, réclamait la bagatelle de 1,2 million d’euros.

D’une part 666 000 euros, correspondant à deux ans de salaire (un pactole de 27 750 euros par mois !), mais aussi des indemnités d’un montant presque équivalent.

Seulement l’audience du mercredi 16 mai devant le conseil de prud’hommes de Paris ne s’est pas du tout passée comme il l’aurait souhaité.

Buzz

D’une certaine façon, l’on pourrait dire que Tex a été doublement trahi par la technique, à en croire notre confrère Le Parisien.

Car des enregistrements auront été au cœur des débats, pour le plus grand malheur du plaignant.

Il aura été l’auteur du premier d’entre eux, au désespoir de son conseil, Jérémie Assous.

À l’aide de son smartphone, Tex a en effet voulu garder une trace de son audition.

Pris sur le fait par une avocate de la partie adverse, qui a rappelé, à juste titre, qu’une telle manœuvre était totalement illégale, le coupable a bien tenté de plaider sa cause, avec une maladresse certaine : « Bah, je n’ai pas de scripte, moi. Et puis je ne savais pas. » 

Un argument pour le moins léger, car est inscrit en toutes lettres devant l’entrée de la salle le texte suivant : « L’emploi de tout appareil permettant d’enregistrer la parole est interdit. »

Me Assous, sans doute un tantinet agacé par l’attitude de son client, demande alors à ce dernier ­d’effacer toute trace du fichier incriminé.

Et Tex s’exécute, aussi gêné qu’un gamin pris la main dans le pot de confiture.

Après cet intermède, qui aurait duré une dizaine de minutes, les débats reprennent, et Me Assous évoque les 144 contrats à durée déterminée cumulés par Tex au cours de ses dix-sept ans passés en tant que Monsieur Loyal des Z’Amours, ce dans l’objectif de les faire requalifier en CDI.

Après avoir affirmé que tout était en règle (ce qui reste tout de même à démontrer), sa consœur passe à l’attaque et montre des vidéos, celles des derniers enregistrements de l’émission, incluant des propos que l’ex-présentateur aurait prononcés entre deux prises au sujet de cette blague de trop.

Toujours selon Le Parisien, l’avocate aurait cité Tex expliquant : « Je l’ai fait pour le buzz. Je savais ce que je faisais. C’était pour faire parler de moi. »

De ce point de vue là, il aura été servi !

Mais d’autres vidéos contiennent des passages encore plus gênants, comme celui où il qualifie en vocables choisis l’une des candidates : « C’est une chiennasse avec ses grosses loches. »

Ah ! Qu’en termes galants ces choses-là sont dites !

Reste à savoir si le tribunal retiendra comme recevables ces pièces à charge.

Même si tel n’était pas le cas, notre homme pourrait payer cher d’autres dérapages.

Espionnage

Car, toujours selon la défense de Sony Pictures, Tex aurait tenu des propos insultants envers Marlène Schiappa et abordé une collègue avec sa délicatesse désormais légendaire : « Ah, je ne t’ai pas encore baisée ? Parce que tu sais, je les prends par-devant, par-derrière, sur le côté. »

Si cette technique de drague, pour le moins directe, n’a pas connu le succès escompté, ces propos pourraient lui valoir de sérieux ennuis : ils constituent en effet une « faute grave caractérisée » selon la défense.

Au sortir de la salle d’audience, Tex est dans une colère noire : « C’est dégueulasse, a-t-il confié au Parisien. Ces méthodes sont déloyales. C’est de l’espionnage. On voudrait détruire ma réputation, on ne ferait pas mieux. Vous êtes là à vous faire insulter et vous ne pouvez pas répondre. »

Au même moment, Me Assous, qui en a pourtant vu d’autres, se tient la tête entre les mains et murmure : « Vous, vous êtes un champion ! »

Sans préjuger du verdict qui sera rendu le 27 juillet prochain, une chose est sûre : entre Tex et son ancienne production, ce n’est plus Les Z’Amours, c’est de la haine !

Claude LEBLANC

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