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The Voice : Emmanuel Djob “Quand j’ai chanté Georgia, j’étais en transe !”

Publié le 28 mars 2013

Son interprétation de la chanson de Ray Charles dans The Voice a marqué tous les esprits. Rencontre avec, Emmanuel Djob, un homme qui a quitté l’Afrique pour mieux se retrouver.

« Respect », « Époustouflant », « J’adore », «J’en ai les larmes aux yeux »… Les louanges se multiplient sur le Net pour féliciter celui que l’on surnomme L’extraterrestre de cette seconde édition : Emmanuel Djob. À 49 ans, cet artiste d’origine camerounaise a, lors des auditions à l’aveugle, subjugué le jury au point de mettre à genoux Louis Bertignac ! Un grand moment pour celui qui n’a pas toujours été gâté par la vie, ainsi qu’il nous l’explique en exclusivité.

France Dimanche (F.D.) : Comment avez-vous participé à The Voice ?

Emmanuel Djob (Emmanuel) : La télé, le show-biz, ce n’est pas vraiment mon univers, mais des amis chanteurs ont insisté pour que je participe à l’émission et maintenant que j’y suis, je ne regrette rien, car j’y ai trouvé des gens sympathiques et professionnels.

F.D. : Vous attendiez-vous à être plébiscité par le jury ?

Emmanuel : Non, d’autant que pour moi leur avis était secondaire. Ce que je voulais, c’était savoir si j’arriverais à sortir ce que j’ai en moi, et j’ai réussi. J’étais vraiment sur une autre planète lorsque j’ai interprété Georgia on My Mind et lorsque j’ai vu la réaction du jury, cela m’a profondément touché !

F.D. : Vous sembliez même en transe ?

Emmanuel : Certains pensent que c’était du cinéma, mais quand j’ai chanté Ray Charles, j’étais vraiment en transe ! Je connais les traditions africaines, notamment chamaniques, et je connais les dangers d’un tel état. Je trouve fabuleux de me mettre en danger, cela va au-delà du chant !

F.D. : Pourquoi avez-vous choisi Garou comme coach ?

Emmanuel : ça me semblait évident dans la mesure où il pratique la même musique que moi et il a aussi une voix proche de la mienne !

F.D. : Quel a été votre parcours ?

Emmanuel : J’ai commencé le gospel à la chorale de l’église de Dibang, au Cameroun, à l’âge de 12 ans. Mon frère, ma sœur et moi y étions inscrits un peu malgré nous, mais mon frère et moi avons fini par devenir des musiciens professionnels en quittant le cercle familial.

F.D. : L’emprise de votre famille était trop importante ?

Emmanuel : Oui, c’était un carcan… Comme dans la plupart des familles africaines, les enfants savent qu’ils sont en mission pour leurs proches, le village, le pays… Nos parents voulaient que nous ayons une situation stable. Donc partir était un choix difficile mais nécessaire pour m’ouvrir à d’autres horizons.

F.D. : Qu’avez-vous fait ensuite ?

Emmanuel : J’ai quitté le Cameroun à 20 ans pour faire des études en France, à Toulouse puis Orléans, décrochant une licence en droit et un diplôme en économie. Mais la musique m’a rattrapé ! Pendant longtemps, j’ai chanté dans des groupes de gospel puis, il y a quelques années, j’ai commencé à chanter sous mon nom. Je dirige un groupe qui s’appelle By the gospel river quartet, et on tourne un peu partout, en France et à l’étranger.

F.D. : Vous aidez financièrement votre famille restée au Cameroun ?

Emmanuel : Forcément ! Je suis très touché par ce qui se passe au Mali, en Afrique… Je suis fier de mes origines, de ce que je suis, de ce que je peux être… Mon but est d’arriver à me connaître moi-même !

F.D. : Vous chantez vos propres morceaux ?

Emmanuel : Oui, ce sont des textes que j’écris sur la vie telle que je la vois. J’aborde notamment le thème de la mort qui pour moi ne représente pas une ennemie mais une compagne. Mais je parle aussi de l’amour, pas au sens romantique, mais au sens d’aimer l’autre sans chercher à le changer…

F.D. : Justement, connaissez-vous le grand amour ?

Emmanuel : Oui, j’ai une compagne qui m’aime et que j’aime. J’ai aussi trois enfants âgés de 10 à 13 ans que j’adore mais que malheureusement, je vois peu car la séparation avec leur mère a été difficile. Ils vivent avec elle et franchement, ce n’est pas tous les jours facile !

F.D. : Quel genre de papa êtes-vous ?

Emmanuel : J’ai reçu une éducation à l’africaine : pour moi l’enfant n’est pas roi, c’est aux parents de le conduire sur le droit chemin. Donc je suis à la fois aimant et ferme. J’aime aussi jouer avec eux…

F.D. : Ils sont fiers de vous ?

Emmanuel : Très fiers, d’autant qu’eux-mêmes aiment chanter… Je ne les ai pas prévenus que je participais au casting, ni même ma compagne car je ne voulais pas être influencé… Elle aussi est chanteuse. Mais au final, elle le vit plutôt bien !

F.D. : Vous avez souvent chanté pour des causes humanitaires…

Emmanuel : Oui, dès que l’occasion se présente. J’ai aussi eu l’expérience incroyable de chanter avec le groupe Percujam, composé de jeunes autistes… j’avais une idée préconçue et, avec mon ami pianiste Franck Sitbon, on a pris une claque monumentale ! Je n’ai jamais vu des artistes – sauf bien sûr les plus grands – avoir une telle dévotion envers la musique, se donner totalement… Cette rencontre a été pour moi une vraie leçon d’humilité que je n’oublierai jamais et je crois que mon passage à The Voice, je le leur dois aussi !

Interview : Vanessa Attali

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